I. ESSAIS PRÉLIMINAIRES
L'étude expérimentale de la poliomyélite infectieuse n*a pu être entreprise qu*à partir du moment où Ton a découvert la réceptivité des diverses espèces simiennes à Tégard du virus.
Les auteurs qui avaient suivi les premières épidémies de poliomyélite, ont remarqué leur coïncidence avec certaines épizooties et ont pensé pouvoir établir des relations de causalité entre ces dernières et l'infection paralytique de Thomme. Ainsi, d'après Dana(i), Caverly aurait remarqué des paralysies chez les chevaux et les poules ; il eut l'occasion d'examiner microscopiquement la moelle épinière d'une des poules paralysées, et prétend y avoir décelé des altérations rappelant celles qui caractérisent la poliomyélite humaine [foyers de ramollissement, hémorragies (2)]. De son côté, WicKMAN constate une fréquence insolite des phénomènes paralytiques chez les chiens, en pleine épidémie de poliomyélite, et cite, à ce propos, les observations de Behrman, se rapportant à des cas de paralysie chez des lapins et des poules. Cependant, l'examen de la moelle des chiens paralysés n^a pas révélé de lésions typiques. On ne pouvait donc déduire de ces données aucune conclusion, ni
(i) Dana, Boston med, and Surg, Journal, janvier 1895, p. i4.
(2) HAMMOND,qui a examiné les mêmes préparations, n*a pas pu se convaincre de ridcntilé entre les lésions observées chez la poule et celle de la maladie de HeinE'Medin.
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE 2g
au point de vue de la sensibilité des diverses espèces animales à regard du virus, ni en ce qui concerne le rôle des épizooties paralytiques dans la propagation delà poliomyélite infectieuse.
Tout aussi peu probantes, quant aux déductions à en tirer, sont les recherches des auteurs qui ont essayé de reproduire la maladie en inoculant à diverses espèces animales, en particulier à des lapins, des cultures microbiennes [Bacf. coli, streptocoque, staphylocoque ; Charrin, Gilbert et Lion, Roger, Thoinot et Masselin (i), Hoche (2), etc.]. En effet, les expériences de WicKMAN ont montré que Tinjection intra-veineuse de bactéries plus ou moins pathogènes, ne provoque pas d'altérations de la moelle pouvant être comparées à celles de la maladie de Heine- Medin. Dans des recherches entreprises en collaboration avec TwoRT, nous n'avons pas 'réussi à reproduire la poliomyélite en injectant des cultures de streptocoques, de bacille typhique, etc., dans le cerveau des lapins. Tout ce que l'on obtient, dans ces conditions, ce sont des lésions de méningite aiguë, provoquant plus ou moins rapidement la mort des animaux. Ce sont donc les tentatives faites sur le singe qui ont permis l'étude expérimentale de la poliomyélite.