VIRULENCE DES HUMEURS ET DES ORGANES
constilue-t-il également la voie par où le germe, ayant pullulé dans le névraxe, s'élimine, pour se répandre dans la bouche et assurer ainsi l'extension épidémique de la maladie ?
Les expériences des auteurs américains, ayant démontré la présence du virus dans les sécrétions naso-pharyngées, paraissaient avoir résolu le problème et rendu/ toute expérimentation superiflue. Nous avons pensé, néanmoins, qu'il était intéressant d'entreprendre une vérification des recherches faites sur l'homme.
Expérience. — Le 19 avril, od dissèque la muqueuse nasale de deux lapins morts d'encéphalite, à la suite d'une inoculation de virus dans le cerveauy en ayant soin de ne pas toucher Tencéphale à travers la lame criblée. La muqueuse et les cornets tout entiers sont triturés avec du sable fin et ëmulsionnés dans deTeau salée isotonique. L'ëmulsion est filtrée d'abord sur papier, puis sur une bougie Chamberland n^ 3 (filtrat stérile). Le filtrat est inoculé, à la dose deo cm' a, dans le cerveau, et de 5 cm', dans la cavité péritonéale des lapins :
Lapin 35-^4 : meurt après trenie^sept Jours , sans lésion d'encéphalite.
Lapin 38-i4 : survit.
Le lapin S^A meurt le onzième j'our^ sans lésion d'encéphalite; son cerveau sert à pratiquer deux passages, qui donnent tous deux un résultat négatif.
// nous a été impossible de découvrir le virus de Pencéphalite dans le filtrat de la muqueuse nasale^ prélevée chez des lapins infectés par voie cérébrale (Levaditi, Harvier et Nicolau).
Il existe une certaine contradiction entre les données expérimentales, d'une part, et les constatations faites par Strauss et ses collaborateurs, et aussi par Levaditi, Harvier et Nicolau, chez l'homme, d'autre part. Empressons-nous de dire que ces données n'infirment nullement les dernières constatations et peuvent s'expliquer de diverses manières. Tout d'abord, il est fort possible que la maladie étant, chez le lapin, de très courte durée, le virus qui pullule dans la corticalité cérébrale n'ait pas le temps matériel de s'éliminer par la muqueuse nasale. Ensuite, nous avons vu que le germe de l'encéphalite, tout en étant capable de traverser les bougies Berkefeld et Chamberland i et 3, est en bonne partie retenu par ces bougies. Il se peut donc que ce germe traverse la muqueuse naso-pharyngée en si petite quantité, qu'il soit absorbé totalement par la paroi des bougies ayant servi à la filtration.
Quoi qu'il en soit, le fait de ^élimination du virus de la maladie de V. Economo par la muqueuse naso-pharyngée^ peut être considéré comme indiscutable. Dès lors, une question se pose : quel
I^S KCTODEHMOSEâ NEUROTROPEft
est le chemin suivi par le microbe pour atteindre le cerveau, ou pour se diriger de C encéphale vers la muqueuse naso^pharyngée^ afin de s^ éliminer à travers cette muqueuse ?
Déjà, lorsque, avec Landstrinër (I0C4 cit*)y Levaditi a examiné le mémo problème à propos de la poliomyélite, Timportance de la voie nerveuse lui c»t nettement apparue. On avait admis alors que le germe, dans sa marche ascendante, suivait les filets nerveux du nerf olfactif et atteignait les centres nerveux à travers le bulbe olfactif. La présence du virus fut, en effet, constatée dans ce bulbe, chez le» singes infectés par voie nasale. Une expérience analogue ne peut être réalisée avec Teticéphalite, par suite de difficultés techniques, potjf ainsi dire insurmontables. En effet, les conditions anatomiques sont telles, qu^il est difficile d'apprécier la virulence du bulbe olfactif sans toucher au cerveau* Aussi^ avons-nous procédé pat analogie, et cherché, au niveau de l'œil^ une vérification impossible à faire sur l'appareil olfactif du lapin. Voici comment nous avons raisonné î
S'il est vrai que le germe, ayant pullulé au niveau du cortex cérébral, se propage excentriquemedt (en suivant le trajet des nerfs crâniens), pour envahir l'appareil sensoriel périphérique, nous devons pouvoir le saisir, hon seulement en cours de route, mais aussi au niveau de cet appareil sensoriel. En ce qui concerne le système olfactif, le virus devra exister dans le bulbe olfactif, dans les filets nerveux qui en émanent et dans les terminaisons nerveuses olfactives. Pour ce qui a trait à l'appareil visuel, le microbe devra être retrouvé au niveau du nerf optique et de la rétine. Le premier de ces essais étant impossible, pour les motifs précédemment indiqués, nous avons été obligés de recourir au second. Voici ce que répond l'expérieuce :
Expi:RiENCE. — Le 25 mai, on prélève, par voie orbitaire, le nerf optique d'un lapin inoculé daflsleccrveau el mort d'encéphalite. Ilsert à préparer une émulsion qui est inooulôe, par voie cérébrale, aux :
Lapin 36-0 : meurt le sixième jourf avec des lésions typiques d'encéphalite. Lapin 37-O : se comporte comme le précédent.
