VACCINATION
LANDSTÊiNfeti et Levadîti (i) oot été les premiers^ à vaccinei* le singé contre la poliomyélite. Leurs expériences ont été confirmées par RoEMER et JosEPh, Flexner et Lewis et par ThomseN. Voici les diverses méthodes employées pour créer l'état réfractairc acquis :
1® Moelles desséchées, — LANDstEiNER et LEVADiti ont inoculé souà là peau ded singes, des émulsionsde moelles virulentes conservées pendant un temps variable sur de la potasse caustique, à ^2** (procédé de Pasteur, rage).
Des moelles provenant d'animaux sacrifiés en pleine évolution de la mala*die, étaient suspendues dans des flacons contenant de la potasse caustique et placés à Tobscurité, à une température veisine de 220. Au moment de l'injection, on prélevait quelques fragments d'une moelle donnée et on en préparait une émulsion dans de l'eau salée, que Ton injectait sous la peau.
Macacus rhésus /jo 36.
Reçoit le 3 décembre 2 cm* moelle de 9 joufB
2 cm*
2 cm'
2 cm*
2 cm*
2 cm*
s cm*
2 cm*
Macacus rhésus n^ J7.
2 Cm* moelle de 9 jours 2 cm* ^— 9 — 2 cm* — 6 *-- 2 cm* — 6 —
2 cm' moelle de 5 jours 2 cm* — B -^ 2 cm* — 4 — ^ 2 cm* — 3 ' —
Le rhésus n9 36 est éprouvé le 29 décembre, soit 19 jours après la dernière injection vaccinante, en même temps que lé Macacus cyhomolgus no 5g. Il survit, Sans montrer de phénomènes morbides, taudis que le tëmolu (ct/no^ molgus n^ 5g) présente une paralysie de la jambe droite le % Janvief (incu* bation de 4 jours), se généralisant le 3 janvier. L'animal est sacrifié.
Le rhésus n^ 3y est éprouvé le 20 décembre, soit 10 jours après la dernière injection vaccinante, en même temps que le Cercopithecus pathas n^ 5/, Il
(1) Landsteiner el Levadîti, loc. cil.
L*lMMLI!<lttÉ 99
survit, sans môntfet* de phénomèoes morbides, tandis que le témoin (cercopithèque n*^5i) présente une paralysie de la jambe gauche le if^r janvier (ineub. de lâ jours), se généralisant le 3 janvier. L'animal est sacrifiée
Il s'ensuit que la vaccination préventive au moyen de moelles desséchées est possible. Malheureusement, cette méthode, ne fournissant pas de résultats constamment satisfaisants, ne saurait être Utilisée en pratique. En effet, il arrive parfois que certains animaux dont la sensibilité est par trop accentuée, contractent la poliomyélite en cours de vaccination. Les moelles conservées d'après le procédé de Pasteur, gardent leur activité pathogène (en injection intracérébrale) pendant un temps assez long. Dès lors, même lorsqu'on à soin de les injecter sous la peau, il arrive que certains singes se paralysent avant l*infection d*épreuve. L'expérience suivante en fournit un exemple :
Macacuê cynomolgus n^ j.
Reçoit le 27 janvier 2 cm^ moelle de 21 jours
— 3i — 2 cm^ — 24 —
— 4 février 2 cm^ — 24 —
Le 5 février, tremblements ; paralysie le 6 février ; morl le 7 février (lésions typiques).
Macucus cynomolgus n^ 80,
le 27 janvier 2 cm' moelle de 21 jours
le 3i — 2 cm^ — 24 —
le 4 février 2 cni^ — 24 —
le 9 — 2 cm^ — 25 —
le II — titube, paralysie complète le soir; sacrifié.
