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Hux gens d'église, aux barons , avec une vivacité de langage^ un laisser-alIer qui , plus d'une fois, durent effrayer ces fiers potentats du sacerdoce et de la féodalité.
Les troubadours , les trouvères , auxquels se rattachaient nos vieux chroniqueurs, Ville-Hardoin , Froissard , Joinville, développèrent celte phase de liberté morale et d'émancipation religieuse avec une souplesse y un enjouement qui firent école , et cette école eut ses moments de triomphe , car elle était vivace comme tout ce qui tient aux fibres populaires , elle se liait à ces généreuses insurrections qui, du xi*au \uf siècle, couvrirent la France de communes, à ces émeutes bourgeoises qui devaient contribuer plus tard à fonder la nationalité du pays.
Un jour vint où cet esprit d'opposition chantante et mondaine , après avoir à sa manière combattu le principe d'autorité , tomba de lassitude , d'épuisement , et finit par se perdre et faire place à des subtilités légales , à de vagues et nuageuses discussions métaphysiques ; la critique s'exerça dès lors sur des mots plutôt que sur des choses; et tandis que les écoles italiennes se retrempaient à cette source inépuisable de poésie que le génie du Dante venait de leur révéler ; tandis que Politien ressuscitait à Florence les plus beaux siècles de la Grèce et de Romei et qu'il inspirait à ses disciples une véri-
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table idolâtrie pour les chefs-d'œuvre de Tantiquité , on voyait s'entasser en France des ip^inuscrits inpopabrables ^ des commentairesi , de? gloses sans fin sur le droite des distinctions puérriles entre les sectateufs d^ la scolastiqup et les partisans des belles-lettf es qui se désignaiept, les uns/ sous le npm ^'hi^mani^l^s ou de DQipin^i;x, les autres, sous le nom de réalistes^ pQi}r indîcjuer qu'ils s'occupaient des choses ^ tapdis que jeurç adversaires s'arrêtaient à la lettre ; l'éruT ditipn grandissait , il est vrai , et des matériau}^ immeuses qu'elle scn^tait avec une patience inouïe , il fallait s'^ttepdre à voir sortir Igg textes épurés , collationnés avec soin ; mais Je so\}flle de l'inspiration manquait à ces œuvres indigestes; on classait, on discutait avec méthode, mai? oft n'invepl^it point j l'esprit humain semblait jivoir été frappé tout à coup d'une fatale stérilité, et devgir s'éteindre et s'immobilisef gpu§ la p0saQ(e})r de ses travaux ingrats.
AfOPtaigQP put retrouver, au xvi^ siècle , îJftns l'appréciation dea hommes et des choses , eç peng droit et pet , cette sagacité malicieuse , çg tour iogéftieux et fip , si intimement liés au yieil esprit jfrançais i et qui devaient se repro- 4pirQ ftveq tftpt d'éplat, de variété, chez les pli|§ grApds écriYdiPS du^iècle suivant; oq avait biep essayé d^ d'|tfi§ly§ar les chefs-d'œuvre dp
Tairticp^, 4'^te^Ur 4§s fiat^9ri§S| ^g ca»t9ftr
mrM gi^pie dan? 4ô cert^jaçs limites « mais 1$^ règten p'fttteignont point le^ esprits vraipaent çr^^teqrs , ilg m fondent eui^-ïnêi»es de npfijTs yellça j au^si , la critique prepd-^Ue un bien pjufi librq espor, à certaines époque^ de rénovatiop, alors que des idées jewnes fprajentent et se dé^^ Pgent ^u milieu d'un peuple^ qu'api époqpes où l'on semble se détacher entier ei^Q^nt 4ps PhoSQ^ présentes pour ne s'occuper qpe dvi pa^sé | le xvi® siècle se montra beaucoup trop «Qryilg iîpitateur de l'antiquité , pour qp'ii pût rester original } il oublia que rintelligeppe n'est ^^ tpujours uniforme, égale dan§ ses prQpédés, ^t
qu'on np produit- pas toujours Les mômes effel*
en se servant des mêmes moyens ; il QP g'^veiiT
tarait point dan^ des voies inexplorées, il s'afropbJBit dans une admiration froide et epii^paispési f|p^ là vinrent ces fades arguties repp\jyel4p5 4' Ar
ristpte , ces nombreux traités sur le§ ppwvnsp d'wt
f^t ^'imagination.
