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CHAPITRE VII

Si rélude expérimentale de la maladie de Heine-Medin nous a renseigné sur le mécanisme pathogénique et les conditions qui assurent la contagiosité, par contre, elle n'a pas encore abouti à la découverte du microbe. Cependant, au début, les recherches de Flexner et Lewis et de Levaditi (i)ont fourni quelques indications à ce sujet. Les auteurs ont constaté que si Ton ensemence des produits virulents dans un mélange de bouillon et de sérum de singe, ce mélange se trouble après un séjour [)lus ou moins prolongé à 37**. Levaditi, colorant le dépôt de centrifugation de ces cultures par la méthode de Loefflek (technique de Borhel, pour la coloration des cils), par le procédé lent de Giemsa et parla fuchsine phéniquée, a découvert des corpuscules extrêmement fins, ronds, légèrement ovalaires, disposés deux par deux, ou en amas.

Plus tard, Flexner et Noguchi (2) disent avoir cultivé le germe de la poliomyélite, en se servant du milieu utilisé par le savant japonais pour la culture du Treponema pallidnm (liquide d'ascite additionné de fragments d'organes). Ce germe [Globoid bodies) est très petit (o,^ à Oj3 u), plus ou moins arrondi et disposé en forme de diplo, de courtes chaînettes ou d'amas. Il se colore par la méthode lente de Giemsa et retient difficilement les couleurs d'aniline. Le microorganisme est pathogène pour le singe, chez lequel il provoque la poliomyélite. Il résulte de la description donnée par les auteurs en 191 3, que le germe cultivé par eux, avait déjà été vu et décrit par Levaditi en 19 10.

(i) Levaditi, La Presse médicale, i«jio, janvier, n» 6.

(2) Flexner et Noguchi, Journ. 0/ e^rperim, Med,, iQiS, t. XVIII, p. 461 ; Cf. égalemeat Flexner, Noguchi et Amoss, Journ, oj expcrim. Med.y 19 «5, t. XXI, p* 91.

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Hécemmeiit, Amuss (i) revient sur la quesliua des Globoid bodies de FlexnercI Noguchi. Les cultures de cet auteur ont cependant un caractère plus saprupliytique ; elles sont dépourv ues de virulence, et les réactions sérolog"iques (a^j^lutination, fixation de Talexine) auxquelles elles donnent lieu, ne paraissent pas démonstratives, au point de vue des relations étiolog^iques entre le microbe cultivé et la maladie.

De son côté, Roemeh (2) décèle des corpuscules dans les émulsions de moelle de singes poliomyélitiques, examinées à rultra-microscope. Enfin, ajoutons que Levaditi (;^) a obtenu des résultats intéressants, en cultivant le virus de la paralysie infantile par la méthode des cultures cellulaires in riiro, indiquée par Harrisson, 13i RRows etCARREL. Dcs fragments de ganglions spinaux, provenant de singes infectés par voie cérébrale, sont cultivés dans des boîtes de Gabritschewskv, en présence de plasma de singe. Les cellules fusiformes d'origine conjonctive se multiplient, et le virus se conserve à leur contact, à 87®, pendant au moins 21 Jours. Il a été possible de transmettre la paralysie infantile au singe avec des cultures de cinquième passage (4).

Fii/rRABiLiTÉ. — Quoi qu'il en soit, ces résultats sont trop incomplets pour permettre de formuler une opinion précise sur la morphologie du germe de la poliomyélite. Tout ce qu'on peut affirmer, en Tétat actuel de nos connaissances, c'est que le microbe de la maladie de Meine-Medix appartient à la catégorie des microorganismes qui traversent les bougies en porcelaine ou en terre dUn/usoires. Landsteiner et Levaditi ont, les premiers, démontré cette filtrabilité. Ils ont constaté que si Ton filtre à travers une bougie Berkel'ELî), sous une faible pression, une émulsion de moelle prélevée sur un singe infecté, le liquide obtenu engendre à coup sûr la poliomyélite. Les auteurs se sont assurés de l'imperméabilité de leurs

(i) Amoss, Journ. ofcxper, Med,, 1917, l. XXV, p. 5/|5.