2® Virus soumis à r action des agents chimiques. — R. Kraus (i) a prétendu que le virus poliomyélitique, traité au préalable par l'acide phénique, constitue un vaccin capable de conférer au singe un état réfractaire appréciable. Landsteiner et Levaditi ont contrôlé ces expériences, sans réussir à les vérifier, ainsi qu'il résulte des données suivantes :
(1) R. KaAub, Wien, klin, Woch,^ 1910, nt> 7, 17 fév. ; ZeiUchr, fur Immunitaetsforsch,, 191 1, t. IX, p. 117.
lOO ECTODERMOSES NBUROTROPES
Macacus rhésus Lb^ reçoit soas la peau, le 4 marSt 6 cm* d'aoe ëmulsîon épaisse de virus, additionnée d'acide pbénique à o g. 5o p.ioo, et conservée pendants jours à la température de la glacière. L'animal est éprouvé le i6 mars, soit 12 jours après Tinoculation vaccinante. Le 23 mars, parésie des membres inférieurs ; le 26 mars, paralysie des deux jambes. Il est sacrifié le 27 mars (lésions bistologiques typiques).
Macacus rhésus Le, reçoit sous la peau, le 26 mars, 6 cm* d'une émulsion virulente, préalablement filtrée surde la tarlatane, puis additionnée de o,5 p. 100 d'acide pbénique et conservée pendant 3 jours à la température de la glacière. L*animal est éprouvé le 6 avril, soit 11 jours après l'inoculation vaccinante. Malade le 8 avril, il est paralysé le 9 avril. Il se peut que la poliomyélite ait été engendrée, chez ce singe, par Tinjection du virus pbénique incomplètement stérilisé, attendu que la maladie a débuté déjà 2 jours après l'injection d'épreuve. Ce qui le prouve, ce sont les expériences de Kraus, qui montrent que l'acide pbénique à o,5 p. 100 ne détruit pas le germe, mais en atténue simplement la virulence. La destruction n'a lieu que si l'on emploie du phénol a 1 p. 100. Dans ce cas, la vaccination par des émulsions pbéniquées serait possible (Kraus).
Les moelles forniotées ne confèrent pas Tétai réfractaire (Roemer).
3® Virus chauffé, — Landsteiner et Levaditi ont essayé de vacciner le singe au moyen d'injections répétées de virus tué par le chauffage à 55®. Les résultats obtenus ont été totalement négatifs, comme il résulte des protocoles suivants :
Des émulsions de moelles virulentes sont chauffées pendant 3o minutes à 550 ; on en injecte de 3 à 5 cm^ sous la peau, à plusieurs reprises.
Afacacus sinicus n* i3, ,
Reçoit le i4 décembre 3 cm* d'émulsion chauffée
— i5 — 3 cm* —
— 17 — 5 cm' —
— 20 — 5 cm* —
Macacus sinicus n^ tS.
3 cm^ d'émulsion chauffée 3 cm^ —
5 cm'* —
5 cm' —
Les animaux sont éprouvés le 29 décembre, soit 9 jours après la dernière injection vaccinante ; 00 inocule en même temps le cynomolgas n^ 5g, qui sert de témoin.
L IMMUNITE ÏOI
RÉSULTAT. — Les trois animaux se paralysent après une incubation de 4* ^ et 6 jours. Ceile expérience montre que le virus poliomyélitique^ tué par le chauffage à 55^, est dépourvu de qualités vaccinantes,
RoEMER et Joseph font des tentatives analogues. Ils commencent par préciser la température à laquelle le virus de la paralysie infantile perd ses propriétés pathogènes. Si Ton s'adresse à l'inoculation sous-cutanée, on constate que le chauffage, pendant 3o minutes, à 4o®, 5o®, 55®, rend le virus inoflFensif pour le singe. Par contre, l'injection intra-cérébrale montre que le germe, soumis à une température qui ne dépasse pas 45®, est atténué, mais encore virulent. Il ne perd complètement son activité que vers 5o® à 55®. Forts de ces données, les auteurs entreprennent la vaccination des simiens au moyen d'émulsions virulentes chaufiFées soit à 5o®, soit à 55®. Ils constatent que seule la moelle chauffée à 5o^ vaccine (fait confirmé par Levaditi et Landsteiner).