Parpii les étndes avi^cquelle^ on ^e livrait a|pr^ , celle que Von aurait pu s'attendre à voir rester le plus longtemps stationnai re ^ fut précis ién^ent celle qui reçut l'impulsion la pins féconde et produisit les meilleurs résullat^r
l^ jurisprudence, que l'école des glos^ateurs^ popr avoir trop négligé les ressources de Fbi^^ |«ir§ fit de la philologie , avait memçé d'ens^jn velir sous la barbarie et la diffusion du stylp , }§
Htfë nation se mire et se sente vÎTre en Ini , tant il lui fessedible ; qne cet écrivain se fasse à la fois homme de cour , familier d'an empereur, d'one impératrice, grand semeur et bourgeois, glare et frivole : grave , poor mieux attaquer ceux-ci, frivole, pour plaire à ceux-là; que, touchant à tons lessdjets, abordant tôtttfes les branches du savoir humain , depuis le ^tème du monde, jusqu'atix débats judiciaires, dépuis la tragédie, jusqu'au roman, là philosophie , les sciëtices «t Fhibtonrè, jusqu'au sôiUiiet^ le poème éi^iqué jusqti'à l'épigramÉHe > il déploie, une ttervëlliedse souplesse ^ tiiie flexibilité d'esprit dont la tradition pdu^rait être règfettée dé tua jotlf s, et 1 on deviiie bientôt qdélle part d'ïttfliietice et d'universelle popiilarîté dut échoir au plus grand critique des temps modernes, et combien cette popularité , cëltê influence étaient de nature à grandit avec le temps et s'irradier jusque dans lès classes les plus inférieures de la société. Mais on coînprend aiissi ce qu'une fausse interprétation d'un génie ainsi fait, ce qu'un faux point de vue sous lequel On s'accoutumerait à le présenter, devrait produire de pernicieux et de subversif.
C'est là , en effet, ce qui arrive le plus sotttetit.
Oa oublie de quelle donnée tm tel écrivàîti eét parti > et l'on confond les moyens secondaires
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qii'il a mis en œuvre pour àtléindre un but, avec le but lui-même ; on méconnaît ses desseins , de telle sorte que les uns te calomnient et poussent a tel point leur calorfahie élrdi(e et mesquine, ÉfU'ils eh devieiiiient ridicules ; les autres s^eïi feïit uiiè idole et poussent à tel point leur idolâiHe, qu'ils prennent Tombre dix philosophe pour fê piiilosciplië lui-même.
Voltaire fouettait, il est vraî , la société , sëimait des ruines, mais il croyait au progrès, s'îrf îtàit contre Tinjustice , l^hypocrisie ; it voulut abattre les entraves qui gênaient Tëssor dé là ^éîisêë, et ce qui rembarrëssaîl suf sa roule : il y êpùîsà sa vie ainsi que les fëssôiircës pfôdîgieuses de son esprit ; la plupart de ceux qui ste sont inspirés après lui de ôes œuvres Ont inéconiiu la hauteur de sa mission , ils n^ont aperçu que Tarinufe de l'athlète, ils ont pris Tépée qiii tranche pour l'épée qui dénoue, Ils se sont arré^ tés au scepticisme ; fruit bâtard, plein de cendrés et d'amertume , qui a flétri les plus nobles inôtincls , cothprîmé les plus généreuses passions , qui est venu trôublet là éimpllfclté dtt t>fét domestique, porter son sôiiffie dëôtructëtif silï les jouissaùces les plus pures, ^ui' a Êherëhô à tôUt éteindre, parce que totit eât éteint eu hi , (|ttî, né pottvahl s'élever, a vOtUti Volf ittùt àWâîêser à feon hiveau , qui â Ûêvëbppé cëé gërtfte»
de ttàràsiflë et dé stMMfcW! dégoût (jfli , Jiflftte
t^ DE LA GRITfQUB
tard, devaient arracher à Danton ce cri célè-bre de détresse : L'humanité m^ ennuie^ et à Barrère : Je suis saoul des hommes, qui s^exhale en style menu , haché , qui , lorsque Tenthousiasme perce quelque part , laisse échapper de légers éclats de rire , des grincements de dents semblables au bruit de la crécelle , véritable plaie de la France, horrible conséquence de l'a* théisme qui, plus d'une fois , se révéla par des signes affreux d'impuissance et d'épuisement^ et l'a troublée au milieu de ses pompes les plus solennelles.
