‹ Ectodermoses neurotropes:Chapitre 35 sur 75 · SOURCES DU VIRUS · texte numérisé non relu

SOURCES DU VIRUS

Nous ayons vu, dans le Chapitre précédent, que Strauss, Hirsh- FBLD et Lœwe ont transmis Tencéphalite au lapin et au singe, en se servant de sécrétions naso-pharyngées et de liquide céphalo-rachi*dien d'encéphali tiques. Dans un cas, l'inoculation de substance cérébrale hu,maine fut également couronnée de succès. Les matériaux qui ont servi aux premières expériences de Lèva^ïti et Harvièr (i)) provenaient d'un cas d'encéphalite léthargique, dont voici lobserw vation :

MmèHoff.., (Louise), 45 adb, est amenée à l'hôpital Beaujon dans la soirée du 3 février 1920. D'après les renseignements donnés par une de ses amiesi le début de la maladie remontait à quelques jours seulement ; elle fut prise de syncope le 3 1 janvier, pendant son travail. Reconduite à son domicile, elle ne reconnut ni sa maison, ni sa concierge. Il n*a pas été possible d'obtenir d'autres détails sur le passé de cette malade.

Le 4 <^u matin, la malade présente une éruption cTherpéSi dont les vésicules sont disséminées sur la régpion suS'Orbitaire, Tatle du nçz^ la lèvre inférieure et le menton» exclusivement du côté droit de la face. La malade est fébrile (38o5-3q«), légèrement somnolente, et, de plus, aphasique : elle répond aux questions par monosyllabes inintelligibles; elle comprend et exécute les ordres simples : a asseyez-vous », a donnez-moi la main », mais elle ne peut tirer la langue. Il n'existe ni déviation des axes oculaires, ni ptosis. Les pupilles sont égales et réagissent à la lumière. Les mains présentent de» rnouvemenis de carphologieùicessants, mais, tant au niveau de la face que des membres, on n'observe aucun trouble moteur : ni secousses musculaires, ni mouvements choréîques, ni phénomènes parétiques. Les réflexes tendineux sont normaux, les réflexes cutanés abdominaux sont abolis. Tout Symptôme méningé, tel que raideur ou signe de Kernig, fait défaut. Le pouls est(

(i) Levaditi et Harviëk, C, H, de ta Soc, de Biot., 19*0, t. LXXXIII, séance du 20 mars, p. 354-

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rapide, non dissocié. On noie seulement une raie vasomoirice très prononcée et une rétention d'urine nécessitant le sondage vésical : les urines ne renferment ni albumine, ni sucre. Il n'existe ni lésion cardiaque, ni phénomènes pulmonaires. Une ponction lombaire, pratiquée le 6, ramène un liquide clair, renfermant o gr. 25 d'albumine et une légère lymphocytose. Les cultures sur gélose ascite du liquide céphalo-rachidien sont restées stériles.

L'état de la malade n'a subi, les jours suivants, aucune modification. La température s'est maintenue entre 89* et 4o* jusqu'à la mort, qui survint dans la nuit du 8 au 9 février, précédée d'une période de coma, avec incontinence des sphincters, ayant duré 24 heures.

Autopsie. — Faite 36 heures après la mort, le 10 février 1920. L'encéphale est Jortemeni congestionné et présente une consistance remarquablement mollet sur toute son étendue. Il n'y a ni ramollissement, ni foyer hémorragique, ni méningite appréciables à l'œil nu. L'examen de la moelle n'a pas été pratiqué. Tous les viscères sont normaux. On note seulement une t^ongestion des deux bases pulmonaires et quelques taches blanches dégénératives au niveau du foie.

Examen histologiqub des centres nerveux (pi. I, fig. 10). — • On constate : au niveau du bulbe y des dilatations vasculaires avec petites hémorragies dans substance blanche et des manchons périvasculaires à mononucléaires dans le plancher du 4^ ventricule. Des lésions analogues existent au niveau de la protubérance ; on note, de plus, à l'intérieur de certains vaisseaux, mêlés aux globules rouges, des leucocytes polynucléaires chargés de pigment. Dans les pédoncules cérébraux, les manchons périvasculaires sont peu accusés ; le locus niger ne présente aucune lésion appréciable. Dans Vécorce cérébrale^ il existe une légère accumulation de mononucléaires autour de certains vaisseaux de la pie-mère. Dans la circonvolution de Broca, les lésions sont très intenses : la substance grise corticale est déchiquetée, œdémateuse ; les vaisseaux sont entourés de manchons constitués par des cellules plasmatiques et des lymphocytes ; il existe aussi des hémorragies périvasculaires. De plus, en certains points du cortex cérébral, on décèle des foyers d'encéphalite^ caractérisés par un afflux de rares polynucléaires neutrophiles et de très nombreux mononucléaires à noyau clair, à protoplasma vacuolaire, au voisinage immédiat, ou à certaine distance des vaisseaux, t En résumé, cette observation est caractérisée :

i^ C Uniquement y par un état fébrile accompagné A' herpès , une somnolence avec aphasie, des mouvements carphologiques et des symptômes méningés dissociés. L'évolution de la maladie semble