Il en résulte que la vaccination par du virus soumis à l'influence de la chaleur est possible y à la condition de ne pas atteindre des températures qui détruisent complètement la virulence du germe. Les modifications que subissent les émulsions chauffées à 5o^, sont-elles de nature qualitative ou quantitative ? S'agit»il d'une véritable atténuation du microbe, ou d'un appauvrissement en unités pathogènes ? La dernière de ces hypothèses nous paraît la plus plausible.
4® Virus dilué — Flexner et Lewis ont appliqué à la vaccination contre la poliomyélite, la méthode du « Virus dilué », utilisée par HôGYBs dans la rage. Les auteurs se sont servi de filtrats sur bougie Berkefeld, dont i/5o à i/ioo de cm' tuait le singe en injection intra-cérébrale. Des quantités croissantes de ces filtrats étaient inoculées sous la peau, puis on éprouvait la réceptivité des animaux (infection cérébrale).
Un singe reçoit du 12 au 16 janvier^ sous la peau, i/3o' de cm' de filtrat ; du 20 au 23 janvier, 1/20*» de cm* ; pendant les quatre jours suivants, i/io® de cm*. Ensuite on lui inocule i/io* et 1/26 et 1 cm'. Enfin, le 28 mars, 10 cm' de filtrat sont injectés. Le 2 avril, on éprouve la sensibilité de Tanimal à l'égard de 2 cm' de filtrat non dilué, administrés par voie cérébrale. Le singe survit, sans avoir présenté de troubles morbides apparents, tandis qu'un témoin, inoculé suivant la même voie, avec 10 mm. de cm', succombe à la suite d'une attaque typique de paralysie infantile. D'après Flexner et Lewis, une seule inoculation sous-cutanée suffit pour engendrer l'immunité. La méthode est cependant peu sûre, attendu que certains animaux peuvent s'infecter pu cours de la vaccination.
\02 ECTODERUQfi^n N^l'f^OTROPES
Ce mode de vaccination a été repria par Thomsen (i). Des Macacus rhésus reçoivent, à des intervalles variables, en injection souscutanée^ du filtrat (bougie Berkefeld) conservé à la glacière. Leur réceptivité e^t éprouvée par des inoculations virulentes intra-cérébraleg. Si Ton emploie des doses régulièrement croissantes, la création d'un état réfractaire est possible, à la condition toutefois de conainencer la vaccination par des quantités suffisamment petites.
Que doit-on penser d'un tel procédé de vaccination au point de vue pratique ? U offre daux aléas. D'abord il est difficile de savoir par quelle dose de filtrat il faut commencer l'immunisation chea l'homme, Texpérience sur le sinçe étant absolument insuffisante. Puis, la période pendant laquelle on vaccine activement le singe est da beaucoup trop longue : on ne voit pas comment on pourrait entreprendre pendant si longtemps la vaccination préventive humaine, surtout si Ton tient compte du fait que la maladie de Hi^mR-MEDiî^ est une infection dont l'incubation est, en général, de très courte durée,
5° Virus sensibilisé, - — On sait que le procédé des virus sensibilisés a donné des résultats excellents dans la rage (Cf, Marie), Il était tout indiqué de tenter la vaccination antipoliomyélitique au moyen de ce procédé, Cette tentative a été réalisée par LA^nsT^mEH et Levadjti, comme il résulte de Texpérience suivante ;
Macacus rhegus n^ 68. Le 5 janvier, on rnélange 7 cm^ d*éinulsÎQQ viruleqte (virus de passage) à 7 cip^ de gérum d'un mouton qui avait reçu plusieurs injections de virus, par la voie sous-cutanée. Le mélange reste 4 h. à la température de la chambre et sert à vacciner le rhésus n^ 68, Celui-ci reçoit le 5 et le 7 janvier 5 cm^ de ce mélange sous la peau. L'animal est éprouvé le 18 janvier, soit 11 jours après la dernière injection vaccinante ; il gupporte, sans aucun trouble apparent, cette inoculation dVpreuve. Il çst réinoculé le 3o janvier, en même temps que deux témoins : Macacus rhésus n^ y6 et Callitriche n^ yo. Il ne montre de nouveau aucun phénomène paralytique, tandis que les témoins se paralysent le 3 et le 1 1 février.
