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CHAPITRE X

LE VIRUS DE L'ENCÉPHALITE

FiLTRABiLiTi^.. — Dcs cxpériences relatées en mars 1920 (i) par Levaditi et Harvier, ont prouvé que ragent de C épidémie d'encé^ phalite parisienne de igig^/g2o est un virus filtrant* L'émulsion cérébrale, filtrée sur bougies Chamberland n®» i et 3, se montre pathogène pour le lapin, en inoculation intra-cérébrale. Toutefois, par suite de ses dimensions ou de son adhésivité, le germe est retenu, du moins en partie, par ces bougies, ainsi que l'indique le sort des animaux injectés avec le filtrat.

.Expérience. — Le 10 mars 1920, on prépare une émulsion (dans de Teau salée) de cerveau et de mësocépbale d'un lapin infecté avec du virus de passage. Une partie de cette émulsion, non filtrée, sert à inoculer deux lapins témoins 87 et 85, qui tous deux meurent le cinquième jour, avec des lésions typiques d'encéphalite. Une autre partie est diluée dans l'eau salée physiologique^, rapidement centrifugée, puis filtrée sur une bougie Chamberland r\9 i. Le filtrat, dont la stérilité a été vérifiée, est injecté dans le cerveau (o cm* 2) et dans le péritoine (8 cm^) de deux lapins 86 et 84.

Le lapin 84 meurt le deuxième jour avec des lésions hémorragiques ventriculaires, et présente déjà, à l'examen histologique, une irritation méningée à mono- et à polynucléaires. Une émulsion, préparée avec des fragments de son cerveau, est inoculée au lapin gS, qui meurt le cinquième jour et présente les lésions suivantes : méningite à mononucléaires, dilatations vasculaires, manchons périvasculaires, encéphalite corticale constituée par des polynucléaires en karyolyse et de rares mononucléaires.

Le lapin 86 meurt le sixième jour ; son cerveau est le siège de lésions très accusées d'encéphalite. Il sert à inoculer deux autres lapins (58 et 59), qui succombent tous deux d'encéphalite le cinquième jour.

(1) Levaditi etHARViKR, C.R, Soc. Biolor/ie, i920,t.LXXXIlI, 20 mars, p. SSq.

ECTODEHMOSES NEUROTROPES

Nous avons vu, d'autre part, que Strauss et ses collaborateurs ont décelé un virus filtrant pathogène pour le lapin, dans les sécrétions nasales des encéphalitiques.

Conservation dans la glycérine. — Des fragments de cerveau virulent (virus de passage), placés dans la glycérine pure stérilisée, se montrent virulents après 19 jours de conservation à la température de la glacière. Il ne semble pas qu'il y ait, pratiquement parlant, de limite en ce qui concerne la durée de la vitalité du virus glycérine. D'autres essais ont montré que le germe, conservé dans la glycérine, est plus actif pour le lapin que le virus frais, si l'on considère la durée de la période d'incubation, particulièrement courte (3 jours) et l'évolution plus rapide de la maladie. Tout se passe comme s'il existait dans le cerveau une substance empêchanlCy dont ractivité serait annihilée par la glycérine.

Dessiccation. — Les premiers essais de Levaditi et Harvier avaient montré que le germe encéphalitique desséché, soit dans le vide sulfurique, soit sur de la potasse, à 22®, conserve sa virulence au moins pendant quatre jours.

Expérience. — Des fraj^ments de cerveau, finement découpés, sont desséchés dans le vide sulfurique et conservés pendant deux jours à la température du laboratoire. Ils servent à préparer une émulsion qui est inoculée dans l'encéphale du lapin 214. L'animal meurt d'encéphalite (lésions typiques^ le cinquième Jour.

Les nouvelles expériences [Levaditi, Harvier et Nicolau (i)] prouvent que la dessiccation permet la conservation de la virulence pendant un temps beaucoup plus long.

Expérience. — Du cerveau virulent est desséché dans le vide sur du pentoxyde de phosphore. La virulence de la poudre est éprouvée par injection intra-crânienne, \t 5^ jour ti le 44^ jour.

Le lapin 21 reçoit une émulsion de la poudre desséchée depuis H jours. Il succombe d'encéphalite le 3e jour (passage positif;.

La dessiccation dans le vide permet de conserver la virulence du germe encéphalitique au moins pendant 4i jours.

Dilution. — A quelle dilution le virus encéphalitique est^il encore capable de conférer la maladie ?

(i) Levaditi, Harvier et Nicolau, Ann, Inst, Pasteur, 1922, t. XXXVI, p. i.

