CHAPITRE IV
RECHERCHES BACTERIOLOGIQUES
De nombreuses tentatives ont été faites dans le but de découvrir l'agent pathogène de la paralysie infantile épidémique ; elles n'ont abouti qu'à des résultats négatifs. Ce n'est que lorsqu'on eut réussi à transmettre la maladie aux singes et à entreprendre son étude expérimentale, que fut précisée la nature du virus de la poliomyélite. Toutefois, il nous semble utile de rappeler en quelques mots ces recherches préliminaires.
En 1898, F. Schijlze(i) constate dans le liquide céphalo-rachidien, des diplocoques ressemblant au microbe de Weichselbaum et incultivables sur les miheux habituels. L'auteur, ayant retrouvé plus tard les mêmes diplocoques dans des cas de méningite tuberculeuse et d'hydrocéphalie, hésite à se prononcer sur leur spécificité. Plus tard, CouRMONT et Bonne (2) examinent le liquide céphalo-rachidien d'un cas de paralysie de Landry et constatent des coccus, quïls retrouvent, d'ailleurs, sur des milieux ensemencés avec la moelle épinière. Ils établissent un certain rapprochement entre la poliomyélite et la méningite cérébro-spinale. En Italie, Concetti (3) entreprend Tétude bactériologique de la poliomyélite et de la polioencéphalite, et, dans plusieurs cas, isole le Diplococcus lanceolatus et le méningocoque. Il conclut en faveur de la pluralité des agents pathogènes capables de provoquer la maladie de Heine-Medin.
(i) F. ScHULZE, Mtinch. med. Uoo//., i8g8, p. 1197 ; Zieglers Bei/rnege, 1905, t. VII.
(2) CounMONT et Bonne, Arch. de Neurol., 1899, t. VIII, p. 353.
(3) Concetti, X/ll^ Congrès intcrn. de médecine de Paris, 1900 ; Secl, méd. infant., p. 345.
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Des bactéries diverses, le plus souvent des microcoques, ont été retrouvées par Dergum, Looft et Dethloof (diplocoques prenant le Gram), de même que par Barnes et Miller, ëngel, Spiller (staphylocoques), et par Batten [associations bactériennes (i)]. Les recherches les plus importantes, dans cet ordre d'idées, ont été celles de Geirsvold (2) et de Potpbschnigg (3). Le premier examine douze cas de poliomyélite et isole soit du liquide céphalo-rachidien, soit du sang, un microcoque dont voici les principaux caractères : coccus en forme de* haricot, cultivant facilement sur des milieux artificiels et prenant le Gram. L'auteur ne conclut pas quant à la spécificité du germe isolé par lui, mais affirme qu'injecté à des souris, lapins ou pigeons, ce germe engendre des paralysies. Ces constatations n'ont pas été confirmées par Harbitz et Schebl, qui retrouvent le microorganisme en question dans de rares cas de poliomyélite et ne le décèlent pas sur les coupes.
Quant à Potpeschnigg, ii examine le liquide céphalo-rachidien de quatorze sujets atteints de paralysie infantile et y découvre des diplocoques particuliers, prenant le Gram. Là aussi, il s'agit de constatations qui n'ont pas été vérifiées ultérieurement ; ni Roenbr (4)^ ni Leiner et Wiesner (5) n'ont pu se convaincre de leur exactitude et surtout de la spécificité du germe de Potpeschnigg. Leiner et Wiesner cultivent ie liquide céphalo-rachidien de malades atteints non seulement de poliomyélite, mais aussi d'autres affections (hydrocéphalie, pneumonie, méningite tuberculeuse), et obtiennent des colonies plus ou moins nombreuses. Or, il est facile de se convaincre que les cuhures obtenues dans ces conditions proviennent de la contamination du matériel d'origine. En effet, si l'on ensemence le même liquide céphalo-rachidien à trois reprises successives, on' constate que les milieux ensemencés avec le premier échantillon pullulent, tandis que ceux qui reçoivent le second et surtout le troisième, restent indéfiniment stériles. Citons, pour terminer cette série de recherches microbiologiques, les constatations d'ELLERMANN (6), ayant trait
(1) Cf. Landsteiner el Popper, Zeitsvhr. filr Immunitaelsjorschung^ «909, l. II, dO 9, p. 377.