Des résultats positifs, analogues aux précédents, ont été relatés par RoEMER et Joseph (mélange de virus et de sérum de convalescents de poliomyélite), de sorte que, malgré les essais infructueux de Flexneii et Lewis, il y a lieu de conclure que la vaccination par du virus sensibilisé est possible.
(1) Thomsen, Berl. klin. Woch., 1912, n» 2; ^eilschr. fur Immunittetiforsch.j 1912, t. XIV, p. 198.
L*JlfMUNlTB |q3
Ajoutons que des tentatives de vaccination préventive^ faites pendant la période d'incubation^ n'ont abouti qu'à des résultats nuls ou incertains (Landsteîner et Levaoiti, Flexner et Lewis),
Conclusion. — On peut créer ^ chez le singe, un état réfractaire acquis solide y en utilisant F une ou P autre des techniques décrites précédemment. Toutefois, aucun de ces procédés de vaccina^ tion ne semble être appelé à rendre des services appréciables en pratique humaine*
% 7. - SÉROTHÉRAPIE.
La découverte des anticorps spécifiques dans le sérum sanguin des; convalescents de poliomyélite, a suggéré Tidée de l'application de ces anticorps à 1^ sérothérapie préventive et curative de la maladiç de Heine-Medin. Les analogies entre cette maladie çt la rage laissaient prévoir des échecs. On sait, en effet, que le sérum anti-rabique neutralise in vitro le virus rabique, mais n'e^cercç aucune action thérapeutique appréciable.
Landsteine;r et Levapiti ont relaté les faits suivants ;
« Nous avons essayé en vain de prévenir Téclosion de la paralysie infantile ou d'enrayer son évolution, en injectant am^ animaux, soit pendant la période d'incubation, soit au début de l'infection, du sérum provenant de singes ayant eu, à un moment donné, une attaque de poliomyélite. Ainsi, dans uns expérience, le Mangdbey n<^ jg et le CaHUriahe /i» 80 (témoin) sont infectés la 19 janvier. Le premier reçoit dans la cavité pcritonéale, les 19, 2q et 24 janvier, i5, 10 et 20 cm' de sérum d'un singe inoculé antérieurement et devenu réfractaire. Cette injection n'a pas modifié l'évolution de la maladie, puisque le Mangabey s'est paralysé après 5 jours et le témoin après 1 1 jours d'iQCuba<^ tion ».
Même résultat négatif lorsqu'on administre le sérum microbicide dans le canal rachidien, à des singes infectés simultanément par voie cérébrale, comme il résulte de Texpérience suivante :
Sérum du Macacuê rhesuM n* 6 (immunité acquise à la suite d'une attaque aiguë de poliomyélite, surcharge par des injections ultérieures de virus sou$ la peau). Les Macacus rhésus /i" g2 et n^ g3 sont infectés par voie cérébrale, 1q 12 novembre. Le premier reçoit dans le canal racbidien les 12, i3 et i5 novembre, 2 cm* de sérum, le second sert comme témoin. Tous Içs deux sont paralysés le 17 novembre (incub. de 5 jours).
Ajoutons que dans nos expériences, le sérum s'est montré dépourvu de toute action curative, non seylernent en injection
I04 EGTODEHMOSES NEUROTHOPES
përitonéale, mais aussi lorsque nous avons eu soin de l'admiDistrer dans le canal rachidien.