Sous le patronage de Voltaire et de ce faux scepticisme dont on s'est plu mal à propos à le proclamer apôtre , s'éleva l'école du bel esprit , école prétentieuse , maniérée , qui mettait d^^ mouches, du fard et de la poudre dans la moin-* dre de ses œuvres , comme on met de nos jours de l'économie politique , dos systèmes sociaux dans'le moindre des romans ; heureuse dynastie, qui trônait en souveraine dans les salons , se payait d'un sourire ou d'un regard approbateur de quelque beauté célèbre , travaillait de longue main une anecdote, préméditait une épigramme, réchauffait une plaisanterie de la veille, société charmante et frivole à laquelle le grand Mon-tesquieu lui-même ne put s'empêcher de payer son tribut, tout en retraçant ses ridicules dans l'une de ses plus piquantes esquisses de mœurs.
ES GtHËAAL. It
C'est r^qoeoù quelques mots jetésnégligemment par une femme à la mode suffisent pour juger cetEspritdesloisquiy après avoir lourà tourmodifié les gouvernements de TEurope, est encore on objet constant de méditations pour leshommesd'état ; c'est Tépoque de Marivaudage, où Madame de Tencin, Madame Geo£froi, Mademoiselle Delau* nay, rendent leurs oracles dans la petite cour de Sceaux, distribuent la renommée et la gloire littéraires, donnent la vogue, disposent des portefeuilles, des bulles, font et défont des ministres, des ambassadeurs , au gré d'un caprice , d'une fantaisie; Chaulieu , La Fare , Rulhière , (Ihamfort, Fontenelle^ La Motte, sont les idoles véné^ rées que Ton encense et que l'on fête partout ; époque singulière , qui prenait l'étiquette pour l'imagination, la politesse pour l'éloquence , où Madame Necker, le chevalier de Ghastellux, Thomas et Buffon s'endorment presque à la lecture du chef-d'œuvre de Bernardin de Saint-Pierre; qui, pour ne pas douter de son génie , a besoin de la parole encourageante d'un grand peintre (') , seul capable de le comprendre, au milieu de cette société saturée d'élégance et de plaisir ; époque où l'on ne connaissait de Shakespeare que ce que Voltaire avait bien voulu en apprendre , Ducis en traduire ; où La Harpe lui-même ne concevait
(*) I. VcnieU
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rien au delà du dix-septième et du dix^huitième siècles^ et s'applaudissait de oe. qae Racine et Ypltaire avaient syouté de nouvelles grâces au génie de Sophocle et d'Euripide, embelli f épuré Tanliquité grecque.
AvQQ de pareilles idéeB j que pouvait devenir la critique pr sinon , ub art de rhéteur ; elle ne tint plus compte que du raffinement et de la finesse du style ; Montesquieu f Btiffon dictaient bien encqre quelques préceptes sur le goût, Thomas analysait encore les soj^hittes greoi dans les derniers temps de l'empire^ étudiait avec soin les fùo&uments de l'antiquité grecque et latine 4 mais La Motte demandait la Bnppres« sion d^ la poésie comme inutile^ traitait Homère comme w barbare^ malgré les protestations éloquentes de madame Dacier ; la critique était toute artificielle y elle ne tenait plus qu'à la forme, elle n'effleurait plus que la surface des choses.
