VOIES D'ELIMINATION DU VIRUS
Un problème dont l'importance est capitale au point de vue de l'épidémiolo^e et de la prophylaxie, est celui qui se rapporte aux voies d'élimination du virus au cours de Tinfection. Il a été résolu expérimentalement par Levaditi et Landsteiner et par Flexnbr et Lew^is. Les premiers ont montré que les glandes sali" vaires des simiens sacrifiés pendant la période aiguë de la poliomyélite, peuvent renfermer des quantités appréciables de germes virulents. Dans une expérience, une émulsion de ces glandes, introduite dans le cerveau et le péritoine d'un cynocéphale^ a provoqué la poliomyélite après une incubation de i4 jours. Toutefois, la présence du germe dans la sécrétion salivaire ne paraît pas être constante, attendu que trois autres tentatives restèrent infructueuses.
Quant aux investigations de Flexner et Lewis, elles concernent rinfectiosité de la muqueuse nasale des singes sacrifiés en pleine évolution de la maladie. Les savants américains insistent sur l'analogie entre la poliomyélite et la méningite cérébro-spinale, au point de vue des formes abortives de la maladie et de sa transmission par des porteurs de germes. Flexner (i) avait montré que dans Tinfection méningococcique, le microbe de Weichselbaum peut quitter les méninges pour envahir la muqueuse naso-pharyngée et s'éliminer parla sécrétion nasale. Chez les singes infectés par injection de méningocoques dans le canal rachidien, il fut possible de retrouver le microbe dans la muqueuse nasale et pharyngée, libre ou inclus dans les globules blancs. Or, il en est de même, à peu de chose près, dans la maladie de Heine-Medin. Flexner et Lewis
(i) Flbxnbr, Journ, of experim, Med.^ 1907, t. IX, p. 142.
injectent le virus dans le cerveau ; lorsque les singes sont très malades, on les sacrifie, on en excise la muqueuse nasale et on Témulsionne dans de Teau salée. L'émulsion est filtrée à travers une bougie Berkefeld et le filtrat inoculé à dautres animaux neufs : ces derniers contractent la poliomyélite.
Ces données ont été confirmées par Leiner et Wiesner et par Landsteiner et Levaditi. Les premiers ont établi que la muqueuse naso-pharyngée était infectieuse les deuxième, cinquième et dixième jours de la maladie ; les seconds ont montré Tinfluence favorisante exercée par les lésions inflammatoires chroniques de cette muqueuse, sur l'élimination du virus. Ces données ont été complétées par les expériences de Landsteiner, Levaditi et Danulesgo (i), qui ont mis en évidence la présence du germe dans P amygdale des singes infectés par voie cérébrale, et confirmées par Osgood et Lucas (2), qui ont démontré la persistance de ce germe dans la muqueuse nasale, au moins pendant six mois.
Le virus existe non seulement dans la muqueuse naso-pharyngée, mais aussi dans la sécrétion nasale des simiens poliomyélitiques. Levaditi et Banulesco ont placé dans les narines de ces simiens des tampons, qu'ils ont laissés en place pendant 24 à 48 h. I^e mucus, qui imbibait ces tampons, était dilué avec de Vee^u salée isotonique, filtré à travers des bougies Berkefeld V, puis injecté à des singes, par voie cérébrale. Le filtrat s'est montré virulent dans une des six expériences relatées par les auteurs (incubation de 10 jours). Suivant Thomsen (3), la sécrétion naso-pharyngée serait virulente même après injection du virus dans la cavité péritonéale.
Ajoutons que ni Vnrine, ni les matières fécales ne sont pathogènes chez le singe, d'après les essais de Landsteiner et Levaditi et de Leiner et Wiesner.
Il résulte de Tensemble de ces recherches que le germe de la paralysie infantile s* élimine par les sécrétions des fosses nasales et de Carriére^gorge. On doit ^ par conséquent ^ tenir compte de Cin-^ fectiosité de ces sécrétions, et peut-être aussi de celle de la salive y dans Pépidémiologie et la prophylaxie de la maladie de Heine- Medin.
(i) Landsteiner, Levaditi et Danulksco, C. R. de la Soc iéié de Biologie, 1911, t. LXXl, p. 558.
(2) Osgood et Lucas, Journ. Amer, med. Assoc.^ 191 1> t. LVl, p. 49Î>-
(3) Thomsen, Berlin, kl in, Woch,, 1912, p. 63.