Des résultats négatifs ont été publiés par Leiner et Wiesner (injection de sérum dans le canal rachidien et dans le péritoine : Cf. également Kraus), tandis que Flexner et Lewis ont obtenu quelques succès, en disposant Texpérience de la manière suivante : des singes sont infectés par voie cérébrale avec du virus filtré, puis, dès le lendemain, on leur administre par voie rachidienne du sérum provenant d'animaux vaccinés. Tandis que les témoins non traités succombent, les simiens ayant reçu le sérum spécifique survivent. Même effet lorsque l'infection est pratiquée par voie nasale (trpis injections consécutives d'immun-sérum dans le canal rachidien exercent une action préventive efficace). Ces résultats ne sont constants que si la sérothérapie rachidienne est précoce.
Des essais sérothérapiques ont été faits sur Y homme. Si les premières tentatives de Nobécourt et Darré (i) sont restées infructueuses, par contre les observations relatées par Netter, Gendron et TouRAiNE (2) sont des plus encourageantes. Ces auteurs se sont servi de sérum provenant de. trois adultes et adolescents et de quelques enfants convalescents de paralysie infantile. La maladie remontait chez eux à quelques mois, à 7, 10 et 11 ans. Le sang, pris dans la veine du pli du coude, était défibriné, puis centrifugé; le sérum était conservé à la glacière pendant plusieurs jours, avant d'être injecté. En général, on inoculait moins de sérum que Ton retirait de liquide céphalo-rachidien. La quantité de sérum a varié de 7 à i5 cm', mais comme chez quelques malades, on répétait les injections, cette quantité a atteint 100 cm*.
Quatre poliomyélitiques ont été traités par ce procédé; un seul a succombé, les autres ont été sensiblement et promptement améliorés. D'après Netter et ses collaborateurs, « finjection de sérum antipoliomyélitique dans le canal rachidien^ peut enrayer r extension de la paralysie infantile^ si elle est entreprise d'assez bonne heure et poursuivie longtemps » [(Cf. également Netter et Salanier (3)J. Cette conclusion découle des résultats obtenus dans les 34 cas traités par Netter.
(i) NoBÉcouRT et Darré, C R. de la Soc. de Biologie, 1910, t. LXIX, p. 584*
(2) Nettbr, Gendron et Todraine, C. R. de la Soc. de Biologiey 191 1, l. LXX, p. 626.
(3^ Nettbr et Salanier, Bull. Soc. médicale Hôpitaux^ 19 16, p. 299.
L*IMMUNITé 1 05
Ces résultats ont été confirmés par Amoss et Chesney (r), qui se sont servi de sérum de convalescents ; ils Tont employé dans le traitement de 26 malades, d'une manière aussi précoce que possible, par injection intrarachidienne, intraveineuse et sous-cutanée.
En 1917, RosENOw^ (2) ainsi que Nuzum et Willy (3) ont préparé un anti*sérum en immunisant des chevaux avec un streptO" coque isolé dans des cas de poliomyélite et ont prétendu avoir obtenu des effets thérapeutiques favorables. Amoss et ëberson (4) ont contrôlé ces affirmations, sans* les confirmer.
§ 8 — SÉRO DIAGNOSTIC
i^La réaction de Bordet el Gengou appliquée au diagnostic delà poliomyélite, n'a pas fourni de résultats satisfaisants. Ainsi Wollstein (5) cherche en vain des anticorps spécifiques dans le liquide céphalo-rachidien en se servant, comme antigène, d'extraits de moelle épinière et d'organes prélevés post morterriy chez des poliomyélitiques. Lebredo et Recio utilisant le même procédé, n'ont enregistre qu'une seule réaction positive 'sur trois examens pratiqués. De son côté, Roem er échoue avec un antigène préparé en traitant des moelles virulentes par l'eau salée et l'antiformine. Egalement négatives ont été les expériences de Gay et Lucas (6), de sorte que la méthode de Bordet et Gengou doit être considérée comme inutilisable pour le séro-diagnostic de la paralysie infantile.
