‹ Écrivains modernesChapitre 9 sur 13 · M. MICHELET · texte numérisé non relu

M. MICHELET

Da livre du Prêtre, de la Femme et de la Famille.

C'est un événement que le nouveau livre de M. Michelel , non pas autant par les choses plus ou moins neuvqs qu'il renferme , par la forme plus ou moins attrayante qui l'avive, que comme signe caractéristique d'un temps d'arrêt dans la réaction religieuse de l'époque et dans la tendance de M. Michelet lui-même; celte réaction marche avec le siècle , M. de Chateaubriand lui a doniié sa date? elle était néceôsaire, inévita-

ble ; on ne refait pas plus les périodes do scepticisme et d'incrédulité , qu'on ne icfait les croyances aveugles^ la foi superstitieuse des premiers âges; quelques esprits doués de facultés brillantes, s'emparèrent de ce mouvement ; le Génie du Christianisme et les Martyrs^ telle fut la source vive de leur inspiration , leur point commun de départ à tous ; M. Michelet fut un des apôtres les mieux inspirés de l'école spiritualiste.

Son Histoire de France, dans certaines parties f peut se comparer à ce que notre littérature moderne offre de plus harmonieux et de plus poétique j on n'a pas oublié avec quelle admirable chasteté de pinceau , cet historien a réhabilité Tangélique figure de Jeanne d'Arc; ja* mais on ne mit au service d'une cause une pareille efflorescence de style^ une telle jeunesse de cœur ; le peintre du moyen^âge prête une ame aux cathédrales, anime la matière de son souffle puissant , la façonne et transforme à son gré , lui donne des ailes ; il idéalise tout ce qui s'offre à sa pensée ; il a raison de s'en féliciter , les choses les plus filiales qui aient été dites sur la vieille église, l'ont été par lui ; d'autres marchèrent sur ses traces , et l'on sait pendant combien d'années le torrent a débordé; il n'a plus été bruit que de moyen-âge, d'art chrétien, d'ogives I d'architecture gothique i c'est la plaie dQ

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la France: il suflSt d'une idée créatrice, d'unç œmvre originale , pour déterminer une intarissable filière de sottes imitations ; la puissance prolifique de Notre-Dame de Paris a été sans bornes, elle n'est pas encore près de finir ; sans se piquer de prophétie , on peut prédire aux M^stires de Paris , au Juif errant, une suite non moins prospère de petits-neveux ; les générations présentes passeront, sans que leur rè^ne soit passé. Mais ce mouvement était-il sérieux au fond ?

a-t-il fait avancer d'un seul pas la question religieuse? Après avoir lu le dernier livre de M. Michelet, on peut avancer hardiment que non; aussi je ne m'étonne point que ce Uvre ait soulevé toute la haine du clergé, qu'il ait fait reculer ou réduit au silence les moins orthodoxes , et qu'il ait excité la surprise de tous ; pourquoi s'en cacher et ne pas le dire sans détour? Ce livre n'est ni un pamphlet, ni une œuvre de pures représailles, c'est tout simplement le manifeste le plus franc, le plus hardi, le plus loyal et le moins déguisé contre l'essence du christianisme lui-même j c'est le réveil d'un poète qui a été long-temps dupe de ses propres illusions, de son mysticisme exagéré , de sa ferveur ascétique, de ses rêves mystérieux, de ces sublimes orages ou combattent tour à tour le doute et la foi j après avoir long-temps rêvé, le poète se sent aujourd'hui blessé au cœur, désabusé de ses

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