(2) Geirsvold, Norsk Magasin^ i9o5, n* 12.
(3) Potpeschnigg, Wiener klin. \Voch,y 1909, t. XXII, n® 39.
(4) RoEMBR, Mûnch, med. Woch., 1909, t. LVI, n® 49»
(5) LEiffER el W1E8NER, Wiener klin, Woch., 1909, t. XXII, n*42.
(6) Ellermann, CentralbL far Bakl.y 1906, t. XL, p. 648.
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à la présence de RhUopodes dans des produits provenant de malades atteints de poliomyélite.
La diversité de ces résultats et aussi leur inconstance, montrent qu'aucun des microbes isolés du liquide céphalo-rachidien, du san§^ ou des organes, ne saurait être considéré comme ayant quelque relation étiologique avec la maladie de Heinb-Medin. Les auteurs qui ont travaillé avec soin et qui ont pris toutes les précautions nécessaires, sont unanimes à reconnaître que les eusemencements sur les milieux ordinaires restent généralement stériles. Telles sont les conclusions qui découlent des travaux de Guinon et RisT (î), Parkins et Dudgeon (2), Scherman et Spiller, WilsoN, etc. Un des savants les plus compétents en la matière, WicKMAN, est très affirmatif à ce sujet ; il appuie ses déductions sur l'examen de huit cas de poliomyélite épidémique (cultures de moelle et de liquide céphalo-rachidien). lien est de même des chercheurs qui ont étudié la qu^îstion dans le laboratoire de Flexner, à New- York : Allen Starr (3) et Marthe Wollstein (4). L examen a porté sur vingt liquides céphalo-rachidiens, dont sept avaient été ponctionnés pendant la première semaine de la maladie. Les auteurs ont constaté la stérilité absolue de ce liquide, établie par des cultures faites aérobiquement et à l'abri de l'air. Quelquefois les milieux pullulaient, mais il s'agissait alors d'impuretés (staphylocoque blanc, bacilles prenant le Gram et microcoques ressemblant à ceux de Geirsvold).
Les mêmes conclusions découlen t des investigations de Roemer (5), faites pendant l'épidémie des environs de Marbourg. Etant donné que la maladie de Heine-Medin débute parfois par des accidents inflarfimatoires localisés sur la muqueuse naso-pharyngée, Roemer entreprend l'examen bactériologique de produits prélevés sur les amygdales. Il ne décèle que des microbes connus, tels le staphylocoque blanc, le Micrococcus catarrhalis et le Diplococcus phanjngis flavus de Lingëlsheim (le pneumocoque fut trouvé plus
(i) Guinon et Rist, Revue mefisuelle des maladies de l'enfance, iQoS, t. XXI,
(2) Parkins et Dudgeon, Brain, 1907, t. XXX, p. iio (cités d'après Landsteiner cl Popper).
(3) Allen Starr, The Journ. of the Americ. rned. assoc., 1908, t. LI, p. 1 12 .
(4) Marthe W0LL8TEIN, Journ. of eorperimen, med.y 1908, t. X.
(5) Roemer, Miinch, rned. Woch., 1909, no 49.
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fréquemment que d'habitude). Ajoutons que des résultats également négatifs ont été relatés par Stephens et par Honl (i).
Il est donc hors de doute que, malgré ces nombreuses tentatives, la véritable nature du virus de la maladie de Heine-Medin restait à découvrir, les divers microbes isolés n'étant que des impuretés dues à remploi d'une technique défectueuse.
(i) D'après Nbttbr et Levy.