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avoir été particulièrement rapide, la mort étant survenue vers le neuvième jour.

2^ Anatomiquement, par des lésions d'encéphalite, localisées principalement dans le bulbe, et par des altérations périvasculaires et inflammatoires de Fécorce cérébrale, en particulier au niveau de la circonvolution de Broca.

Etudb ixpérimentali. — Des fragments de substance grise, prélevés aseptîquement au niveau du bulbe, de la protubérance, des pédoncules cér^raux, des noyaux centraux et du cortex, sont triturés et dilués dans de Teau salée isotonique. L'ému Ision est injectée dans le cerveau d'un Macacus cynomolgus et de deux lapins n<^« Zo-M et Sa-J/ (lo février).

Macacus cynomolgus no i . Dose injectée : o ce. a5. Survit sans aucun trouble apparent.

Lapin n* Zo^M est mort le huitième jour. Autopsie : Congestion du cerveau, piqueté hémorragique du poumon. Les cultures du sang du cœur et du cerveau (aérobies et anaérobies) restent stériles. Examen histolegique des centres neroeuœ : lésions typiques de l'écorce cérébrale et du mésocéphale, identiques à celles que Ton constate chez l'homme ; méningite à mononucléaires (lymphocytes et plasmazellen), manchons périvasculaires, infiltration de la substance grise par des leucocytes polynuclé'aires. Absence de microbes.

Lapin n^ 3a-i1/, survit 8*ns présenter de troubles. Réinoculé plus tard, avec du virus de passage, ce lapin contracte l'encéphalite.

Une émulsion préparée avec le cerveau du lapin n* 3o-J/, a été injectée, à la dose de o ce. 2, dans le cerveau de deux lapins :

Lapin n^ l^'M t^i movi \% sixième Jour ^ présentant les mêmes lésions que le lapin n® 3o-.lf (encéphalite et manchons périvasculaires).

Lapin n* 34-i/ est mort le septième jour, avec des altérations très marquées de méningo-encéphalite corticale.

Le cerveau du lapin n^ 34-iV^ a été utilisé pour des passages ultérieurs. De lui dérive notre oirus Jixe SicUitXf lequel a servi à d'innombrables inoculations. Ces inoculations ont été faites, soit avec du cerveau frais, soit, de temps en temps, avec du cerveau conservé dans de la glycérine pure stérilisée (Voy, plus loin).

Ces essais prouvent que le virus de C encéphalite épidémique est pathogène pour le lapin [tout en ne Fêtant paSy à Forigine^ pour le singe)y et qu'il se prête facilement â des passages réguliers, déterminant des lésions analogues à celles observées chez l'homme.

Remarquons cependant, que des deux lapins inoculés avec le virus C ^nous désignerons virus C, le virus de M"* Hoff...), un seul a contracté la maladie ; l'autre est resté indemne et s'est montré réceptif à l'égard d'une inoculation d'épreuve, pratiquée ultérieurement.

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Levadîti, Haryibr et Nicolau (ï) ont réussi à rendre Jixe une nouvelle souche de virus encéphalitique, de provenance, non pas cérébrale, mais naso^'pharyngée,

Obsbrvation RÉsuiiÉB. ^ Ch,,,, 20 ans, femme de chambre, vLeat consulter à rhôpital Beaujonle 9 mars 1921 ;elle ressent depuis 8 jours, des douleurs au niveau de la face. On constate à Texamen une paralysie faciale droite, du type périphérique, avec sigcne de Gh. Bell, qui s'accusera les jours suivants.

Diminution de l'acuité auditive du môme côté, céphalée frontale, vertiges, sî^ne de Romberg'; station debout impossible. Examen auriculaire : négatif (Docteur Baldenweck). Ponction lombaire : albumioe 0,20. Cellule de Nageotte : 0,7 éléments par mm'. Glucose 0,70. Wassermann négatif avec le sang et le liquide céphalo-rachidien. Le 20 mars, apparition d'une paralysie du voile du palais du côté droit; demi-voile droit immobile, attiré vers la ligne médiane. Disparition progressive de ces symptômes de paralysie faciale et vélo-palatine.