Heuieuseœent pour la France que] vers ses limites du Nord| s'épanouissait avec calme^ un peuple au génie rêveur et profotid ^ dont la sève puissante devait refluer au cœur du monde scep* tique et l'obliger à se replier sur lui-même pour lui apprendre à examiner avant de douter ; éla«borant tous les matériaux des temps passés, se portant avec un noble enthousiasme vers les monuments antiques, cherchant partout des la-
EN GÂNËRAL. 4(^
cunes à remplir, des débris.à relever, bien qu'elle ait eu aussi ses jours de doute, bien qu'à cette heure même , elle semble fatiguée des travaux spéculatifs de la pensée et qu'elle emprunte à la France quelques traits de son génie enjoué, fa** milier et railleur, T Allemagne ne pouvait remuer toute une terre classique , évoquer de sa tombe toute l'antiquité, restaurer toutes les civilisations éteintes, défricher les problèmes les plus ardus et les plus compliqués de philosophie , d'histoire, de philologie et de droit, sans pousser autour d'elle des jets nombreux de ses vi-* goureuses racines , et c'est encore par J'esprit de critique qu'elle s'était elle-même rénovée^ c'est par l'esprit de critique poussé jusqu'à ses dernières limites, qu'elle était arrivée à la poésie, au drame; c'est après avoir compté les fibres du cœur humain , qu'elle était parvenue à le faire tressaillir.
La France n'a pu voir s'effectuer un pareil mouvement sans se laisser influencer par cet esprit de recherche et cet amour des choses passées; elle s'est aussi retrempée par l'analyse; jusqu'ici , la critique s'était bien exercée sur les hommes et sur les choses, sur les œuvres d'art et d'imagination, mais elle s'était beaucoup plus préoccupée des hommes que des choses ^ et de la forme des œuvres d'art plutôt que du food ; elle n'avait eu d'ailleurs à s'exercer ni sur de
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grands bouleversements, ni sur de grandes révolutions politiques.
Il fallait voir autour de soi tout s'écrouler, toute une antique monarchie , une ancienne société sapées jusques dans leurs derniers fondements; il fallait voir un peuple porter ses armes et ses idées jusque dans les points les plus re-* culés du monde y se mêler aux diverses nations de l'Europe et les modifier, refaire ses lois, ses mœurs , jeter un abime entre le passé et l'avenir, secouer brusquement ses habitudes, obliger toutes les classes à se heurter les unes aux autres, à dévoiler leurs qualités et leurs vices, leur faiblesse et leur force, pour, que la critique agrandit indéfiniment le terrain qu'elle avait à parcourir et que , se mêlant à tout , elle devînt Tinstruraent le plus actif et le plus énergique de la civilisation moderne.
Alors, elle a dû se porter à la fois avec une prodigieuse activité vers toutes les branches du savoir humain.
Appliquée aux divers systèmes religieux qui se partagent encore le monde, elle a dû rechercher avant tout, ce qu'ils renfermaient encore de vie , pour aider et soutenir cette tendance des peuples modernes vers une organisation plus large et mieux en rapport avec leurs nouveaux besoins;
Appliquée à la philosophie, elle a donné nais^
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sance à cet éclectisme qui se borne à coordonner et résumer les diverses théories que l'esprit humain ne se lasse point d'échafauder, à faire la part des illusions et de l'erreur inséparables de notre nature;
Appliquée enfin à la politique , à l'histoire , à la littérature, elle a dû faire subir à des époques juscpi'ici mal connues, mal appréciées, Tépreuve d'une nouvelle analyse;
Pour la politique, elle ne s'est plus proposé pour unique but, comme autrefois, d'étudier les diverses formes de gouvernement, de les comparer et de constater la supériorité des unes sur les autres : elle a cherché dans les anciens et nouveaux peuples, ce qui les fesait vivre , ce qui leur donnait la force , la durée , elle a voulu savoir comment ces peuples s'administraient, quel était le secret de leur fortune, de leurs richesses , ce qu'ils avaient appris de la navigation, du commerce, de l'industrie, des sciences et des arts, du droit des gens et du droit civil ;
Pour l'histoire, elle n'a plus accepté pour point de départ , des données toutes faites , des idées qui semblaient avoir prescrit contre tout nouvel examen; elle est remontée aux sources, aux manuscrits, aux monuments, aux idiomes anciens; l'architecture, la numismatique, les arts du dessin , la peinture , les débris d'antiquités encore subsistantes, la philologie, sont
es DE LA CRITIQUE
Venus lui communiquer une nouvelle sève et dé tiouveaux aspects.
