B. ENCÉPHALITE EXPÉRIMENTALE
D'après Levaditf et Harvier (2), qui ont entrepris une étude détaillée des lésions histo-pathologiques dans l'encéphalite expérimentale, ces lésions sont, chez les animaux réceptifs (singe, lapin, cobaye et souris), identiques à celles que Ton constate chez l'homme.
Lapin. — Les altérations intéressent les méninges^ Vécorce cérébrale et le mésocéphale (Voy. planche II, fig. i, 4> 6)-
Méninges : les méninges corticales et basales montrent une infil-
(i) Guillain et Léchelle, C. R, de la Société de Biologie , 1921, janvier, p. 3o.
(2) Levaditi et Harvikr, Ann. de V Institut Pasteur, 1920, t. XXXIV, p. 911, décembre 1920; Levaditi, Harvier et Nicolau, mêmes Annales^ t. XXXVI, 1922, no» I et 2.
l58 EËTODEItMOSBS NEUROTROPBS
tralion plus ou moins intense, suivant les cas, par des éléments monontiilèaires, lymphocytes, gros macrophag;es et cellules plasinatiqncs. Les lymphocytes prëdomineiil; leur disposition périvasculaire est des plus nettes. Çà cl ià on peut constater des liémorragies intra-pie-m<?riennes el du pigment brun, libre ou inclus dans les macrophages.
Des méninges, le processus infectieux se propage à l'écorce cérébrale, de deux manières :
I" Ae long des imissemu- : on observe, autour des vaisseaux de
33. — Coape dr crrvmu de lapin. Hémaléine-i-osine. Griiss. no; u, vaisse» n^iiins enlourr» de insnrlions pi'rivasriilaïrrs ; r. pncéphalilc parenchym 1SR ■ polyniiclcaircs.
sangiii
l'écorce, les manchons périvasculaires si caractéristiques de l'encéphalite humaine (fig. n'i et 2l\). Ces vaisseaux, en particulier les ortérioles, sont entourés de gaines plus ou moins développées, constituées |>ar des lymphocytes et des cellules plasmatiques. A l'intérieur des canaux sanguins, on constate souvent de véritables thrombus constitués par des leucocytes polynucléaires. Toutefois, il nous a été impossible de déceler, dans la lumière vasculaire et au niveau des gaines, l'accu uni lat ion de pigment constatée dans certains cas humains.
3' Par contiguïté : dans les c^s où les altérations histologiques sont plus marquées, à ces lésions métitnifées et vasculaires, s'ajoute une eiicé[)halite aigué, inflammatoire, intéressant des zones
HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE iSfJ
plus OU moins étendues de l'écorce. On a l'impression que le processus se propage direclement des méninges au parenchyme cérébral, tout en cliangeant d'aspect. Eu effet, tandis que les altéralions méningées et périvasculaires sont constituées, presque exclusivement, par des l'iéments mononucléaires, l'encéphalite
P\g. ai. — Coupe de iKroeau de lapin, Ili^mat^inc-i'Osi ne-orange. Grnss. SSo; i>, vkîbseaii Ejsnguin de l'écorce ci-rcbrale, conlenanl des hrmstics, des lymphocytes el lie nombreux potynurli'aires [p). Ce laîsseaii esl entouré d'un manchon constitué par des lymphocytes, den plasmazelten el des mononuclcaires ; e, cndolhéliuni. vaKTulaire : u, artrrinic «plalie, entourée d'un manchon périvasculaîre i lymphoryles (/) cl ï rares polynucléaires {p. o.) ; p, o, m., polynucléaire en pleine sub-
proprement dite est engendrée par des leucocytes polynucléaires. Ceux-ci, issus par voie diapédétique des vaisseaux les plus proches, n'intllirent en pleine substance grise cérébrale.
Ces allèrations ptirencfii/mateases ont un siège de prédilection, au niveau de la base du cerveau, dans une région de l'hippocampe que nous avons dénommée : jrone élective. Cette zone offre, au point
l6o ECTODERMOSES NEUROTROPES
de vue du diagnostic anatomopathologique de Tencéphalite expérimentale, une signification analogue à celle de la Corne d^Amon (diagnostic de la rage). Les lésions qiCon y rencontre prouvent V affinité élective du virus pour les cellules nerveuses. En effet, les neurones de la substance grise corticale, atteints les premiers par le germe, sont aussi les premiers lésés. Leur noyau devient vésiculeux, la chromatine nucléaire se désagrège et s'accumule à la périphérie, pour s'accoler tout contre la membrane nucléaire. Le nucléole se fragmente, les grains oxyphiles qui en dérivent se répandent dans le suc nucléaire et finissent parfois par s'y dissoudre totalement. D'où l'aspect homogène et la teinte oxyphile que revêt le noyau des cellules nerveuses, dans certains cerveaux très altérés. Quant au protoplasma, il perd son aspect tigroide, et laisse voir des granulations qui retiennent fortement l'éosine (coloration par la méthode de Mann).
Très rapidement, de nombreux polynucléaires s'accumulent autour des cellules nerveuses lésées, dans l'espace péricellulaire. Ils envahissent le protoplasma du neurone et y creusent des logettes, dues à la dissolution des protéines par quelque ferment protéolytique d'origine leucocytaire.
Chose frappante, ces polynucléaires ne tardent pas à s^ altérer et à montrer des lésions avancées de pycnose. Leur noyau est réduite l'état de grains chromatiques plus ou moins volumineux, entourés de granulations pseudo-éosinophiles. Tout se passe comme si le virus, localisé dans la cellule nerveuse, élaborait une toxine leucolyiique, qui provoquerait la dégénérescence et la mort des polynucléaires. Parfois, l'accumulation des leucocytes à noyaux polymorphes est telle, qu'il se forme, dans la zone élective, de véritables abcès miliaires. Enfin, les phénomènes de neuronophagie, calqués sur ceux que l'on observe dans la poliomyélite^ sont fort accusés.
