VOIES DE PÉNÉTRATION DU VIRUS
L'injection intra-veineuse n'est pas toujours suivie d'une localisation du germe dans le système nerveux central. Il semble que les plexus choroïdes s'opposent, dans une certaine mesure, à la pénétration du virus dans le nevraxe. En effet, Flexner et Amoss (i)ont montré qu'il suffit d'injecter dans le cs^nal rachidien, soit du sérum du cheval, soit une solution saline isotonique, soit les solutions de RiNGBR ou de Locke, pour que le virus, introduit dans le sang ou sous la peau, franchisse facilement la barrière que lui oppose parfois le plexus choroïde et engendre la poliomyélite.
La maladie est transmissible au singe par injection de virus dans les ganglions lymphatiques, Leiner et Wiesner ont inoculé le germe dans les glandes inguinales et ont constaté l'apparition des premiers symptômes paralytiques au bout d'une incubation de 12 jours.
Toutefois, c'est encore la ooie intra-cérébrale qui se prête le mieux à Finfection.
Ajoutons que Levaditi et Landsteiner ont provoqué la poliomyélite en introduisant Témulsion de moelle virulente dans la chambre antérieure de CœiL Rappelons également, qu'il a été impossible, jusqu'à présent, d'infecter les animaux en frottant avec un tampon chargé de virus, la peau ou la cornue préalablement scarifiées (Landsteiner et Levaditi, Leiner et Wiesner, Levaditi^ Har-
VIER et NiCOLAu).
Quoi qu'il en soit, ce sont les expériences concernant la pénétrabilité du virus par la muqueuse du tube digestif et des voies respiratoires supérieures^ qui offrent le plus d'intérêt au point de vue épidémiologique. En ce qui concerne la muqueuse digestive^ sa réceptivité pour le microbe de la poliomyélite est loin d'être précisée à l'heure actuelle. Nos nombreuses tentatives de transmission par voie gastrique, faites non seulement sur des singes inférieurs, mais aussi sur le chimpanzé, sont restées négatives. Seuls,* Leiner et Wiesner ont réussi à conférer l'infection par cette voie, et aussi par l'intestin, il est vrai dans des conditions qui diffèrent sensiblement du mode de contamination naturelle. Ils ont disposé Texpérience de la façon suivante :
Les animaux sont soumis au jeûne pendant 12 à 24 h., puis on leur injecte de la teinture d'opium dans le péritoine, afin d'empêcher le péristaltisme. A un certain nombre d'entre eux, on pratique la laparotomie et on injecte le virus dans une anse intestinale ; on évite ainsi Faction du suc gastrique.
(i) Flbxnkr et Amoss, The Journ. o/experim, Med,, 1917, t. XXV, p. 525.
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Trois des quatre simiens ainsi opérés ont contracté la poliomyélite. Dans une autre série d'expériences, les auteurs font ingérer, à deux ou trots reprises, 80 cm' d'émulsion virulente. Un premier singe reste indemne, tandis qu'un second montre des signes de poliomyélite, au bout d'une incubation de 7 jours (lésions typiques du système nerveux).
Ayant constaté que le virus se conserve longtemps dans du lait, nous avons, avec Landsteiner, essayé d'infecter les singes, en leur faisant ingérer du lait contaminé, ou en leur administrant ce lait par le rectum. Or, malgré la longue durée de l'expérience, nous n'avons pas réussi à contaminer nos animaux. Les singes n'ont pas acquis non plus l'immunité, attendu qu'ils ont contracté la paralysie infantile lors d'une inoculation d'épreuve, faite quelque temps après.
Il en résulte que l'infection par voie digestive parait impossible dans les circonstances naturelles. Si Leinea et Wiesner ont transmis la maladie par cette voie, c'est qu'ils se sont placés dans des conditions particulièrement favorables. La question est de savoir si, au cours des épidémies, de telles conditions se trouvent réalisées et si la contamination par le canal alimentaire entre en ligne de compte. Quelques faits plaident en faveur de cette opinion. WiGKMAN a observé que la maladie de Heine-Medin pouvait se propager par ingestion de lait contaminé. En outre, d'après Krause, cette maladie débute fréquemment par des troubles gastro-intestinaux et s'accompagne de lésions plus ou moins marquées du tube digestif (hypertrophie des plaques de Payer et des glandes mésentériques). 11 est vrai que, d'après Leïner et Wiesner, ces lésions sont plutôt en rapport avec un état lymphatique généralisé, mais il n'en est pas moins certain qu'elles peuvent faciliter la pénétration du germe par la muqueuse de l'intestin.
Voies respiratoires. — L'importance des voies respiratoires supérieures au point de vue de la pénétration du microbe, a été mise en évidence par les expériences deLEiNER et Wiesner et de Flexner et Lewis. Les premiers ont cocaïnisé la muqueuse naso-pharyngée des singes, puis ont recherché si on pouvait leur conférer la maladie : 1° en leur faisant inhaler des émulsions de moelle virulente; 2^ en leur frottant la muqueuse nasale avec du virus ; 3° en leur injectant ce virus dans la trachée. Plusieurs de leurs tentatives ont été couronnées de succès, l'infection survenant après une incubation de 5, 1 1 et 1 4 jours. De leur côté, Flexner etLEv^^isont scarifié la muqueuse nasale et pharyngée d'un rhésus et y ont déposé le