ROMANCIKRS ALLEMANDS ET SCANDINAVES
pas cessé (rrliidior ot d*îMmoi\ rcllo aiiri<MiiH! noblesse» provincial** île la .Mai'clie île Hrainlel)Oiir^, (|ni sohsline à «lédai-^ner Tonlre aU* choses nouveau, ^anle lidèlenient les tradilions du passé, (»t, seule désormais, représente lélérnent prussien dans rAllcmagnc moderne, (^o petit monde déjà à demi disparu, personne ne l'a mieux connu que Théodore Fonlane. Né avec lui, aux environs de 1815, il Ta vu se former, se développer, s*épanouir, et peu h peu s'effacer, pour céder la place a un monde plus jeune. 11 lui a donné un rôle dans chacun de ses livres, aussi bien dans ses romans que dans ses chroniques, tantôt nous décrivant son éclat de jadis, tantôt opposant sa droiture et sa politesse aux mœurs cosmopolites du Berlin d'aujourd'hui. Lui-môme, d'ailleurs, quoique d'origine bourgeoise, c'est à ce monde qu'il appartenait. 11 en avait les manières et les sentiments, le patriotisme un peu étroit, la bonhomie courtoise et la fine malice. J'imagine qu'il aura dû prêter à son Stechlin plus d'un trait de sa propre nature; du moins, à coup sûr, il a mis tout son cœur à nous le dépeindre.
Le portrait qu'il en a fait est malheureusement tout en petites touches successives, de sorte qu'on doit lire le livre entier pour pouvoir l'apprécier. Chacun des entretiens du vieillard, chacune des innombrables scènes où il parait ajoutent à sa physionomie un détail nouveau ; et ainsi on le regarde vivre sans songer un instant à le définir. Voici cependant quelques pas-
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sa.L'»\*i qui ii)(li(|uenmt tout au moins son allure extt'Tieure : et voici, «l'abord, lo cadre où lauteur l'a placé :
Au nord du comté de Knppin, tout contre la frontière du Mecklembourg, s'étend, de la petite ville de Granset* jusqu'au-delà de Uheinsherg, une longue chaîne de petits lacs entourés de bois : pays pauvre et triste, à peine peuplé : un ou deux vieux villages, çà et là, quelques verreries, des maisons de gardes. Un de ces lacs s'appelle le Stechlin. Kntre des bords plats il repose, garni tout à Tenlour d'une ceinture de vieux hêtres, dont les branches effleurent l'eau de leur pointe, s'aiïaissant sous leur propre poids. Des bouquets de joncs et de roseaux émergent, par endroits, à la surface du lac ; mais aucune barque n'v trace son sillon, aucun oiseau n'y chante. Seul parfois un vautour y retlète son vol. Tout y est calme, silencieux, endormi. Kt cependant, de temps à autre, le lac endormi se réveille. Cela se produit toutes les fois que. sur un point quelconque du globe, en Islande, ou à Java, le sol mugit et frémit, ou que les volcans des îles Hawaï lancent dans la mer une pluie de cendres. Alors le Stechlin s'émeut, et un mince filet d'eau jaillit, puis retombe. C'est ce que savent tous ceux qui habitent la région ; et, quand ils en parlent, ils ne manquent pas d'ajouter : « Oui, le jet d'eau, c'est l'ordinaire, presque le banal ; mais lorsque, là-bas, à l'autre bout du monde, se passe quelque chose de grand, comme il y a cent ans à Lisbonne, alors le Stechlin ne se contente pas de fumer et de s'agiter ; alors, au lieu du filet d'eau, on voit jaillir du lac un coq rouge, et de tout le pays on Fentend chanter !