Tel est l'aspect des altérations chez les lapins qui succombent à une encéphalite survenue après une incubation de 5-6 à 7 jours. Mais, lorsque, par suite d'une exagération de l'activité pathogène du germe, due à l'hypersensibilité des animaux en expérience (ou à l'emploi d'un artifice, tel que Tanesthésie), la période d'incubation se raccourcit (mort des lapins le 2*^ ou le y jour), cet aspect change manifestement. L'examen du cerveau révèle alors une méningite intense^ non pas à mononucléaires^ mais presque exclu^ sivement à polynucléaires ; et cependant, tous les ensemencements du cerveau restent stériles. Les lésions parenchymateuse sont extrê-
UISTOLOOIE PATHOLOGIQUE l6l
mement accusées et les abcès miliaires sous-corticaux particulièrement fréquents.
Il convient donc de faire une restriction à la conclusion énoncée parLEVADiTi et Harvier, dans leur premier Mémoire ( i ) : « // suffit de constater sur coupes une méningite à polynucléaires ^ pour exclure le diagnostic (T encéphalite expérimentales. Ceci n'est vrai que si les ensemencements du cerveau sur les milieux habituels sont positifs. Il y a des encéphalites riches en polynucléaires, mais elles sont exceptionnelles et ne se retrouvent que chez les animaux qui succombent le 2*^ ou le 3® jour, ainsi qu'il résulte du tableau suivaht :
Fréquence des cas à évolution rapide^ au milieu d*une série de passages (Virus fixe C.y inoculation intra^érébrale) :
Lapin 24-0, mort le 6^ jour.
Lapin 42''0,
— 3*^ jour.
Lapin g 6-0,
— o"" jour.
Lapin yi-O,
— 5** jour.
Lapin g 2-0,
— 3® jour.
Lapin gS-0,
— 3*^ jour.
Lapin i6-B,
— 6^ jour.
Lapin io^B,
— 3^ jour.
Lapin 58-B,
— tf® jour.
Lapin Jj-B,
— 5^ jour.
Fréquence de la méningo-encéphalite aiguë à polynucléaires, chez les lapins morts après 2 à 3 jours d* incubation :
Lapin i8-B,
mort
le 2^ jour,
lésions
à POLYNUCLÉAIRES.
Lapin 3i-B,
5** jour,
mononucléa i res .
Lapin 3o-B,
5*" jour,
mon onucléa i res .
Lapin 45-B,
2^ jour,
POLYNUCLÉAIRES.
Lapin 46-B,
3^ jour,
POLYNUCLÉAIRES.
Lapin 57-B,
5° jour,
mononucléaires.
L'ensemble de ces constatations prouve que les altérations de
(i| Levaditi el Harvier, loc'cU.
(&3 ËCTODJKJMCOSISS NBUtU>TR(»»RS
rencéphaliieexpériiBiéatale évoluent, chez le lapin, en de%ix pieuses : une phase aiguës à prédominance de polynucléaires, de courte durée, correspoïKlant à Tinvasion et à la multiplication intense du virus; une seconde phase ^ à caractères plus chroniques j dans laquelle les éléments mononucléaires abondent, soit au niveau des méoingea, soit autour des vaisseaux (manchons périvasculakes)-.
Il est probable que l'évolution des lésions est analogue chez rhomme, les altérations riches en mononucléaires, que Ton découvre chez les sujets morts d'encéphalite, correspondant à la phase chronique de la maladie. On peut se demander si la virulence inconstante des cerveaux humains pour le lapin^ n'est pas due, p^é^ cisément, â Patténuation que subit le virus pendant cette phase chronique des altérations histo^pathologiques.
Rappelons que, si le mésocéphale offre des modifications méningées et parenchymateuses manifestes, quoique moins marquées que celles du cerveau, la moelle se montre totalement indemne.
L'intensité de ces lésions expérimentales varie sensiblement d'un animal à l'autre, sans que nous sachions trop pourquoi. L'examen de plusieurs centaines de coupes a montré à Levaditi et Harvier, que les modifications histologiques peuvent offrir toute la gamme, entre la méningite la plus discrète à mononucléaires, seule altération appréciable, et l'encéphalite intense à manchons périvasculai- ' res et infiltration polynucléaire du cortex.
Singe. — Les altérations, chez le singe, ressemblent à celles décrites chez le lapin (v. pi. II, fig. 2), mais les dépassent en intensité. Les hémorragies méningées sont très apparentes.
Cobaye. -^ Chez le cobaye, on constate des lésions très marquées de méningite à mononticléaires, des manchons périvasculaires (v. planche IL, fig. 5) et une encéphalite parenchymateuse aiguë, à leucocytes polynucléaires. Ces derniers sont, en grande partie, détruits et forment de petits abcès miliaires, disposés autour des vaisseaux.
Les lésions des organes consistent en hyperémies, parfois en hémorragies du poumon et du foie. La rate et les autres, viscères paraissent normaux.
En somme^ il s'agit de lésions semblables à celles que Ton observe dans Tencéphalite humaine, sauf en ce qui concerne la constitution cellulaire de l'infiltration qui a pour siège le parenchyme
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cérébral lui-même; le virus engendre souvent, chez le lapin, une encéphalite à polynucléaires, que Ton ne constate pas, en général, chez l'homme. Le processus paraît donc évoluer d'une façon bien plus aiguë chez le lapin ; le fait ne saurait surprendre, puisque rinfection est provoquée par un germe dont l'activité pathogène s'est notablement accrue à la suite de passages répétés.