LE VIRUS DE L ENCEPHALITE

Exp^RiENCB. — o g. 25 de cerveau, provenant d'un lapin infecte par voie cérébrale et mort d'encépbalile> sont triturés, puis émulsionnés dans 26 cm* d'eau salée isotonique Cette émulsion h 1 0/0 sert à préparer des dilutions à I p. i.ooo, I p. lo.ooOf I p. 100.000, etc. On injecte o cm* 26 de chaque dilution dans le cerveau d'un lapin. Un autre animal, servant de témoin, reçoit la suspension cérébrale concentrée. Le résultat de l'expérience est résumé dans le tableau suivant :

Titre de la dilution

Lapin N*

Résultat

Dilution concentrée.

Mort le 5» jour.

Dilation i/ioo*.

MorI le 6» jour.

Dilution i/iooo*.

Mort le T jour.

Dilation i/ioooo*.

6aM.

Survit.

Dilution i/iooooo*.

Ôi-M.

Survit.

Dilation i/ioooooo*.

Survit.

L'expérience montre que le virus encéphalitique fixe est pathogène ^ par injection intra-cérébraley à la dilution de. 1,100 ; il se montre inoffen^if à une concentration dix fois moindre ( i / 10.000®),

Influence de la centrifugation.

ExpéRiENCB. — Une émulsion cérébrale virulente est centrifugée (centrifugeur Jouan) pendant 20 minutes. Le liquide surnageant est à peine opalescent.

Le lapin 5o'M reçoit, dans le cerveau, o cm* 2 de l'émulsion non centrifugée^ Il meurt d'encéphalite le 6* jour (lésions caractéristiques).

Le lapin 53'M est inoculé par voie crânienne avec le liquide surnageant (ocra' 2). Il succombe d'encéphalite le 8* jour (altérations typiques).

La centrifugation prolongée d*une émulsion cérébrale virulente j ne débarrasse pas le liquide surnageant de son pouvoir pathogène.

Action de la chaleur. — Une émulsion virulente de cerveau est d'abord filtrée sur papier-filtre, puis divisée en deux portions : l'une sert de témoin, l'autre est chauffée pendant une heure à 70®.

Expérience I. — Le lapin 37-J/ reçoit, par voie cérébrale, Vémulsion témoin (non chauffée); il succombe le septième Jour avec des lésions typiques d'encéphalite.

Le lapin 36-iV reçoit, par la môme voie, Vémulsion chauffée à 70°; il meurt le

170 B€TOOSIUIO^S NSUROTHOPCS

dianème jotWf sans lésion d'encéphalUe; un passage fait aveesoD cerrean reste négatif.

ExPéaiENCBlI. — Même disposition expérimentale ; le virus filtré sur papier a été chaufiPéune heure à 55^.

Le lapin 5i-Jf reçoit Vémulsion témoin, non chauffée ; il meurt d*enoépbalîte (lésions typiques) le sixième Jour,

Les lapins i'j-M et 5o'M reçoivent Vémulsion chauffée à 55o ; i7* survivent.

Ces expériences prouvent que le virus de Pencéphalite est détruit par le chauffage A 55° et à 70®, pendant une heure.

Action de la bile. — Il a été démontré que la bile détruit in vitro le virus rabique (Vallée, Kraus, v. Eisler), alors qu'elle se montre sans action sur le germe de la poliomyélite [Lanosteiner cl Levaditi (i)]. Exerce-t-elle une influence sur le virus encéphalitîque?

Expérience. — On ajoute à i cm* d'émulsion cérébrale virulente (préalablement clarifiée par centrifugation), o cm' 5 de bile de lapin. Un mélange témoin est fait avec les mêmes quantités de virus et d*eau salée isotonique. Séjour pendant 20 heures à la glacière, puis inoculation dans la chambre antérieure de Tœil, au lapin i3-M (mélange de virus et de bile) tK4^M (mélange de virus et d*eau salée}. Ce dernier lapin {témoin) présente une kératite intense et de la conjonctivite; il meurt d'encéphalite le 21* jour (lésions intenses et caractéristiques; passage positif, mort le 5« jour).Le/fl/)//i 4^^M\ inoculé avec le virus soumis à l'action de la bile, offre une opacité de la cornée, mais survit. Cinquante-trois '}0VLTs après, on essaye sa réceptivité, en lui inoculant du virus actif par scarification sur la cornée de l'œil opposé (le lapin 33-A sert de témoin). Le lapin 43-M présente une kératite intense le 2e jour et succombe le i3% avec des altérations typiques et marquées d'encéphalite. Le témoin se comporte de même, mais après une incubation plus courte (9 jours).

