DERNIÈRES ANNÉES D'ÉPREUVES
L'éducation de Charlotte s'était faite dans la solitude et le chagrin ; ses œuvres furent enfantées dans la douleur. Représentons-nous bien la vie de Charlotte pendant les quelques années qui précédèrent l'apparition de Jane Eyre. La santé d'Anne et d'Emilie est altérée; à des intervalles inégaux, mais de plus en plus rapprochés, apparaissent la terrible toux et la migraine, signes des maladies de langueur. La vue de M. Brontë s'est entièrement obscurcie. Dans l'intervalle de ses accès, Branwell mène la plus triste conduite; il lasse la pitié et l'amour de ses sœurs* Pour satisfaire à ses impérieuses habitudes, il est devenu rusé comme un sauvage. De temps à autre il trouve de l'argent on ne sait où ; alors s'aggravent à la fois sa maladie et les tourments de ses sœurs ; puis, quand tout est fini et qu'il est forcé de s'ar^
rêter, ses nerfs se calment, et sa santé se rétablit sous l'empire de ces privations salutaires. Pendant quatre années consécutives, son nom revient dans les lettres de sa sœur, et toujours accompagné de circonstances douloureuses. La bonne, la compatissante Charlotte finit elle-même par être fatiguée de ce spectacle navrant ; elle n'a plus le courage d'aimer ce frère autrefois adoré, elle n'a plus la force même d'avoir pitié ; son cœur est las.
a Nous avons eu de tristes embarras avec Branwell. Il ne pensait à rien qu'à noyer son désespoir et à oublier ses tourments. Personne dans cette maison ne peut avoir de repos. Enfin nous avons été obligés de le faire partir pour une semaine, sous la garde de quelqu'un qui le surveillera. Il m'a écrit ce matin, et sa lettre exprime quelques sentiments de repentir... Mais je n'ose espérer la paix tant qu'il restera à la maison. Nous devons tous, je le crains, nous préparer à une saison de douleurs et d'inquiétudes. Lorsque je vous laissai la dernière fois, j'avais un vif pressentiment que le chagrin allait me rendre une nouvelle visite. »
« Août 1845. Les choses vont à la maison comme d'habitude ; elles ne vont pas bien relativement à Branwell, quoique sa santé et par conséquent son caractère se soient un peu améliorés depuis un jour ou deux, grâce à une abstention forcée, »
« 18 août 1845. J'ai tardé à vous écrire parce que je n'ai pas de bonnes nouvelles à vous communiquer. J'ai peu d'espoir en Branwell. Je crains quel-
quefois qu'il ne soit plus bon à grand' chose. Le dernier coup qu'ont reçu ses sentiments et ses espérances l'a complètement stupéfié. Il n'y a que le manque absolu d'argent qui soit un frein pour lui. On doit, à la vérité, espérer jusqu'à la fin. C'est ce que j'essaye de faire, mais l'espérance dans sa situation présente me semble parfois une pure duperie. »
« 4 novembre 1845. J'espérais pouvoir vous prier de venir nous voir à Haworth ; mais Branwell est encore à la maison, et tant qu'il y sera, vous ne pouvez venir. Plus je le vois, et plus je me confirme dans cette résolution. Je voudrais pouvoir dire un mot en sa faveur, mais je ne puis. Je sm's forcée de retenir ma langue. »
a 31 décembre 1845. Vous dites justement, en parlant de X***, qu'il n'y a pas de souffrances pareilles à celles qui sont engendrées par 1q désordre. Hélas! j'ai sous les yeux la preuve quotidienne de cette observation ; mais il semble dur en vérité que ceux qui n'ont pas péché soient obligés de souffrir autant. »
« 3 mars 1846. J'entrai dans la chambre de Branwell pour lui parler, une heure environ après mon retour : ce fut peine perdue. J'aurais pu m'épargner cet embarras : il ne fit pas attention à moi, et ne me répondit pas; il était stupéfié. Mes craintes n'étaient pas vaines. J'apprends que pendant mon absence il s'est procuré un souverain sous prétexte de payer une dette pressante ; il est sorti immédiatement, a fait changer le souverain à la première taverne, et en a fait l'emploi que vous pouvez supposer. X***a conclu
