II. ÀVâtTSîM TtilÈftRV. iSt
Cotnme ces proscrits qai se réfugiaient dans ce temps à l'ombre des basiliques ; elle négocie auprès de Chloter pour obtenir son adhésion à ses projets de retraite ^ Chloter reéte sourd et menace de faire saisir la fugitive ; la reine redouble de jeûnes , de veilles , d'austérités ; de Tours, elle se réfugie à Saint-Martin et de l'asile de Saint-Martin , à l'asile non moins révéré de Sainl-Hilaire.
Après avoir long-temps résisté à toutes les prières qui lui étaient adressées au nom de Radegonde , Chloter consent enfin à ce que la fille des rois Thuringiens fonde à Poitiers un monastère de femmes , d'après l'exemple donné dans la ville d'Arles par une malrone Gallo- Romaine , Cœsaria , sœur de l'évêque Caesarius ou saint Césaire.
Le monastère est fondé par les soins de Radegonde et s'élève comme une villa romaine avec 868 jardins , ses portiques , ses salles de bains et son église ; la règle que la reine y introduisit semble un compromis entre l'austérité monastique et les habitudes mollement élégantes de la société civilisée ; on y consacrait deux heures par jour à l'étude des lettres ; on y transcrivait des livres, pour en multiplier les copies ; les jeux étaient permis ; des collations délicates, de véritables festins étaient servis aux Tiiiteurs de renom i évéques ou autres; Rade-»
S3S U, ÀUGtSTm THUSaRT,
gonde fesait elle^^méme les honneurs ; les novices y jouaient quelquefois des scènes draiï>a tiques; pour plus d'humilité encore ^ la reine abdique toute suprématie officielle; elle choisit) pour rélever à la dignité supérieure^ une femme beaucoup plus jeune qu'elle et qui lui était dévouée, Agnès, fille de race gauloise qu'elle avait prise en affection depuis son enfance ; dès-^lors ^ elle n'hésite plus à descendre jusqu'aux détails les plus humbles de la vie domestique ; elle fesait sa semaine de cuisine , balayait à son tour la maison, portait du bois et de l'eau comme les autres ; rien de plus doux que les témoignages de tendresse qu'elle prodiguait aux jeunes novices ^
« Vous que j'ai choisies, leur disait-elle ^ mes filles, vous, jeunes plantes, objet de tous mes soins ^ vous, mes yeux^ youa^ ma vief vous^mon repos, tout mon bonheur. »
Le monastère de Poitiers attirait, depuis quinze ans, l'attention du monde chrétien > lor£h que le poète italien , Yénantius Fortunatus dont les poëmes religieux et les pièces de vers adressés aux rois baii)ares étaient alors un objet d'attention pubUque, dans sa course de dévotion et de plaisir à travers la Gaule, visita la retraite que Radegonde s'était ainsi créée ; l'accueil que le poète y reçut exerça sur son esprit une telle séduction, qu'il s'y établit^ prit les ordres^ devint
prâtre de i%IiBd métropolitaiaé M m ëmgèA plus à repasser les Alpes.
« Poarqnioi partir? poHrqiioi ne pas )*etfer prèis de no^i»? lui avait dit Hadegoode^ »
Où auraitHl en effet trouvé une Vie plus douM^ des prévenances plUs détiGates que û^ûièA dotit la reine et la amur Agnès ne cesëaiéiit de l'en» tOUrer?
A lire ici la iiat¥atiofai de B!^ Thierry^ on ntt ai croirait plni daîis un monastère , mais dans hii des salons leô plâë élégants du xvnt* siècle , au milieu de tous les r^mements de la dvitisation la pitis avancée,
Le poète devenu prêtre appelait Radégonde et Agnès des nomd de mère et sœur; dès qu'il venait les visiter^ le monastère prenait titi air de fMej les ornements de la sâUe k mmâfêr râspimiènt une sensualité td(}uetlei desgâiHatidéë de fleura > odorantes tapissaient les mtiraiUed et un lit de feuilles de rdseé ecMivràit la table % l^uiae de nappe ; mû^ie^ ma lufhi^ré^ dUimt de Mn oMei tel était le langage or^iiairé ddn% Hé ëerTHitFer^ tunatus envers seé BOenri \ t|uëbpiefott il dlai^t seul à plusieilrs sertîees^ eteeMe «blitade ne pa^^ raissaiîpas lai dôptaitiB; m lui servait dea Mgamea arrosés de jas oâ de mlet servis dm» des plate d'argent^ de jaspe et de cri^t| rien n'é^itit le charme de ses soap^s^ de ses causeries à trois^ dé ses dOtt}i; loisirs^ le poé^e ForttmatUs te dé^
daignait point de tresser des corbeilles d*osier pour ses deux amies.
M. Thierry prend soin de rassurer le lecteur sur cette vie un peu mondaine et d'ajouter que tout cela n'était au fond qu'une sorte d*amour inteUectuel; nous voulons le croire aussi bien que le poète Fortunatus lui^mâme. Pourtant comme la sœur Agnès n'avait guère plus de trente ans, ce commerce habituel entre le frère et les deux sœurs, prétait à des insinuations malignes; Fortunatus assure que ce n'était qu'un amour de pur esprit, une affection toute céleste; il prend le Christ et la Vierge à témoin de l'innocence de son cœur.
Nous ne pousserons pas plus loin les détails; qu'il nous suffise de dire que cet épisode a tout l'attrait du roman le mieux approprié aux mœurs, à l'esprit d'une époque; malgré les couleurs un peu vives de certains passages que nous aimons à attribuer à l'imagination ardente du poète italien plutôt qu'à celle de son chroniqueur, il y a dans ce tableau une telle chasteté d'expression, une telle grâce candide, que lorsqu'on voudrait sourire, le sourire s'arrête sur les lèvres et le cœur est ému ; jusqu'à la fin de l'épisode, Radegonde conserve cette même teinte mélancolique que lui avaient laissé les souvenirs 4e son enfance, les scènes de violence dont elle avait été témoin» les bruyère^ de sou pays, a-h
M. AUGUSTIN THIERRY. Ui
suis une pauvre femme enlevée, disait-elle. » Ces tristes et douces figures de femmes jetées ainsi au milieu des scènes de désordre et de bar barie de Tépoque exhalent un parfum indéfinissable.
Je n'hésite pas à ranger ces récits des temps Mérovingiens au-dessus de tous les travaux précédents de M. Thierry; ces petits groupes sont tout autant de chef&-d'œuvre de narration épique. La forme en est exquise et d'une irréprochable pureté ; il n'y a qu'une lente culture qui puisse donner des fruits aussi suaves ; il n'y a que de longues souffrances qui puissent déveloj^er de pareils trésors de sensibilité : pourquoi fautil que la science ait aussi ses martyrs ?