L'ensemble de ces recherches met en lumière Faction destructive exercée in vitro par la bile sur le virus de P encéphalite. L'inoculation, soit à la cornée, soit dans la chambre antérieure, du germe neutralisé par la bile, ne confère aucune immunité^ ni locale^ ni générale. Au point de vue de sa sensibilité à t égard de la bilcy le virus encéphalitique se comporte comme celui de la rage.

Action des matières colorantes. — Levaditi, Harvier et Nicolau

(i) Lanosteiner et Levaditi. Ann. de V Institut Pasteur^ 19111 t, XXV, p. 806.,

LE VIfiUJS PE JL |iMCKPHAUT£ I^yi

ont étudié Taxation, in vitro ^ de plusieurs Aiatières colorantes^ soit: le Chlorhydrate de parafuchsine^ le Trypanroth^ le ^/^w rf^ méthylène (médicinal) 9 le Bleu de méthylène ar^^ni^(Silbernaeth7lenJt)Uu). L'expérience a montré que toutes ces couleurs détruisent le virus encéphalitique \ C injection dans la chambre antérieure ne pro^ voque ni maladie^ ni immunité locale ou générale, '

Action des antiseptiques. — Acide phénique. En vna de la pré^ paration d'un vaccin phénique, Levaditi et Harvier ont examiné TacUon exercée par Tacide phénique sur lis virus de l'encéphalite, in vitro,

BxpéRiBNCB. — 5 grammes de cerveau virulent sont triturés finement pendant dix minutes, puis émulsionnés dans loo cm* d'une solution d'acide phénique à i o/o (eau «alée isotonique). L'émulsîon est conservée & 220.

Essai de la virulence : a) Après quinze minutes de contact , Témulsion phéniquéd ^nX inoieulée par voie cérébrale au '.

Lapin Ji^-C, qui meurt d'eneépbalite le cinquième Jour (lésions de méaingita k mononucléaires).

b) Après trois jours de contact ^ la môme émulsion e»t injectée par la même voie au :

Lapin 5(yrCf qfii survit.

Cette expérience montre que P acide phénique ri i p, 100, tout en respectant l'activité du virus après quinze minutes de contact^ la détruit complètement lorsque son action se prolonge pendant trois Jours.

De plus, les mêmes auteurs ont recherché l'action, in vitroy de divers antiseptiques, tels que le thymol^ C huile mentholée y un mélange de menthol^ salol et acide borique^ et le permanganate de potasse. Seules les expériences faites avec ce mélange et le permanganate ont fourni des résultats probants. Les voici :

( Menthol .... o gr. 2

ExpÊRisNCB. — i^ Mélange < Salol 5 »

( Acide borique , . 20 i>

On ajoute à 2 cm' d'émulsion virulente, o g.o5de la poudre. Contact pendant 2 heures à la température de la chambre. Injection au lapin 5o'A (o cm* 2 dans le cerveau). Mort le 3^ jour (lésions typiques).

2^ Permanganate de potasse à 2 0/00. On fait un mélange à parties égales, de virus et de la solution de permanganate. Après une heure de contact à la température de la chambre, on en inocule o cm' 2 dans le cerveau du lapin ôS'A, L'animal survit. Un lapin témoin 50^A^ ayant reçu le virus seul, succombe d'encéphalite le 6* jonr^

Il en résulte que la poudre menthol-salol-acide borique neparaLÎt pas détruire le virus encéphalitîque in vitro^ tandis qu'une destruction totale est exercée par \e permanganate de potasse à 2 p. i.ooo.

Puisque la contamination, dans la maladie de o. Economo^ se fait surtout par le naso-pharynx, il serait indiqué de pratiquer des lavages du nez et de la gorge au permanganate^ afin de détruire le germe et d'empêcher sa pénétration par la muqueuse naso-pharyngée,

Ck)NSBRVATiON DU VIRUS DANS LE LAIT ET l'eau. — Il était intéressant d'examiner la conservation du virus encéphalitique dans le lait et dans Feau, afin de préciser si la maladie peut se transmettre par ingestion de lait ou d'eau contaminés. Les expériences suivantes ont été relatées par Levaditi, Harvier et Nicolau :

ExpÉBiENCE. — On ajoute à 5 cm' de lait de vache stërilisé par tyodallisatioo, I cm' d'ëmulsioD cérébrale viraleDte. Des mélanges semblables, mais dans lesquels le lait est remplacé par Teau stérilisée, sont préparés en mènie temps. Le tout est conservé à la température de la chambre.

a) Lait. — t** essai : après 5 jours de conservation; injection de o cm* 2 dans le cerveau du lapin 36, Encéphalite le 6* jour, passage positif.

^0 essai : après 16 Jours de conservation ; inoculation au lapin 54. Encéphalite le Séjour, passage positif.