(2) RoEMER, /oc. cit,

(3) Levaditi, C.R. de r Académie des Sciences, 1914,1. <^LIX, \).2Sf\; C. H. de la Société de Biologie, 1914» t. XXV, p. oof).

(4) BoNHOFF (Deutsche med. Woch., 1910, p. 5S4) et Waltek (Deutsche Zeit^ schr, fur Neroenheilk,, 1912, l. XLV, p. 79)0111 décrit des ioclusions cellulaires dans le noyau des cellules névrogliciues (coloration par les méthodes de Mann et de Lenz).

bougies pour les microbes connus, en ajoutant à Téinulsion virulente une culture de Micrococcns prodiyiosus : les filtrats, stériles, renfermaient cependant le virus de la paralysie infantile. Plus tard, ils ont vu que ce virus traverse également les bougies Chamberland. Des recherches parallèles entreprises par Flexner et Lewis, ont confirmé les précédentes ; il en fut de môme des expériences de Leiner et VViESNER (bougies Pukal). Ces investigations ont prouvé (jue la maladie engendrée par Tinjection du liquide filtré est provoquée par le virus, et nullement par quelque toxine accumulée dans le système nerveux. En effet, la moelle des singes inoculés avec le filtrat est virulente pour d'autres animaux neufs (Flexner et Lewis, Levaditi et Landsteiner) On a vu également (Levaditi et Lands- TEiNER, confirmés par Leiner et Wiesner) que Fincubation, chez les simiens qui reçoivent le virus filtré, est plus longue que chez les témoins, ce qui prouve que les bougies, tout en étant perméables pour le microbe, le retiennent cependant en partie. Aucun doute ne saurait donc subsister quant à Textrôme petitesse du parasite de la paralysie infantile et sa filtrabilité à travers les bougies qui arrêtent la plupart des microorganîsmes connus.

Conservation. — Le microbe de la maladie de Heine-Medin conserve pendant longtemps sa virulence en dehors de torganisme animal. Levaditi et Landsteiner ont montré que des fragments de système nerveux d^homme ou de singes atteints de cette maladie, gardent leur pouvoir pathogène pendant l\ jours à la température ordinaire, et de 7 à 22 jours à celle de la glacière, dans de la glycérine au tiers. Flexner et Lewis, et plus tard Roe- MER, ont confirmé ces faits. Roemer a provoqué Tinfection en inoculant une moelle après 64 h. de conservation extra-vitam^ et, en collaboration avec Joseph, a montré qu'il n'y a aucune atténuation lorscjue le virus, mélangé à de la glycérine (5o 0/0), est gardé à f8" et à l'abri de la lumière, pendant i4, 3i et Sg jours.

Enfin, Flexner et Amoss (i) ont constaté que le virus, placé dans de la glycérine à 5o 0/0, se montre actif aprè 6 ans ; ils confirment ainsi les observations antérieures de Landsteiner, Levaditi et Pastia (2), qui avaient observé cette conservation, dans les mêmes conditions, pendant au moins 202 jours.

(i) Flexner et Amoss, /o/zr/i. 0/ erperim. Afed., 191 7, l. XXV, no 4. P- 53(j. (2) Landsteiner, Levaditi et Pastia, Annales de Flnstitnt Pasteur, 1911, t. XXV, p. 80.

Go ECTODERMOSES NEUROTROPES

Le virus résiste à la dessiccation^ ainsi qu'il résulte des expériences de Landsteiner et Levaditi. Ces auteurs, ayant introduit des fragments de moelle dans des flacons contenant de la potasse, ont observé que ces fragments étaient encore virulents après 24 jours (22^). De plus, si Ton desséche Témulsion contenant le microbe, dans le vide, sur de Tacide sulfurique et à la température de la chambre, on voit qu'elle est pathogène pendant au moins i5 jours (i).