son rapport en disant que c'était un être désespér^^ ce qui n'est que trop vrai. Dans son état présent, il est presque impossible de rester dans la même chambre que lui. Ce que Tavenir nous réserve, je ne le sais pas. »
« 31 mars 1846. Papa continue d'aller assez bien, sauf les fréquents chagrins que lui cause la misérable conduite de Branwell. Ici il n'y a de changement qu'en pis... »
« 15 décembre 1846 J'espère que vous n'êtes
pas complètement gelée ; le froid est ici terrible. Je ne me rappelle pas un tel hiver; il est digne du pôle. L'Angleterre, dirait-on, a glissé dans la zone arctique; le ciel semble couvert de glace, la terre est gelée, le vent est pénétrant comme une lame à double tranchant. Nous avons eu, en conséquence de cette température, des rhumes et des toux terribles. La pauvre Anne a souffert cruellement de son asthme ; maintenant elle va beaucoup mieux. Il y a eu deux nuits la semaine dernière où sa toux et sa difficulté de respirer faisaient peine à voir et à entendre, et où elle a dû beaucoup souffrir; elle supporte cela comme elle supporte toutes les afflictions, sans se plaindre, en se contentant de soupirer de temps à autre, lorsque la douleur est trop vive. Elle a un héroïsme de résignation extraordinaire; je l'admire, mais je ne saurais l'imiter. Vous dites que je dois
avoir des masses de choses à vous raconter Que
voulez-vous que je vous raconte? il ne se passe rien ici, rien qui soit d'une nature agréable à raconter.
Un petit incident est venu la semaine dernière nous rappeler à la vie ; mais s'il ne vous donne pas plus de plaisir qu'il ne nous en a donné, vous n'aurez pas à me remercier de vous en avoir fait part. Cet incident était tout simplement l'arrivée d'un officier du shériff qui était venu rendre une visite à B... pour l'inviter à payer ses dettes, ou à faire un tour à York. Nécessairement il a fallu payer ses dettes. Il n'est pas agréable de perdre ainsi de l'argent de temps à autre; mais à quoi servirait-il d'insister sur ce sujet? Cela ne le rendra pas meilleur. »
« 1er mars 1847 Branwell s'est très mal conduit tous ces temps-ci. L'extravagance de sa conduite et les insinuations mystérieuses qu'il lâche par moments (car il ne parle jamais nettement) me font supposer que bientôt nous entendrons parler de nouvelles dettes contractées par lui. »
« 11 janvier 1848 Nous n'avons pas été fort
à notre aise à la maison depuis quelque temps. Par un moyen ou par un autre, Branwell s'est procuré de l'argent, et nous a rendu la vie très dure. Papa est harassé jour et nuit, et nous, nous n'avons pas de repos; Branwell est toujours malade, deux ou trois fois il a eu des accès. Quelle sera la fin de tout cela? Dieu le saiti Mais quelle vie n'a pas quelque triste revers de médaille, une malédiction secrète, un squelette voilé derrière un rideau? Il faut faire du mieux qu'on peut et endurer ce que Dieu nous envoie. »
Pendant quatre longues années, les yeux de Charlotte durent contempler ce douloureux spectacle,
qui ne fut point perdu pour elle. Imaginez Thorrible instruction que ces trois jeunes filles durent tirer
de cette aventure malheureuse, de cette maladie
prolongée, châtiment du péché, des actions perverses du coupable cherchant dans le mal l'oubli d'un mal plus ancien, des paroles imprudentes prononcées dans la fièvre des accès ou dans le paroxysme de la colère ! Cet événement fut autre chose encore qu'une grande douleur, ce fut pour Charlotte comme un jour brusquement ouvert sur la vie humaine. Elle put saisir sur un sujet vivant les secrets des passions coupables, et ces mille détails de perversité et de corruption qui sont- de telles anomalies pour une nature saine et morale, qu'ils ne peuvent être devinés et doivent avoir été vus pour être décrits. L'aventure de Branwell et le séjour à Bruxelles sont les deux événements qui semblent avoir le plus vivement agi sur l'esprit de Charlotte, De