‹ Écrivains étrangersChapitre 9 sur 41 · HOMANCIEHS ALLEMANDS ET SCANDINAVES 2J · texte numérisé non relu

HOMANCIEHS ALLEMANDS ET SCANDINAVES 2J

loirc des (jrisoiis. \\v scirU» (m'oii poiivail, l\ la rigueur, lo considéicr conunr un romain suisse»: mais, si l'on excepte trois courtes nouvelles, jamais, plus tanl. le conteur zurichois ne devait plus même placer dans sa patrie Taction d'un de ses récits. Lf* Saini^ son second roman, met en scène la vie et le martyre de Thomas Becket ; j

/a Tentation (h Pvscara et Angela liorgin sont •

des tahleaux des mœurs italiennes de la Renais- >

sance; et, parmi les sept nouvelles qui forment, \

avec ces quatre romans et plusieurs recueils ?

de vers, Fensemble de son uîuvre, deux con- *

duisent le lecteur en France, une en Aile- ,5

magne, une autre en Italie. On ne saurait ima- k

giner un écrivain d'une curiosité plus uni ver- |

selle ; et ce cosmopolitisme de Conrad-Ferdinand r

Meyer se rellète jusque dans son style, où abondent les tournures italiennes et françaises. « Ces mots lui firent une impression plus pénible l

qu'il ne voulait se Ta vouer », lisons-nous, jj

par exemple, dans Georges Jenatsh ; le ne, ainsi |

employé, est en allemand un vrai barbarisme.

Ailleurs, Meyer parle d'un changement survenu « entre la poire et le fromage » ; ailleurs il écrit que quelqu'un « tint sa promesse, bien qu'il lui en coûtât ». Et cette fréquence, chez lui, d'expressions empruntées à des langues étrangères, et son habitude de placer à l'étranger l'action de ses récits, et ses voyages, ses longs séjours en Italie, et son éducation française, tout cela achève de le distinguer non seulement de Théodore Fontane, mais de la plu-

part <lo >es confrères îillcmands. Aussi bien >«'S criti-(ii('s >'arcr)nlonl-ils à vantiT ci* qu'ils appellent sou huuiauisnu» ».oA la larou dout il a su raj-uuir, r»^nou vêler la forme tradiiiouiioUe du romau allemand, la rendre plus moderne et plus « européenne ». Comment ne pas supposer, dans ces conditions, que l'œuvre d'un tel homme ail, entre toutes, de quoi ôtre comprise et goûtée en dehors de son pays?

Abordons maintenant cette œuvre elle-môme et. faute de pouvoir l'examiner tout entière, essavons d'analvser les deux récits de l'écrivain suisse qui, au jugement de ses admirateurs, sont à la fois ce qu'il a produit de plus parfait et de plus typique.

Voici d'abord le Page de Gustave Adolphe^ , Cn riche marchand de Nuremberg, Leubelfing, reçoit un jour une lettre de Gustave-Adolphe, qui lui apprend qu'il fait à son (ils Auguste l'honneur de l'attacher à sa personne en qualité de page. Mais Auguste Leubelfing est lâche ; il s'épouvante d'un honneur aussi dangereux; et c'est sa cousine, une belle jeune fille insouciante et hardie, qui consent à aller le remplacer au-

* Le Page de Gustave-Adolphe et deux autres récits de C-F. Meyer ont été traduits en français par M"* H. S.., avec une très intéressante préface de M. G. Valette (Genève, librairie H. Robert, 1898).

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Rf>MANCIERS ALLEMANDS ET SC.AMUNAVES 25

près <lu roi clo Sm\lo. C<»Iui-ri, Irrs niyopo, no s'apercjoit pas i\\w son p:it:<» t*sl iinr jiMino lillr : il lo Iniilc uvoc^ uiio fainiliarilô (nurliant<\ lui confie ses projets et ses (»sj>éranc4»s; et Gnslel, p(^u àpen, s'éprend de son maître.

Un soir, (nistavc-AdolpIie recjoit l'avis qu'un î

des chefs de son armée, I^auenbonrp, mari(? à î

une de ses parentes, a abandonné sa femme et |

entretient publiquement, au camp, une l)ellc $

esclave croate volée à sa famille. Le roi, indi- |

gné, ordonne que l'esclave lui soit amenée; et c'est le page Gustel qui se trouve chargé de la recevoir. La (Iroate, aussitôt, reconnaît une femme sous le costume du page. Elle refuse pourtant <le la dénoncer, à la condition que Gustel fasse célébrer des messes pour le repos de son âme; car elle est résolue à se tuer plutôt que d'ôtre séparée de Lauenbourg, et en effet elle se tue, sous les veux du roi.

Celui-ci mande alors devant lui Lauenbourg, « incarnation du vice éhonté et sans scrupules ». 11 Taccable de reproches, Tinsulte, et commande à son grand-prévôt de lui mettre la main sur Tépaule, en signe d'infamie. Et Gustel, qui assiste à la scène, s'aperçoit avec surprise que le duc de Lauenbourg lui ressemble d'une façon h peine croyable, qu'il a la même taille qu'elle, le môme visage, la même voix.

Quelques heures plus tard, un envoyé de Wallenstein arrive au camp suédois, porteur d'un message pour Gustave-Adolphe. Rencon- %^

trant Gustel, dans Tantichambre du roi, il Texa-

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LE ROMAN CONTEMPORAIN A i/ÉTRANGER

mine luniriiement. et hi prie d'essayer un gant qu'il a, dit-il. trouv*' en chemin: le gant sied l«»ut à lait il la main du jeune page.

'< — Il est à vous? lui demande Tc^nvoyé, d'un air sareastique.

« — Non, capitaine. Je n'ai pas coutume de porter des gants d'une peau aussi fine! »

Cet envoyé n*est autre que Wallenstein luimôme. Mis en présence du roi, il lui dit qu'il vient l'avertir d'un attentat projeté contre lui.

« Un des vôtres me fut annoncé, tout à Theure î et, comme jetais en affaires, je donnai l'ordre de rintrodiiire dans la pièce voisine. Lorsque j'entrai dans celle pièce, l'homme s'était endormi, sous la lourde influence de la chaleur, et il parlait en rêve d'une manière incohérente. Le peu de mots qui lui échappèrent me permirent toutefois de deviner sa pensée. Si j'ai hien compris, Votre Majesté aurait, je ne sais de (juelle manière, mortellement offensé cet homme, car il était décidé à se défaire de Votre Majesté à tout prix, ou plutôt, je suppose, à un prix convenu. Je l'éveillai, sans perdre avec lui mes paroles, sauf pour m'informer de l'affaire qui l'amenait auprès de moi. Il désirait obtenir des renseignements sur certain personnage passé au service de l'empereur. Je congédiai l'homme, devinant la ruse. Je ne lui demandai naturellement pas son nom ; il ne m'eût pas donné son nom véritable. Quant à faire arrêter cet homme, sur le témoignage de quelques mots qui lui étaient échappés en rêve, cela ne pouvait se faire, car c'eût été d'une criante injustice... Mais j'ai cru devoir avertir Votre Majesté. J'ajouterai que le dormeur était mince, élancé ; il

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