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CHAPITRE XI

MODE DE CONTAGION DE LA MALA DIE, D'APRÈS LES DONNEES EXPÈ RIMENTALES ET EPIDÉMIOLOGI QUES (').

Landstelner et Popper (2) ayant démontré la transmissibilité de la paralysie infantile au singe, on a essayé de résoudre, à l'aide de rexpérimentation, les divers problèmes soulevés par l'étude épidémiologique de la poliomyélite. Nous avons vu que le mode de propagation avait été examiné, déjà en igoB, par Wigkman (3). Ce savant, de par la simple enquête épidémique, avait montré que , l'hypothèse de la contagion au contact des malades ou des porteurs sains de germes, est celle qui concordait le mieux avec les faits. Toutefois, les nombreuses constatations de Wigkman n'excluaient pas la possibilité d'un mode de propagation autre que celui de ce contact humain, puisque cet auteur envisageait la coïitagion par l'intermédiaire des objets usuels et des matières alimentaires (lait). Il était donc nécessaire de vérifier la conception de Wigkman à Paidé d'expériences sur le singe.

Certains auteurs ont attaqué le problème en s'adressant exclusivement à l'expérimentation. On a pu établir ainsi que chez les simiens

(1) Ed partie reproduit d'après Rling et Leva.diti : Etudes sur la poliomyé' ///c, Paris, Marétheux, igiS.

(2) Landsteiner et Popper, Zeitschr, fur Immanitaeisforsch,, t. Il, no 9,

(3) Wigkman, Deitr, zur Kenntniss der Heine-Medinsche Kranfcheit, Berlin,

Karger, 1907.

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infectés par inoculation cérébrale^ le virus existe dans la muqueuse nasale (Flbxnbr et Lewis) (i), et ses sécrétions (Levaditi et Danu- LBsco), et que les voies aériennes supérieures se prêtent à la pénétration du germe dans l'organisme.

On sait que les contaminations de cage sont fort rares (Levaditi et Danulesco). S'agit-il d'une élimination inconstante du microbe par la muqueuse naso-pharyngée, ou bien d'une réceptivité inégale des divers simiens contaminés par la voie nasale ? Levaditi et Danulesco examinent ce problème et arrivent aux conclusions suivantes :

Lorsqu'on infecte le singe par le nez, en y déposant du virus au moyen d'un pinceau ou d'un tampon, on constate que tous les animaux, sahs exception, contractent la poliomyélite, à la condition de se servir d'une souche très virulente. Par contre, l'élimination du microbe par la muqueuse nasale, ou par les amygdales, est loin d'être constante (i3 expériences avec 2 résultats positifs). Il en résulte que la* rareté de la contagion spontanée expérimentale est due plus à l'inconstance de l'élimination du virus par le nasopharynx, qu'à la résistance qu'oppose ce naso-pharynx à sa pénétration (2).

Ces expériences de laboratoire montraient ainsi que le nez et la gorge jouent un rôle de premier ordre dans la propagation de la maladie de Heine-Medin. Mais ce n'étaient encore que des présomptions, et il a fallu les recherches sur l'homme pour que l'hypothèse soit définitivement confirmée. On étudia, d'une part, l'infectiosité des organes pouvant constituer des sources de virus, et d'autre part, la présence du microbe dans l'entourage du malade. Ainsi, Landsteiner, Levaditi et Pastia (3) montrèrent que le virus existe dans l'amygdale et la muqueuse pharyngée des poliomyélitiques et que, très probablement, cette muqueuse et le tissu lymphoïdc sous-jacent servent de porte d'entrée et aussi de voie d'élimination (4).

(i) Flexnbr et Lewis, The Journ, of Americ, med. Assoc.y 19 10, 12 février.

(2) Landsteiner, Lbvaditi et Pastia, C. R. de l'Acad. des Sciences^ 191 1, t. CLII, p. 1701, 12 juin.

(3) Levaditi et Danulesco^ C. /?. de la Société de Biologie ^ 19» 2, t. LXXÏI, p. 65 1 et 606.