cette forte impression laissée sur elle par le spectacle du désordre et complétée par la réflexion et l'analyse sont sorties certaines peintures singulièrement dramatiques, qu'on ne croirait pas l'œuvre d'une jeune fille solitaire, dont la vie s'est écoulée dans le cercle le plus étroit. Quand on lit les romans de Charlotte, on demeure étonné de la vigueur avec laquelle ont été saisis et rendus non seulement les frénésies et les transports de la passion, mais les sentiments pervers, les caractères dangereux, la logique sophistique du vice. Ajoutez aussi çà et là des détails qui arrêtent, font tressaillir de surprise
et VOUS font demander : Où donc à-t-elle appris cela? Charlotte était une de ces personnes qui justifient cette observation, q[ue dans la science difficile du cœur humain le meilleur maître est. la solitude, et qu'il n'est pas néceàsaire, pour bien observer la vie, d'être lancé dans le tourbillon. Charlotte et ses sœurs n'ont jamais vu le monde qu'à la dérobée, pour ainsi ' dire, par des lucarnes soudainement ouvertes, par des trous de serrure, par des fentes de murailles. D'autant plus saisissant a été le spectacle, d'autant plus dramatique l'impression reçue.
Charlotte n'avait pas seulement à penser à BranwelL M. Brontë, nous l'avons dit, était devenu presque aveugle. Lui si ardent en politique, si curieux de nouvelles, ne pouvait plus lire ses journaux ; il fallait le conduire et l'installer dans sa chaire. D'un autre côté, Tabby, qui avait alors quatre-vingts ans, était devenue un embarras par sa persistance à vouloir continuer un service que ses forces ne lui permettaient plus, et que d'ailleurs on ne réclamait pas. On lui adjoignit une nouvelle servante; mais Tabby empêchait tout empiétement sur ses attributions. Il en résultait de nouvelles fatigues pour miss Brontë, qui avait à recommencer secrètement l'ouvrage de la vieille servante. C'est au milieu de ces douloureuses et prosaïques occupations que Charlotte méditait et composait Jane Eyre.
Nous avons vu ce qu'était Charlotte dans sa première jeunesse, à l'âge de dix-neuf ans, inquiète, troublée, pleine d'appréhensions et de visions, luttant
contre sa nature et cherchant dans la religion un appui contre les attaques d'un invisible ennemi. Nous avons reconnu dans ses lettres Taccent de ses futures héroïnes. Telle qu'elle était alors cependant, elle était bien plutôt faite pour servir de sujet à un romancier ou à un poète que pour être elle-même un romancier. Le sujet est intéressant et fait pour piquer Tambition d'un artiste, s*il s'en rencontre par hasard sur son passage ; mais si c'est elle-mênoe qui doit être son propre romancier, il faut qu'elle se dédouble, qu'elle devienne extérieure à elle pour ainsi dire. Charlotte pourra-t-elle être son propre romancier? La vie lui a enseigné bien des choses. Elle n'a plus de visions ni de craintes chimériques; toutes ces ombres ont fui devant les réalités du malheur. Elle ne vit plus autant en elle-même, la fatalité l'a forcée à s'occuper beaucoup des autres. A cet âge de trente ans, elle est devenue une femme finement sensée, délicatement pratique, assez froide pour maîtriser ses émotions, assez lasse pour ne plus en désirer de nouvelles. Elle est donc dans la meilleure situation pour reproduire les impressions autrefois ressenties, car sa vie est close; elle a parcouru le cercle d'expériences morales qu'elle doit parcourir. Laissons-la se peindre elle-même encore une fois; nous verrons mieux le changement qui s'est opéré en dix années. Il n'échappera, pn tout cas, à personne que, si autrefois Charlotte sentait plus qu'elle ne pensait, elle pense et observe maintenant beaucoup plus qu'elle ne sent. Tout artiste véritable est dou-
ble : il est composé d'une nature sensible à l'excès, et d'une nature froide et judicieuse, — d'un frénétique et d'un critique. Le critique est apparu chez Charlotte Brontë.
