‹ Ectodermoses neurotropes:Chapitre 16 sur 75 · V0IS8 DE PÉNÉTRATION DU VIRUS · texte numérisé non relu

V0IS8 DE PÉNÉTRATION DU VIRUS

virus; Tanimal présenta, six jours après, une paralysie des plus nettes des muscles de la nuque et des membres supérieurs. II résulte de ces constatations que le microbe de la poliomyélite peut contaminer le singe en pénétrant par la muqueuse des voies respira^' toires supérieures.

Toutefois, cette faculté de pénétration ne nous semble pas très marquée, du moins' pour certains échantillons de virus, car, dans plusieurs de nos expériences, il nous a été impossible d'infecter un Chimpanzé et quelques simiens inférieurs, en leur badigeonnant la muqueuse du nez et du pharynx avec une émulsion nerveuse virulente, ou en déposant dans leurs fosses nasales des tampons chargés de virus. Par contre, il suffit d'introduire sous la muqueuse nasale, au niveau des cornets, quelques gouttes de virus, pour conférer la poliomyélite à ces animaux. Il semble donc que la muqueuse naso^pharyngée intacte offre une résistance efficace à la pénétration du germe dans l'organisme; la barrière qu'elle oppose à cette pénétration n'est franchie que si une lésion traumatique ou inflammatoire préalable la rend perméable.

Ceci est vrai lorsqu'il s'agit d'une variété de microbe douée d'une virulence moyenne. Mais si cette virulence est très accusée, il n'est plus besoin d'une telle lésion préalable pour qu'il y ait pénétration et infection généralisée. En effet. Le vaditi et Danulesco (i) ont eu entre les mains un germe poliomyélitique très pathogène, provenant d'une épidémie ayant sévi en 191 1 en Angleterre. Ce germe engendrait la poliomyélite chez le singe d'une façon pour ainsi dire constante, soit en déposant dans les fosses nasales un tampon imbibé d'émulsion ' cérébrale virulente, soit tout simplement, en badigeonnant les narines avec un pinceau chargé de virus.

Quant à la voie que suit le microbe pour envahir l'axe cérébrospinal, en partant de la muqueuse naso-pharyngée, elle a été précisée par les expériences de Levaditi et Landsteiner. Ces auteurs ont constaté que le bulbe olfactif d'un Macacus rhésus infecté par voie nasale, contenait des quantités appréciables de germes poliomyélitiques. Ceci montre que le virusy après avoir envahi la muqueuse du nés y pénètre dans le cerveau, en se dirigeant le long des filets du nerf olfactif Nous verrons, d'ailleurs, que la voie

(i) Levaditi et Danulesco, C. R. de la Soc. de Biologie^ 1912, l. LXXII, pp. 543, 606, 65 1 ; Levaditi, Gordon et Danulbsco, C, R, de la Soc, de Biolog., 1912, t. LXXI, p. 65i.

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des nerfs périphériques se prête très bien à la propagation du microbe de la paralysie infantile dans l'organisme.

Ces données expérimentales se trouvent confirmées par une observation digne du plus haut intérêt, que nous avons recueillie avec Landstbiner et Pastiaj et dont voici les détails :

Observation. — P... A..., âgé de 2 ans, entre dans le service (Hôpital Wilhelmine, de Vienne) le 7 avril igii,pour une pleurésie tuberculeuse. Pas de changement appréciable dans l'ctat du malade jusqu'au 7 mai. A ce moment, on constate des vomissements, de la fièvre (38o5), une rougeur de la gorge et des dépôts blanchâtres sur les amygdales. Le lendemain, la gorge est très rouge, mais les dépôts se sont détachés en partie. Le 10 mai, dans la matinée, l'enfant est agité, ne peut plus s'asseoir ; on observe une paralysie flasque des deux membres inférieurs, des muscles du dos et de la nuque ; les réflexes sont abolis. L'après-midi, paralysie des membres inférieurs et du bras gauche. Le malade succombe dans la nuit, par suite d'une paralysie des centres respiratoires.

NécROPSiE. — Poliomyélite aiguë^ hypertrophie des amygdales, avec dépôts dans les lacunes (angine lacunaire), hypertrophie des follicules de la base delà langue, des ganglions du cou et du mésentère. Pleurésie tuberculeuse gauche.

L'eo'amen microscopique de la moelle montre des lésions typiques de poliomyélite aiguë. Celui de V amygdale permet de constater le$ modifications suivantes : l'ëpithélium est exulcéré partiellement, ses couches superficielles sont desquamées et les cellules épithéliales sont dégénérées, parfois dans toute l'épaisseur du revêtement muqueux. Souvent Tépithélium est traversé par des éléments migrateurs^ en particulier par des leucocytes à noyau polymorphe ; ces leucocytes se dirigent de la profondeur vers la surface et finalement pénètrent dans la masse exsudative qui recouvre la muqueuse. De plus, on décèle au niveau de Texsudat, de nombreux amas de coccus.

Des fragments d'organes sont placés dans de la glycérine au tiers et envoyés à l'Institut Pasteur. On les reçoit le i5 mai et l'on en prépare des émulsions dans de l'eau salée isotonique, émulsions que l'on injecte aux singes, à la dose de ocm'5 dans le cerveau, et 1 cm^dans le péritoine.

Mac, rhésus n9 82^ inoculé avec la moelle épinière. Le 22 mai (incub. de 7 jours) : paralysie des deux membres droits, tremblements généralisés. Le 23, paralysie complète. L'animal est sacrifié le 24 mai. L'examen histologique montre des lésions intenses de poliomyélite aiguë (inflammation périvascu-

(i) Landsteiner, Levaditi et Pastia, C. R, de l*Acad. des Sciences, 191 1, t. GLU, p. 701.

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