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HOMANCIKRS AI.LRMANDS ET SCAMMNAVKM 15
Tri est h» StiM'Iilin, le lac Sl(»i*hlin. Mais lo lac n\'sl. pas seul à porliT ce nom : i*'«'st aussi le nom (lu bois (jui 1 ontnui<». Kl Slechlin est aussi Ir nom du long" et étroit village» cjui se <1in*ssi' à ToxlriMnitê niôridionalc <Iu lar. Une contairii» do maisons et de cabanes, formant une rue, et, brusquement, à Tendroit où commence l'allée des châtaigniers qui conduit au couvent de Wutz, la rue s'élarg'it el devient j une place. C'est là que se trouvent tous les édifices if publics de Stechlin : le presbytère, l'école, l'auberge, 1 cette dernière doublée d'une épicerie. Dans un coin, « au milieu du cimetière, s'élève la vieille église | romane, et plus loin, sur la hauteur, au-delà d'un | petit pont de planches, on aperçoit la maison sei- ^. gneuriale, une grande bâtisse peinte en jaune, avec un toit élevé et deux paratonnerres. Kt cette maison, elle aussi, s'appelle Stechlin, le château de Stechlin.. «
Et de même que tout, à l'entour, portait le nom de Steclilin, de même faisait aussi le maître du château. Lui aussi était un Stechlin. Dubslav de Stechlin, { major en retraite, et ayant déjà fortement dépassé la l soixantaine, était le type d'un gentilhomme de la f Marche, un de ces originaux chez qui il n'y a pas | jusqu'aux faiblesses qui ne prennent l'apparence d'autant de qualités. Il gardait encore absolument intact l'orgueil commun à tous ceux qui ont conscience « d'avoir été là avant les Hohenzollern » ; mais il refoulait cet orgueil tout au fond de son âme ; et, quand par aventure il l'exprimait au dehors, il s'efforçait du moins de l'envelopper d'ironie. Aussi bien son instinct le portait-il à mettre derrière toute chose un point d'interrogation. Mais le plus beau trait de sa nature était une profonde, une sincère humanité; l'obscurité et l'exagération étaient les deux seuls défauts qu'il n'excusait pas. Il écoutait
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LE HOMA> CONTEMPOKAIN A L lÎTRANGER
v^.lonlifTs un libre avis, y prenant «raulant plus de j»laisir qu'il itait [)liis vif el pins ra<li(Nil ; et peu lui iii[Mirtait. a[»r»'>cel.i. fjin' cet avis dilleràl du sien. Les paratloxrs ♦•(ai«nt sa passion. — Je n'ai pas assez d'esprif p«Mir en faire nioi-niênie, disait-il, mais j'aime intinimenl «pie les autres en fassent; on y trouve toujours quebpie chose à retenir. Des vérités inattaquables, il n'y en a pas; ou, s'il y en a, elles sont trop ennuyeuses. — Et il se plaisait à entendre bavarder, et lui-même, à l'occasion, bavardait volontiers.
Il bavarde, en effet, à tout propos, mais avec tant d'imprévu et tant de sagesse qu'on ne se lasse pas de son bavardage. « Je n*ai reçu ta dépêche qu'une heure avant ton arrivée, dit-il à son fils. Ah ! le télégraphe ! Il a des avantages, c'est certain : mais il a aussi bien des inconvénients. Au point de vue de la politesse, par exemple, que de mal il a déjà fait! J'admets que la brièveté soit une vertu ; mais vraiment la brièveté qu'impose le télégraphe ressemble trop à de la grossièreté. Toute trace de courtoisie disparait; le mot Monsieur, lui-môme, est tout à fait supprimé. J'avais autrefois un ami qui disait qu'un carlin était d'autant plus beau quïi était plus laid ; et de même un télégramme est d'autant meilleur qu'il est plus grossier. C'est sa nature qui le veut ainsi.