(4) Ces coDstatatioDs ont été confirmées par Flexnbr et Clark, Journ, oflhe Amer, med, Assoc,, 191 1, 18 novembre.

yOI£S D ELIM INA.TIO^ DU VIRUS

Mais ce sont surtout Kung, Pettersson et Wernstedt (i) qui entreprirent des recherches précises, grâce aux matériaux recueillis à l'occasion de l'épidémie suédoise de 191 1. Dans plusieurs travaux qui font Tobjet d'un rapport présenté au Congrès d'Hygiène de Washington^ ces auteurs ont montré que le virus de la poliomyélite peut être décelé dans les sécrétions du nez, de la gorge et de la trachée, et aussi dans l'intestin, chez des sujets atteints de paralysie infantile épidémique, à la période aiguë de la maladie. Ils ont examiné un grand nombre d'échantillons de sécrétions naso-pharyngées, trachéales et intestinales. Parmi 26 sujets, 8 ont fourni des matériaux dont l'injection au singe a provoqué des symptômes typiques et des lésions infiltra tives caractéristiques. Le tableau ci-après résume ces résultats :

Lavage de

Nombre d'échantillons examinés

Résultats positifs

Pourcentage

Gorge ....

Trachée. . . .

Inteslin ....

Total

Total des cas examinés .... 26

Résultats positifs 8

Pourcentage 3o p. 100

Total des échantillons inoculés . 55

Résultats positifs 12

Pourcentage 21 p. 100

De plus, Kling, Pettersson et Wernstedt relatent des expériences qui tendent à prouver la présence d'un virus poliomyélitique atténué dans les sécrétions naso-pharyngées et dans l'intestin, chez les

(I) Klino> Pettbrsson et Wernstedt^ Investigations on Epidémie infantile paralysie. Report front ihe State médical institute o/Sweden, to the XV internal Congress of Hygiène and Demography, Washington, 191 2 ; Nordiska Bokhandeln^ Stockholm.

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malades atteints de formes abortives^ de même que chez les supposés porteurs de germes. Ce travail, qui renferme également quelques données intéressantes concernant la transmission de Tinfection au moyen des objets usuels (Josefson) et des insectes piqueurs (puces), confirme ainsi la théorie de la transmission directe ou indirecte (au moyen des porteurs sains), formulée antérieurement par WicKMAN.

Tel était Tétat de la question, lorsque en septembre 191 2, chargés d'une mission d'étude en Suède, nous avons entrepris, avec Kling, des recherches en vue de préciser encore mieux, si possible, le mode de propagation de la poliomyélite épidémique. Notre attention fut portée surtout sur le rôle des matières alimentaires (eau, lait), de la poussière, des insectes et du contact humain. Nous n'insisterons pas sur les expériences concernant les substances alimentaires : elles n'ont fourni que des résultats négatifs. Plus importantes sont les données ayant trait à la poussière, aux insectes et au contact humain.

I. Poussière. — La possibilité de la propagation de la paralysie infantile par la poussière a été prise en considération par divers observateurs, surtout depuis que Landsteiner et Levaditi (i) ont démontré la résistance du virus à la dessiccation. Les études épidémiologiques de Reece et Lowett contiennent des données statistiques concernant les rapports entre la morbidité de la poliomyélite et Tabondance de la poussière dans certaines localités ou maisons. Nous ne pensons pas que de telles données puissent fournir des renseignements utiles. De beaucoup plus intéressantes sont les recherches de Neust^dter et Thro (2), qui ont réussi à transmettre l'infection au singe, par injection de poussières recueillies dans la chambre d'un poliomyélitique. Un des deux animaux inoculés avec une quantité assez considérable de poussière (5o g.) contracta une poliomyélite typique.

Dans nos propres expériences, la poussière avait été recueillie 4, 9 et 24 jours après Téclosion des premiers cas de la poliomyélite dans la famille, et 11 et i5 jours après le départ des malades de la maison. Toutes nos inoculations sont restées négatives, et cependant

(i) Landsteiner et Lbvaoiti, Annales de Flnstitut Pasteur , 191 0, t. XXTV, p. 833. *

{2) Neust^ëdter et Thro, Deutsche med. Woch.y 1912, no i5.

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