2® Séro'diagnostic par examen des propriétés microbicides du sérum. Sitôt que l'on eut découvert la présence d'anticorps spécifiques dans le sérum des convalescents de poliomyélite (Landsteiner et Levaditi), Levaditi et Netter (7) ont entrepris l'étude du séço-
(i) Amoss et Chbsnet, Jourù. ofexper, Med., i»' avril 1917, t. XXV, no 4, p. 58i.
(2) RosBNOw, Journ. of the Americ, med, AssoCf 1917, t. LXK, p. 261,
(3) NuzoM et Willy, i</em, 1917, t. LXÏX, p. 1247.
(4) Am088 et Eberson, Journ. of the eœper, Med.^ «918, t. XXVIÏ, no 2, p. 309.
(5) M. W0LL8TEIN, Journ. of, ejcperim. Med, y 1908, t. X, 476.
(6) Gay et Lucas, Arch, of intern. med. y 1910, t. Vï, p. 33o.
(7) Levaditi et Nettbr, toc, cit.
|06 EGTODBRMOSEfi |«fBU|lOTROPES
diagnostic rétrqgpectif de la maladie, au moyen de la recherche de ces anticorps, t.a méthode employée fut celle de la neutrali»ation du virus in vitroj d'après la technique suivante :
La sang est reeueilli dans la veine du pli du coude, k l'aide d'une seringue de Houx stérilisée. Après coagulation, on décante le sérum clair, en le centrifu^ géant si c'est nécessaire, et on l'utilise le plus frais possible. Une éipulsiop de moelle virulente (de singe) est préparée en triturant dans un mortier stérile, quelques fragments médullaires et en ajoutant lentement lo à i5 cm' d*eau salée isoionique stérilisée. L'émulsion est filtrée sur un filtre en papier. On mélange i cm' 5 de cette émulsion à i cm' 5 de sérum dans un tube à essai. On prépare en même temps un mélange témoin, en remplaçant le sérum du malade par du sérum humain normal frais (de préférence le sérum d'un jeune enfant qui n'a jamais présenté de signes de poliomyélite). On . agite et on place les tubes pendant 3 à 4 h. à la température de la chambre, Qt pendant la nuit k la glacière. Le lendemain oq injecte le cpntenu de ces tubes à deux singe3, à raison de o cm^ 5 dans le cerveau et i cm' 5 dans le péritoinç. Si le sérum provient d'un ancien poliomyélitique, le singe témoin est atteint de paralysie infantile au bout d'une incubation normale, tandis que l'animal injecté avec le mélange contenant le sérum spécifique, ne présente aucun signe de poliomyélite (ou bien ne contracte qu'une maladie légère, après une incubation exceptionnellement longue).
Flexner et Lewis se servent de filtrats sur bougie Berkepeld ; avant de mettre les mélanges pendant la nuit à la glacière, ils les maintiennent pendant I h, à 370.
Les résultats obtenus grâce à l'emploi de cette méthode, ont été résumés din paragraphe 5. Ils montrent, dans leur ensemble, que le procédé permet le diagnostic rétrospectif de la maladie chez des sujets dont l'infection date de six semaines à trois ans et plus. Grâce à cette méthode, on peut affirmer actuellement que les formes sporadîques et la poliomyélite épidémique typique ou abortîve, sont de même nature. Rappelons que ces constatations ont été confirmées par Roemer, Joseph, Mûllér (formes atypiques), Flexner et Lewis, Anderson et Frost.
A l'occasion de la mission accomplie en Suède par Kling et Leva- DiTi, ces auteurs ont eu à vérifier la valeur de la méthode, en l'appliquant, en plein foyer épidémique, à des cas de poliomyélite typique ou abortive. Voici les conclusions qui se dégagent de ces recherches :
I** Cas typiques. — Kling et Levadîti ont examiné le sérum de quatre sujets atteints de formes typiques de paralygie infantile;
h IMMUMTK 1 07
Ifm quatre échantillons ont neutralisé le virus fixe. Le s$ng avait été examiné le troisième^ le cinquième^ le dix^neuviême et le vinfft'^ deuxième jours de la maladie.