• Guérison totale au bout d'un mois.

Le 10 mars 1921, on place, dans la narine droite de la malade, un tampon imbibé d'eau glycérînée. Le tampon est retiré 24 heilres après. Il sert à badigeonner la cornée, préalablement scarifiée (2), du lapin Si-B. Nouveau badig'eonnage le lendepfiain, avec le même tampon conservé dans la si'lycérine.

Le 12 mars, on constate un début de kératite et de la conjonctivite. Cette kératite devient très intense les jours suivants. Cependant Tanimal guérit. Deux passages sont pratiqués, également par vole cornéenne, avec des produits prélevés sur la cornée du lapin Si-B, l'un le 6^ Jour, sur le lapin iS-B^ l'autre, le 12^ Jour, sur le lapin la-M. Le premier animal fait une kératite et survit; le second, atteint d'une kérato-conjonclivite inteose, devient malade le 27e jour. Il tourne la, tête du côté de l'œil infecté, présente des secousses myocloniques, devient somnolent et meurt le 28 avril. Son cerveau, à l'examen duquel on constate des lésions intenses et caractéristiques d'encéphalite, sert à pratiquer, tant par voie cérébrale que par voie cornéenne, une série de passages, qui ont été continués sans interruption pendant plusieurs mois.

Cette expérience montre que, conformément aux constatations de Strauss, Hirshfkld et Lœwe (3), le virus de la maladie peut être décelé dans les sécrétions naso-pharyngées des malades atteints d'encéphalite. Nos recherches ultérieures ont prouvé qu'il y avait identité absolue entre ce virus d'origine nasale et le virus d'origine cérébrale [virus C), Le procédé de IHnoculation à la

(i) Lbvaditi, Harvibr et Nicolau, Ann. Institut Pasteur^ 1922, t. XXXVI, vfi^ I et 2.

(2) Le procédé opératoire et les détails concernant la kératite encéphalitique sont exposés plus loin.

(3) Strauss, Hirshfeld et Loewe, New-York med. Journ., 5 mars 1919, p. 772. Journ, oj infect. Diseases, novembre 1919, p. 870.

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cornée^ permet donc de déceler le germe dans les sécrétions nasopharyngées ; il offre, sur la méthode généralement employée, l'avantage d'éviter la filtration des produits soumis à l'examen.

Il est intéressant de remarquer que, dans cette expérience, faite avec du virus de souche nasale, l'animal inoculé par scarification cornéenne, de même que son premier passage, pratiqué le 6° jour, ^'a pas contracté la maladie. Seul le second passage, fait le 12® jour, est mort longtemps après et nous a permis d'obtenir un virus fixe. Ce fait est à rapprocher des premiers essais de Levaditi et Harvier sur le virus cérébral C Nous avons vu que, des deux lapins injectés par voie intra-crânienne, avec Témulsion de cerveau de M°»® HoFF..., un seul contracta l'encéphalite, l'autre resta indemne et se montra sensible à une inoculation ultérieure. Nous verrons plus loin qu'une constatation analogue a été faite, par les mêmes auteurs, à propos de la recherche du virus dans la salive des porteurs de Çermes.

Il y a donc lieu de conclure que le succès de r inoculation du virus humain, quelle que soit son origine [cerveau^ sécrétions naso*pharyngées, salive^ liquide céphalo-^rachidieny etc.) dépendy avant tout y de la sensibilité de l'animal sur lequel on expérimente. Certains lapins, plus réceptifs que d'autres, contractent une encëpha*^ lite mortelle, lorsqu'on leur inocule des quantités faibles du germe, relativement peu actif, qui existe chez l'homme. Mais, lorsqu'on expérimente avec le même germe, transformé en virus fixe^ ces diflPérences s'eflFacent ; l'inoculation est toujours suivie de succès, quelle que soit la réceptivité de l'animal.

Les recherches de Kling, Davide et Liubnqvist ont été réalisées sur le lapin, auquel ils ont réussi à conférer l'encéphalite en injectant de la substance cérébrale ^ des sécrétions naso^phart/ngées, et du contenu intestinal, préalablement filtré sur bougies Ber-

kefeld. Des résultats analogues ont été obtenus par Thaliiimer (ï). (i) Thalhuibr, Arch, of Neurolog, and Psychiatry^ 1921, l. V, p. ii3.

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