‹ Écrivains modernesChapitre 4 sur 13 · DE LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

DE LA CRITIQUE

téréts plus tendres, plus chevaleresques ; elle ne s'arrêta point à la poésie ^ elle emprunta des charmes à la musique ; la causticité de l'épigramme se déguisai^ sous la mollesse ^ la suavité du son et de la voix ; ce que l'on n'aurait point osé dire, on le chantait , ou le modulait ; il se rencontrait alors des cœurs sensibles à la magie de ces accents ; ce qui .blessait le seigneur touchait souvent la châtelaine; une fois ému, il fal^ lait se taire et subir l'attrait de l'enchanteur ; la muse provençale variait ses tons et son rythme , coupait son mètre avec un art infini ; elle bario*lait, travestissait sa pensée en idiomes divers ; elle empruntait une strophe au Catalan, une autre au génie mauresque, arabe, et , de ces diverses bigarrures, elle formait un discort ; par une complainte, elle émoussait ce que sa verve avait de trop acerbe ; par un lai, par un tenson^ elle exhalait sa tendresse , exprimait un dépit amou-* reux ; était-elle dominée par un sentiment guerrier, voulait-elle pousser an-rdelà des mers un peuple avide d'émotions aventureuses, gourman* der un seigneur oisif, elle entonnait un sir* vente; les chroniques, les fabliaux, les poèmes allégoriques et chevaleresques , toutes ces œuvres si délicates et si fines du moyen âge cachaient, sous des dehors légers , une hardiesse, une licence même d'opinion que l'on concevrait à peine de nos jours; elles s'attaquaient aux papes^

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