Action de la température. — On a étudié la façon dont se comporte le virus vis-à-vis des variations de ^température. En ce qui concerne Taclion du /ro/rf, Levaditi et Landsteiner ont soumis à la congélation une émulsion virulente et ont éprouvé son activité au bout de 1 1 jours ; cette activité n'avait pas varié sensiblement, fait confirmé par Flkxner et Lewis et par Leiner et VViesner. Ces derniers ont établi que le virus, maintenu pendant 4 b. dans un mélange réfrigérant, provoque la maladie après urie incubation normale de 12 jours. Quant à l'action de la chaleur^ elle a été étudiée par Leiner et W'iksner. Plusieurs singes injectés avec du virus chauffé pendant i5 à 20 minutes à la tempéralure de ()o", ou encore pendant i h. à oo**, n'ont pas contracté la poliomyélite. Il résulte (pie le microbe est assec sensible à la chaleur et qu'il n\'st pas sporogène.

L'ensemble de ces constatations montre que le germe de la maladie de IIkine-Medin oftVe une résistance assez manjuée à Tégard de certains agents physiques, en particulier du froid ( — 2^ à — S**), et qu'il conserve sa vitalité pendant longtemps en dehors de l'organisme. Ces notions sont de la plus haute importance au point de vue des conditions qui président à la propagation de la paralysie infantile. Elles expliquent la persistance de la poliomyélite à l'état larvé pendant la saison froide de l'année, et aussi sa transmission jKir l'intermédiaire d'objets usuels (VV^ickman).

Conservation dans l'eau et le lait. — Les recherches expérimentales de Leiner et VViesner (2) ont montré que la transmission

(i) Leiner et Wiesnek n'ont pas réussi à transmettre la maladie ca se servant de substance grise desséchée, après un séjour à Sy*» pendant l\ h. Nous pensons qu'il s'agit d'une destruction du virus provoquée par l'autolyse.

(2) Leiner, Wiesnbr et Zappert, Studien iieher die Heine-Medinsche Krankheity r^eipzig" und Wien. Deuticke, 191 1.

LE VIRUS DE LA POLIOMYELITE 6l

de la poliomyélite par la voie dîgeslive est possible, quoique, d'après nos propres expériences, assez inconstante (voy. page 65). D'un autre côté, Wickman (i), s'appuyant sur des données épidémiologîques, admet que la maladie pourrait se propager par Tintermëdiaire des aliments, en particulier du lait. Il était donc tout indiqué de rechercher si le virus se conserve dans le lait et Tcau, et combien de temps il y garde intacte son activité. Landsteiner, Levaditi et Pastia ont entrepris des expériences à ce sujet et sont arrivés à des conclusions qui nous paraissent intéressantes. Ils ont montré que le virus, mélangé k du lait stérilisé et conservé à la température de la chambre, à la lumière, garde son activité pathogène pendant au moins 3i jours. Il se comporte de la même façon lorsqu'on le mélange avec de Peau stérilisée. Un premier passage, fait également dans du lait, après 25 jours, s'est montré actif pour le singe. Toutefois, nous ne pensons pas qu'il y eut, dans ces conditions, une véritable cultuic. En effet l'incubation a été exceptionnellement longue (27 jours) et l'animal s'est paralysé 36 jours après, ce qui plaide plutôt en faveur d'une atténuation du virus.

Action de la bile. — Les sels biliaires détruisent in vitro certains virus filtrants [(X les constatations de Kraus( 2), v.Eisler (3), sur le virus de la rage ; Cf. également les travaux de Russ (/»), Ro(iERS (5) Neufeld et Provvazek (6)]. Landsteiner, Levaditi et Pastia ont recherché si la bile des singes neufs ou des simiens sacrifiés en pleine évolution de poliomyélite, exerçait une influence atténuante sur le microbe de la maladie de IIeine-Medin.

ExrÉHiENCR. — On recueille la bile d'un Macacus rhésus neuf et on la mélange, jï la dose de ocniT), à i cm^ de virus frais, préalablement filtré sur papier. Le mélange est g-artlé pendant /| h. à la température de la ebambre et 10 b. A celle de la {glacière. Il est injecte dans le cerveau du Afaracus sinicus 7/0 j.'i. Pas de troubles après l'injection. L'animal contracte la poliomyélite après une incubation de 8 jours, ce qui prouve que la bile normale ne para tl e.rercer aucune art ion s/érilisan/e à Pér/ard tlu germe de la maladie de Heine^ Medin,

(i) Wickman, lierir. zur Kenntnis der lleine-Medinschen Kranlchei/, Berlin, Karjçer, 1907.