La littérature n'a plus été considérée comme lin passe-temps frivole , comme un jeu de l'esprit créé seulement pour défrayer l'oisiveté des salons f mais comme une mission sérieuse f comme le moyeu le plus efficace et le plus universel de vulgariser ^intelligence et de seconder l'émancipation des masses ; elle est sortie de cette sphère étroite , de ces vieilles habitudes qui la condamnaient à tourner sans cesse autour des mêmes modèles ^ à n'avoir d'admiration et d'éloges que pour quelques chefs-d'œuvre indigènes des derniers siècles, à les isoler et les présenter comme des produits spontanés du génie de l'homme, sans aucune filiation, sans analogie, avec les chefs-d'œuvre qui les ont précédés ; elle a comparé, rapproché l'esprit des nations, signalé l'influence des unes sur les autres , ce qu'elles recevaient et ce qu'elles rendaient, apprécié l'antiquité non plus avec nos goAts, nos mœurs, nos raffinements de civilisation moderne, mais avec tout [l'entourage de préjugés , de grossièreté , d'Illusions et dlgnorance même, sans lequel il serait impossible de jamais comprendre tout ce qu'il y avait de suave poésie et d'adorable candeur dans les époques primitives.
Aiord, la critiqué a dû expliquer l'homme {lar
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les circoDstanoes au milieu desquelle» il eftt né ^ par rinfluence que les érénôinento qui surgisfiaient autour de lui avaient exiroéè sur son àme; alora> a pris naissance un nouveau genre de cri<^ tique qu'on ne connaissait point jasqu'ici.
Dans tous les temps> un vit intérêt de oaria<site s'est rattaché à ce qui tient à la vie des hommes qui ont laissé dans le monde quelque trace de leur passage^ et dans tous les temps aussi on s'est plu à suivre l^ur vie jnsques dans ses détails les plus vulgaires, les plus minutieux , à enregistrer, jour par jour, leurs habitudes, leurs qualités et leurs vices.
Cette mauière de raconter peut bien avoir son charme, son utilité, mais en l'état de nos mceurs, elle est devenue incomplète, ear elle n'explique de l'homme supérieur que ce qui le fait ressembler à tant d'autres et néglige les causes véritar blés de sa supériorité; de plus, l'honneur de Ir biographie n'était guère autrefois réservé qu'aux défonts, alors que leurs cendres étaient depuis longtemps refroidies. De nos jours, elle ne oraiftt pas d'atteindre les contemporains ; elle n'a plus demandé compte à ceux qui s'élèvent de l'emploi de leurs heures, des détails de leur intérieur; mais, de leurs moyens d'élévation, de leur but, de leur part d'influence, dans quel sens ils prétendent exercer cette influencé si c'est un artiste, quelle est son écx>le^ si eWiui
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écrivain^ quelles sont ses doctrines^ si c'est oa orateur^ quelle est rautorilé de sa paiole.
La biographie a changé d'objet : elle n'a plus été une nomenclature sèche et stérile^ elle est devenue une appréciation tout à la fois philosophique et littéraire d'un ensemble de facultés données, ainsi que de l'origine et du développement ultérieur de ces facultés ; dès lors, quand elle a rencontré dans les diverses phases de la vie d'un homme supérieur, quelques-uns de ces événements caractéristiques, quelques-uns de ces traits qui impriment une direction nouvelle, modifient, arrêtent ou précipitent l'essor de son intelligence, elle s'en est emparée, moins pour constater un fait isolé, que pour éclairer par tous les jours possibles, chaque plan de son tableau.