Le fait que le sérum détruit in vitro le virus de la poliomyélite déjà le troisième at le cinquième jour après Téclosion des premiers troubles morbides, montre que les anticorps apparaissent très tôt. Cette constatation est intéressante au point de vue d^ la précision du moment où le virus envahit Torganisme, Nous gavons qu'en général, toute production d'anticorps succédant à une injection d'antigène, exige une période latente de plusieurs jours (6 à 8). Or, nous voyons que dans la poliomyélite, les substances bactéricides peuvent être déceléas dans le sang bien plus tôt. Ce fait semble prouver que dans cette infection, le virus-antigène envahit l'organisme quelques jours avant l'apparition des premiers signes, et qu'il se trouve aux prises avec les organes producteurs d'anticorps déjà pendant la période d'incubation.
Cette hypothèse nous semble d'autant plus vraisemblable, qu'elle est d*accord avec les constatations épidémiologiques. Nous avons vu, en effet, que les poliomyélitiques sont contagieux pour leur entourage quelques jours avant que la maladie se manifeste. On peut donc admettre que le germe, ayant pénétré dans les vpies respiratoires supérieures, ne s'y cantonne pas, mais s'insinue dans le système lymphatique, s'y multiplie et incite une production d'an-* ticorps, sans que sa présence se traduise par des troubles mor<« bides.
2® Sujets bien portants. — Une première catégorie concerne des sujets qui vivaient au milieu d'un foyer épidémique et qui sont restés, malgré tout, indemnes. La seconde catégorie a trait à des enfants qui avaient été élevés loin d'un tel foyer. Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau suivant :
Résultat positif. . . 2 cas » partiel. . . 5 — » négatif. . . 2 —
Ces données montrent que le sérum de certains sujets bien portantSy dont la plupart vivaient au milieu d'un foyer de poliomyélite ^ et qui se sont montrés réfractaires, neutralisait le virus de lapara^
I08 ECTODBRMOSES NEUROTROPES
lysie Infantile in vitro, cela dans une proportion de près d^un tiers.
Deux hypothèses peuvent être formulées pour expliquer la genèse de ces anticorps chez des individus normalement réfractaires. D'après la première, il s'agirait d'une sorte d'immunité naturelle, spéciale à certaines familles, ou à certains individus. Suivant la seconde, les anticorps et Fétat réfractaire seraient la conséquence d'une infection latente, sans retentissement général appréciable.
De ces deux hypothèses, c'est la dernière qui nous paraît la plus
V vraisemblable. Si elle se trouvait confirmée, on serait conduit à
admettre que le virus de la poliomyélite est très répandu, en tout cas,
bien plus disséminé que ne semble le montrer la fréquence des
cas typiques et des formes abortîves.
On sait que d'après Strûmpel, la polioencéphalite n'est qu'une poliomyélite à localisation cérébrale. Or, en se servant de la méthode de Levaditi et Netter, Roemer (i) confirme cette conception. Il découvre des anticorps spécifiques capables de neutraliser in vitro le virus poliomyélitique, chez un sujet âgé de Z'i ans, qui, pendant son enfance, a eu une attaque de paralysie infantile cérébrale à forme hémiplégique. Au moment de la prise du sang, ce sujet présentait des phénomènes psychiques, des troubles de la parole et de rhémiparésie. Rappelons que l'identité de nature entre la poliomyélite et certaines myélites diffuses et transverses^ a été établie, grâce à l'emploi du même procédé, par Levaditi et Netter (2) [Cf. également B. Sachs (3)].
(l) BOEMER, loc. cit.
(2) Levaditi et Nettkr, Bull, de la Société médicale des Hôpitaux, séance du 27 mars I9i4<
(3) Saghs, Journ. of nervous and mental Diseuses, 191 2, novembre.