Mais, du reste, il correspond bien à Tesprit nouveau. Tout homme qui découvre un moyen d'épargner 5 pfennigs est aussitôt tenu pour un génie! »
'{jS^gii6iJÊâëSefi^:èrJ^^**k. .^-î=-->*î'^'-.«ak4Ua«ta..aSl À4i».^i;■.<> *••'~i•^n;il Jfci^iW^ii>4ik^
KOMANCIERS \IXKMAM)S KT ACANniNAVKS 17
« Tout dochoit, «lit-il eiu*on\ npn^s avilir coiislîit<' la iltVaili'ii»'»* dr la plai^aiitcrio. Tiuil devitMit plus inrdiocn», i»l tlo plus mauvaise qualilô. iVo>i co (|ir<iii app«»llo lo tniips nouveau : toujours <|ucl({ut*s dej:rrs plus bas! Kt mon pasteur, d'ailleurs un très hrave homme, iigurez-vous qu'il prétend que cela ih^it être ainsi ! II m'aflirme que c'est en rela que consiste la civilisation, à descendra toujours quelques degrés plus bas! II dit que le r<^gimc aristocratique a fait faillite, et que maintenant cest le tour de la démocratie!... Et ce jroût de la réclame, et ce culte du maître d'école! Mais tous les maîtres d'école sont fous, je vous le certifie ! J'en ai un ici, dans mon village, que ;
j'ai beaucoup étudié. II s'appelle Krippenstappel, ce qui est déjà un signe assez inquiétant, il a un an de plus que moi, et vraiment c'est, dans son genre, un exemplaire de luxe. Avec cela, un maître d'école excellent; mais il est fou, lui ^
aussi, comme les autres ! » ;
Le récit de l'élection, où il se résigne à être candidat, les réunions qu'il est forcé d'organiser, son voyage à la petite ville où a lieu le vote, le banquet qu'il otfre à son Comité après •
son échec, son retour au château, sont autant i
de petites scènes d'un réalisme discret et charmant ; et chacune d'elles est pour Fontane une nouvelle occasion de nous faire pénétrer dans |
l'intimité du vieux gentilhomme. Voici, par ,ï
exemple, le retour du candidat après la défaite:
18 LE ROMAN CONTEMPORAIN A l/ÉTRANtil:;R
I.a voilure do Storhlin était déjà devant Taubcrge, ot le co. '.►^r. jH.'ir se d«'M'nnuyor, faisait claquer son fi.iirt. I) .:>xluv >.»rtil sur le perron; mais le pasleur, qui devait revenir avoc lui, n'arrivait toujours pas... Hntin on partit. Dans la ville tout bruit avait déjà cessé, mais sur la route cheminaient encore, par petites troupes, des ouvriers de la verrerie, qui s'étaient attardés à fêter le succès du candidat socialiste. Et ainsi la voilure courait, dans la nuit, lorsqu'on arrivant au lac Nehraitz le cocher aperçut une ombre qui barrait le chemin, il arrêta les chevaux. — «' Monsieur, il y a quelqu'un qui est couché ; je crois que c'est le vieux Tuxen. — Tuxen, l'ivrogne de Dietrich<-Ofen? — Oui. Je vais un peu voir ce qu'il a. » Sur quoi, après avoir remis les rênes k Dubslav, le cocher descendit et se mit en devoir de réveiller l'ivrogne. — « Hé ! Tuxen ! Qu'est-ce que tu fais là ? Sans le clair de lune nous t'aurions pas.sé sur le corps î — Oui î oui î >» grogna l'homme ; mais on voyait qu'il ne comprenait pas. Alors Dubslav descendit aussi, et il aida le cocher à soulever le vieil ivrogne, pour l'asseoir dans le fond de la voiture. Mais le mouvement acheva de réveiller Tuxen.
«* Non, non, Martin, dit-il au cocher, mets-moi plutôt sur le siège, près de toi ! » On le mit sur le siège, et longtemps il resta sans rien dire ; car il avait honte, devant le vieux baron. Enfm celui-ci reprit la parole et dit : « Eh bien, Tuxen, tu ne peux donc pas renoncer à l'eau-de-vie? Tu te couches là, au milieu du chemin ! Et par ce froid ! Et sans doute tu auras voté pour Katzenstein ? — Non, notre maître, pour Katzeostein nous n'avons pas voté ! » Il y eut de nouveau un silence; puis Dubslav dit : « Allons, ne mens pas ! Tu n'as pas voté pour Katzenstein ; mais pour qui as-tu voté? — Pour le compagnon
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