3^ essai : apvès 60 Jours de conservation; inoculation au lapin gg. Encéphalite le 9* jour (passage positif).

4* essai : après g6 Jours de conservât ion; inoculation au lapin JîJ-O. Encéphalite ley^ jour (passage positif).

5* essai : après i33 Jours de conservation; inoculation au lapin SO'A. L'animal ««r«;i7. Réinfecté 23 jours après, il succombe d'encéphalite le 4* Jour (lésions typiques).

b) Eau. — Après 1 5 Jours de conservation; inoculation au lapin 55, Encéphalite le 7« jour (passage positif).

Ces expériences montrent que le virus encéphalitique se conserve^ à la température de la chambre, au moins g6 jours dans le lait et j 5 jours dans Peau. Cette conservation rend plausible Thypothèse d'après laquelle Teau et surtout le lait pourraient jouer le rôle de vecteurs de germes dans la propagation de Tencéphalite épidémique (i).

Diffusion. — Le germe de l'encéphalite est-il diffusible dans un

(i) Des essais de culture dans le lait de vache ou de femme, à 87^, ont fourni des résultats /i^^o/i/jy.

LE VIRUS DE L ENCEPHALITE

milieu qui pennet la conservation de sa virulence ? Levaditi, Harvier et NicoLAU ont entrepris deux séries de recherches : la première concerne la diffusion dans la glycérine^ la seconde la diffusibilité dans la gélatine,

a) Diffusion dans la glycérine, - Un fragmeot de cerveau virulent est introduit dans un petit flacon contenantde la glycérine, en mènne temps qu'un fragment de cerveau et de rein, provenant d'un lapin neuf. Le tout est conservé à la température de la chambre et à l'obscurité. Des essais de virulence (inoculations intra- cérébrales} ont été pratiqués le 9* et le 29* jour.

Résultat.

Matériel inoculé

i»r essai (9 jours)

2* essai (39 jours).

Cerveau viraient.

Positif (+ 5 jours)

Positif {-\-% y) ^ pass. pos.

Cerveaa normal.

' Négatif.

Négatif.

Rein normal.

Négatif.

Négatif.

Glycérine.

Négatif.

Négatif.

Cette expérience prouve que le germe de Pencéphaliie ne diffuse pas y ni dans la glycérine^ ni dans les fragments d* organes normaux (cerveau, rein) qui se trouvent en contact presque immédiat avec le cerveau virulent.

h) Diffusion dans la gélatine, — On verse dans un large tube à essai contenant delà gélatine solidifiée (20 0,0), une émulsion virulente, préalablement filtrée sur papier filtre (4 cm^). Le tout est conservé à la température du laboratoire. Le 7e jour, on recueille Témulsion qui surnage, et on découpe le cylindre de gélatine en trois tronçons. Chacun de ces tronçons, ainsi qiie rémulsion surnageante, servent à infecter des lapins par voie cérébrale.

Résultat,

Lapin â^A, reçoit Témulsion. Mort d^encéphalite le 7e jour. Lapin j-A, reçoit le fragment de gélatine supérieur = survit. Lapin 8- A, » » » moyen =: survit.

Lapin S'A y » » » inférieur = survit.

Le virus encéphali tique ne diffuse pas dans la gélatine.

Conservation cadavérique. — L'insuccès des nombreuses inoculations de virus provenant de cerveaux humains, après nécrop* sie pratiquée dans les délais légaux, ont fait supposer à Levaditi et

174 B€to^MfUio$cs Netnotitopss

• HAn^fCR que p*wi*être cette absence de virulence était âne à une destruction du geriAe p«r suite de Yautolyse cadavérique, L'expérience, faite sur des lapins morts d'encéphalhe, et dont le névraxe a été prélevé 24 et 48 heures après le décès, a montré qtre cette autolyse n'exerce aucune influence atténuante. Il y a donc lîeii d'admettre qu'en général, le microbe de l'encéphalite présent dans les cerveaux humains^ est difficilement adaptable au lapin et au singe, sauf dans les très rares exceptions où sa virulence pour ees espèces animales est^ à ^origine, extrêmement accusée. De plus, il est possible que la phase que traversent les altérations histopathologiques, au moment de la mort, atténue l'activité pathogène du microbe (Voy. .page 162).

Conclusion. — Le virus de F encéphalite, germe fdtranty se conserve longtemps dans la glycérine. Peau et le laitj ainsi qu'à Pétat sec ; // est détruit par P acide phénique, par le permanganate de potasse, p€fr certaines couleurs, par le chauffage à 55^ et par la Bile; il agit après dilution au i,o>oo'^dans Peau salée, ne paraît pas diffuser /acilemeni et résiste àP€mt&igse cadavérique.

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