Quiconque parle, écrit en public, quiconque produit une émotion dans le monde est devenu justiciable de la critique ; après avoir cherché à s'expliquer le mouvement intellectuel des nations en général, on a voulu s'initier aux diverses périodes du développement des facultés individuelles en particulier. On s'est appliqué à suivre les transformations successives du talent, à découvrir la source de ses inspirations, à distinguer soigneusement ce qui lui est personnel et ce qu'il emprunte aux autres, ce qui ressort de l'esprit de son siècle et ce qui n'est que le jet d'une Qri|^Uté native^
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C'est là ce que nous voudrions tenter.
Au milieu de ce concours dépassions haineuses, de violentes diatribes et de basses calomnies qui| depuis quelques années^ ne craignent pas de se montrer au grand jour et de se déchaîner contre les hommes éminents qui fontJa gloire du dix-neuvième siècle et de l'Université, avec une efEronterie dont les plus mauvais temps de la Restauration n'offrent pas même l'exemple, il m'a semblé qu'un retour calme, sincère, désintéressé, non point vers la vie politique ou privée^ mais vers les travaux purement spéculatifs de ces hommes si étrangement dénaturés, serait la meilleure réponse aux attaques pleines de cynisme et d'acrimonie qu'on ne cesse de diriger contre eux.
Pour nous, aucune époque, dans nos annales littéraires, ne nous parait mériter plus d'intérêt et d'admiration que l'époque de 1820 à 1830.
Les triomphes parlementaires, les succès de polémique et de presse périodique, les grands travaux de philosophie, de rénovation histori-
que, de droit, de philologie et de haute critique, datent de cette période ; les quelques hommes d'élite qui présidèrent à ce mouvement intellectuel ont donné l'élan aux générations nouvelles; ce sont eux qui les ont formées et dirigées dans la tâche qu'il leur restait à accomplir : il y aurait plus que de l'injustice^ il y aurait ingratitude à
M VÊLk CRITIQ1JB
ne ])as le reconnaître ; il n'est pas une œnyre de quelque portée, en quelque genre que oe soit, qui depuis, n'ait re$u l'empreinte de leur inspiration et ne se soit mrichie du fruit de leurs reoherdhes.
La hnute critique surtout a fait naître plus d'un poète, plus d'un historien, plus d'un romancier/ c'est à elle que revient l'honneur d'avoir vivement ramené l'attention vers les littératures étrangères, frayé de nouvelles routes à la pensée, maintenu l'empire des saines traditions et sauvé du naufrage la pureté de notre langue que d'informes et frénétiques essais menaçaient d'envahir; c'est à elle que revient l'honneur d'avoir préparé cette réaction qui s'opère aujourd'hui vers les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque et latine.
Qu'importece que ces hommes privilégiés sont devenus depuis ? Ce qu'ils voulaient, ils le voulaient alors de bonfae foi. Nous ne voulons pas autrô chose nous-mêmes aujourd'hui ; respectons nos prédécesseurs dans la lutte des libertés publiques, nos maîtres dans l'art d'écrire, dans les œuvres qui servirent à nourrir nos convictions^ à guider notre inexpérience, à fortifier nos esprits.
En essayant une pareille tÀche, je ne me suis point dissimulé l'insuffisance de mes forces ; pour bien juger de pareils écrivains^ il faudrait près-
mi GÉNÉRAL. ST
que être leur égal : pour bien peindre^ il ne suffit pas toujours de bien sentir^ Mon but, au reste, a moins été de faire un livre que de me rendre compte de mes propres impressions, en lisant ceux des aulresj il est vrai que ce n'est pas là une excuse, et que ce qui peut être fort bon pour soi, tf est souvent que d'un très médiocre intérêt pour le public. A défaut d'autre mérite, j'aurai du moins celui d'avoir payé ma dette de reconnaissance à des hommes dont les travaux n'ont jamais cessé de faire l'objet constant de mes méditations et de me soutenir dans mes plus rudes épreuves.