(2) KitAtJS, Zeilschr. f, llijg , 1900, vol. XXXI V, p. 3i.

(3j Y. EiSLEK, Ceidr. fur Dakt., 1908, vol. XIA', p. 71.

(/|) Russ, Arcli, fur Ift/g., hjoO, vol. LÏX, p. 3oG.

(Tl) RooERS, Zeiisehr. fur Ifijg., 1900, vol. XXXV, p. r>9.

(6) Neufei.d et I'howazkk, Arh. KaiserL Oesundhei/sam/e, 1907, vol. XXV, p. 5oV

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Des recherches analogiques ont été relatées par Leiner et Wies- NER (i). Les auteurs se sont servis de bile normale d'homme ou de sinçe, et aussi de bile provenant de deux simiens paralysés. Ils ont constaté que la sécrétion biliaire des animaux neufs ne détruisait pas in oitro le virus, tandis qu'il y eut survie des singes qui avaient reçu le mélange fait avec la bile des animaux poliomyélitiques. Mais les auteurs reconnaissent que leurs expériences sont trop peu nombreuses pour que Ton puisse admettre d'ores et déjà, la présence d'anticorps microbicides dans la sécrétion biliaire des animaux malades.

L'action des sécrétions stomacale et intestinale a été étudiée par Flexner, Clarck et Dochez. Ces savants ont établi que le virus poliomyélitique n'est pas détruit in nitro par ces sécrétions.

Antiseptiques. — Quant à Tinfluence des antiseptiques, elle fit l'objet d'études publiées par Landsteiner et Levaditi, ainsi que par Flexner et Lewis. Ces études ont montré que la poudre de menthol, le permanganate de potasse à I p. i.ooo, Veau oxygénée à I p. 100 et V aldéhyde formique (RoEMER et Joseph) enlèvent au virus ses propriétés pathogènes. Par contre le thymol à i p. loo et le phénol à o,5 p. loo se montrent sans action. Ces résultats sont intéressants en ce qui concerne la prophylaxie de la poliomyélite. Nous verrons, dans un des chapitres suivants (v. p. 60} que la maladie se propage par la voie naso-pharyngée et que le naso-pharynx représente un véritable réceptacle de virus, tant chez les malades, que chez les porteurs de germes. Il s'ensuit que certains des antiseptiques cités plus haut, pourraient être utilisés pour stériliser ce réceptacle et empêcher ainsi la propagation épidémique de la maladie.

Action de la substance nerveuse normale. — Levaditi et Landsteiner (i) ont essayé de préciser si la substance nerveuse des singes neufs, ou sacrifiés en pleine évolution de la poliomyélite, contenait des substances capables de neutraliser le virus in vitro. L'idée de rechercher ces propriétés neutralisantes leur a été suggérée par l'ol)scrvation suivante : au cours des nombreux passages faits de singe à singe, on a remarqué que, de temps à autre, le pouvoir pathogène de l'émulsion nerveuse, préparée dans les mêmes conditions, fai-

(i) Levaditi et Landsteiner, loc. ciL, 2^ mémoire.

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blissait. L'inconstance des résultats rendait impossible la continuation des expériences. On était alors obligé de revenir en arrière et de recommencer les séries avec du virus conservé dans de la glycérine. Levaditi et Landsteiner ont pensé que cette atténuation pouvait bien être due à l'apparition, dans les 'centres nerveux des animaux malades, d'un principe (anticorps ?1 jouissant de propriétés microbicides. Cette hypothèse était d'ailleurs d'accord avec cet autre fait, observé par Leiner et Wiesner, que les émulsions fortement concentrées, paraissent moins actives que les émulsions diluées (sans dépasser une certaiiîe limite, bien entendu). Les expériences n'ont pas confirmé l'hypothèse. En effet, la matière nerveuse, qu'elle provienne d'un singe neuf ou d'un animal infecté, n'exerce aucune action neutralisante à l'égard du germe de la poliomyélite. Ces résultats sont d'ailleurs conformes à ceux de Liener et Wiesner, qui n'ont enregistré qu'un retard de 4 à 5 jours dans Fëclosion des phénomènes paralytiques, en ajoutant du cerveau de lapin ou de la lécithine fraîche (lo p. loo) à du virus actif.

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