« 2 avril 1845 Cependant ces dangers matériels, une fois passés, laissent dans l'esprit la satisfaction d'avoir lutté avec la difficulté et de l'avoir surmontée. La force, le courage et l'expérience sont leurs inévitables résultats; c'est pourquoi je doute que les souffrances purement morales aient aucune bonne conséquence, si ce n'est peut-être de nous rendre, par comparaison, moins sensibles aux souffrances physiques... Il y a dix ans, j'aurais beaucoup ri de la méprise que vous avez faite en prenant votre docteur célibataire pour un homme marié. Je vous aurais certainement jugée beaucoup trop scrupuleuse, et je me serais étonnée que vous eu&siez pu regretter d'avoir été polie envers un homme de bonne compagnie, par la seule raison qu'il est unique au lieu d'être double. Maintenant toutefois, je sais que vos scrupules sont fondés sur le sens commun. J'ai appris que si les femmes désirent échapper à l'imputation odieuse de poursuivre un mari, leurs actions et leurs regards doivent être froids, sans expression, morts comme le marbre et l'argile, car toutes les apparences de sentiment, de joie, de chagrin, d'amitié, d'antipathie, d'admiration, de dégoût, seront également interprétées par le monde dans le même sens, et regardées comme autant d'avances pour pêcher un mari. Peu importe, il est
vrai ! Les honnêtes femmes ont leur propre conscience pour les soutenir après tout : par conséquent ne craignez pas trop de vous montrer telle que vous êtes, bonne et affectionnée; ne réprimez pas trop durement des sentiments excellents en eux-mêmes, parce que vous craignez que quelque fat ne s'imagine que, si vous leur donnez libre cours, c'est dans l'intention de le fasciner. Ne vous condamnez pas à vivre à demi, dans la crainte que, si vous montrez trop d'animation, quelque impertinence en pantalon ne se mette en tête que vous seriez bien aise de dévouer votre vie à son inanité. Cependant une conduite froide, décente, mesurée, est un trésor capital pour une femme, et vous possédez ce trésor. »
« A miss Wooler, 30 janvier 1846... Vous me demandez (à propos de Branwell) si je ne pense pas que les hommes sont des êtres étranges? — Très étranges certainement. J'ai souvent pensé et je pense encore que la manière dont on les élève est bizarre ; ils ne sont pas suffisamment garantis contre les tentations. Les filles sont protégées comme si elles étaient quelque chose de tout à fait fragile et de tout à fait niais, et les garçons au contraire sont lâchés dans le monde comme si, de tous les êtres qui existent, ils étaient les plus sages et les moins capables de s'égarer... J'éprouve toujours une vive satisfaction à apprendre que vous vous trouvez heureuse, parce que cela prouve que, même dans ce monde, il v a une justice distributive. Vous avez travaillé durement, vous vous êtes privée de tout plaisir, presque
de toute distraction dans votre jeunesse et dans le printemps de votre vie ; aujourd'hui vous êtes libre^ et vous avez encore devant vous, je l'espère, bien des années de vigueur et de santé, pendant lesquelles vous pourrez jouir de la liberté. En outre, j'ai un autre motif, et très égoïste celui-là, pour être ravie de votre bonheur : il me semble que même une femme seule peut être heureuse aussi bien que des femmes adorées et des mères orgueilleuses. Aujourd'hui je médite beaucoup sur Texistence des femmes non mariées et qui ne seront jamais mariées, et je suis arrivée à considérer qu'il n'y a pas de caractère dans le monde plus respectable que celui d'une femme non mariée qui fait son voyage dans la vie tranquillement, avec persévérance, sans l'appui d'un mari ou d'un frère, et qui, ayant atteint l'âge de quarantecinq ans ou plus, garde à son service un esprit bien réglé, une disposition à jouir des simples plaisirs, assez de force pour supporter les peines inévitables, assez de sympathie pour compatir aux souffrances des autres, et de bonne volonté pour soulager le besoin dans la mesure de sa fortune. »
« 10 juillet 1846 Je vois que vous êtes engagée
dans un dilemme d'une nature particulière et difficile : deux routes sont devant vous. Vous souhaitez en conscience choisir la bonne, quand bien même elle serait la plus escarpée et la plus rude ; mais vous ne savez pas quelle est la bonne. Vous ne pouvez décider si le devoir et la religion vous commandent d'aller seule et sans amis dans le monde, de gagner
^votre vie par le travail de gouvernante, ou bi vous ordonnent de continuer à rester près d vieille mère, de négliger pour le présent tou spective d'indépendance personnelle, et de su] des ennuis journaliers, quelquefois même d valions. Je conçois qu'il vous soit presque imp de décider cette question; aussi je la décideri vous. La bonne voie est celle qui nécessite grand sacriûce d'intérêt personnel, qui impl; plus grande somme de bien fait aux autres, t route, nettement suivie, vous conduira, je le avec le temps, à la prospérité et au bonheur, q d'abord elle semble vous en éloigner. Votre m vieille et infirme; les personnes vieilles et ii ont peu de ressources pour être heureuses, be( moins encore que ne peuvent le concevoir ce sont relativement jeunes et en bonne sant priver d'une de ces ressources est cruel. Si mère est plus heureuse lorsque vous êtes ave restez avec elle. Si votre départ devait la malheureuse, restez avec elle. Vous ne tirere: bablement pas grand profit de vivre à ***, v( conquerrez pour cette action ni grandes loi ni grandes admirations; cependant votre cons vous approuvera peut-être : si elle vous appi restez avec votre mère. Je vous recomman faire ce que j 'essaye de faire moi-même. »
« 26 août ^1846. Le récit que vous me faite intrigues amoureuses de X*** m'a fort amusée < aussi attristée quelque peu. Je crois que la i
comptait sur lui pour autre chose, et le réservait à mieux qu'à perdre son temps à rendre malheureuses de pauvres filles inoccupées Les filles,
malheureusem.ent, sont obligées de prendre garde à lui et à ceux qui lui ressemblent, parce qu'en même temps que leur esprit est généralement inactif, leurs sensations sont neuves et fraîches, tandis que lui, qui a eu sa part de plaisirs, peut avec impunité se faire un passe-temps des tourments des autres. La partie n'est pas égale. Je voudrais pouvoir faire entrer dans les âmes des persécutées un peu de la force tranquille de l'orgueil, un peu du sentiment si fortifiant de leur supériorité (car elles sont supérieures à lui parce qu'elles sont plus pures), un peu de ferme résolution à supporter le présent et à attendre l'avenir. Si toute la population féminine qu'il obsède était armée de ces sentiments, il ne resterait à X*** qu'à battre en retraite. »
« J'ai été fort divertie de ce qu'elle m'a dit touchant un de ses désirs. Lorsqu'elle se mariera, elle souhaite que son mari ait une volonté à lui, dût-il être un tyran. Dites-lui que, dans le cas où elle formerait encore ce désir, elle le modifie quelque peu. Si son mari a une forte volonté, il faut aussi qu'il ait un vigoureux bon sens, un cœur tendre et une notion exacte de la justice. Un homme avec un faible cerveau et une forte volonté est tout simplement une brute intraitable; vous n'avez aucune prise sur lui, vous ne pouvez jamais le faire marcher droit. Un
284 CHARtOTTE BRONTË
tyran, dans quelque circonstance que ce s toujours un fléau. »
A coup sûr, il y a une grande différem ces lettres et celles d'autrefois. Charlotte est < maîtresse d'elle-même. Quoique écrites sous du malheur, ces lettres sont calmes, fines, que enjouées. Elles ne portent plus la moindre t terreurs chimériques et de vaines imaginatio sens, esprit pratique, connaissance analytic faits, vif sentiment du devoir, voilà ce qui tingue.