Expérience. — Le 5 mai, on énuclée les deux yeux d'un lapin mort d'encéphalite, à la suite d'Une inoculation de virus fixe dans le cerve&u. Les globes oculaires sont lavés à l'alcool, rapidement flambés, puis ouverts, en les sectionnant transversnleinent, au niveau de la chambre postérieure. On dissèque
VIRULENGB DÉS HUMEURS fit !>£$ ORGANES 199
là rétine, ou la lave A l'eau salée^ puU on la triture. L'ëmulaion préparée e.<9t injectée au :
Lapin 86-Zr, qui meurt d'encéphalite le neuvième jçur. Passage positif (lésions typiques et intenses, incubation de cinq Jours).
Ces expériences montrent que le germe de Pencéphalite, apr^ès avoir pullulé dans le cerveau^ se propage à la rétine en suivant la voie du nerf optique.
Par analogie, on peut admettre que le microbe suit la même voie au niveau de Tappareil olfactif : de la muqueuse nasale, dont il a franchi la barrière à la faveur d'un processus inflammatoire banal, il se propage â C appareil olfactif de cette muqueuse ; puis il gagne le cerveau, en longeant les filets et le bulbe olfactifs. Il suit la même voie, mais en sens inverse, lorsque de r encéphale, il se dirige vers la muqueuse nasale, afin de s'éliminer par les sécrétions de cette muqueuse.
L'importance de ces données expérimentales^ en ce qui concerne l'épidémiologie de l'encéphalite léthargique, ne saurait échapper. Les analogies entre la maladie de v. Economô et celle de Hbine- Mbd[n, au point de vue de leur mode de propagation, sont frappantes. Le naso-pharynx constitue pour toutes les deux la principale source de contagion, sinon Tunique, par conséquent, le foyer microbien qu'il faut éteindre^ si Ton désire réaliser une prophylaxie efficace. Toute la question des porteurs de germes est rattachée au rôle du naso-pharynx comme réceptacle de virus. Nous l'examinerons dans le Chapitre suivant*
La présence du germe dans les matières fécales des encéphalitiques vient d'être démontrée par Kling, Davide et Liljenqvist (i). Ces auteurs ont prélevé des fèces chez des malades, les ont filtrées à travers une bougie Berkefeld et les ont inoculées à des lapins neufs. Ces derniers ont contracté Fencéphalite.
Transmission iiéRÉDiTAttiE de l'encéï^halïtë EXPéRiHENtAtfi. *— Levadîti, Harvier et Nicolau (2) ont établi que le vira$ de l'encé*
(1) Kling, Davidb et Liubkqvist, C. R. de la Société de Biologie, i^ri^ t. LXXXVII, n"« 21, a5 et précédents.
(2) Levadîti, H AK VI ER et iNicolau, C. R. de la Soc. de Biologie, 1911, t. LXXXIV, P- 9^7.
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phalite épidémique est transmissible, chez le lapin j de la mère aa fœtus.
ExpÉRiENCB. — La lapine pleine 34- A reçoit, dans la chambre antérieure de l'œil, un mélange de virus fixe et de sérum normal de mouton. Elle meurt d'encéphalite (lésions cérébrales typiques) le ii« jour. On trouve, à la oécropsie, neuf fœtus de lo à 12 cm., dont on extrait aseptiquement les organes. Oa prélève également le placenta et un fragment delà glande mammaire, laquelle contient du lait. Le cerveau de la mère, la glande mammaire, le placenta, le cerveau d'un des fœtus, ainsi que léybi^du même fœtus, servent à préparer des émulsions, qui sont inoculées directement dans l'encéphale de lapins neufs, à la dose de o cm' 2.
I® Cerveau de la mère : lapin j4'A, meurt d'encéphalite le 4® jour (lésions typiques).
2* Glande mammaire : lapin 76-^4, meurt le 6» jour (lésions caractéristiques). Passage positif sur le lapin /^-O (encéphalite le 6' jour).
30 Placenta : lapin 72'A, meurt le 5e jour (lésions typiques). Passage positif sur le lapin g^O (encéphalite le 4^ jour).
4* Cerveau du fœtus : lapin yO-Ay meurt le g* jour (lésions typiques). Passage positif sur \e lapin 34-0 (encéphalite le 4® jour).
50 Foie du fœtus-, lapin j3-Ay survit.
L'examen histologique des organes du fœtus montre l'absence de toute lésion d'encéphalite (hémorragies cérébrales discrètes), une hyperémie intense du foie, sans altérations dégénératives ou inflammatoires (présence de très nombreux mégacaryocytes), et l'intégrité complète du rein. Le placenta est d'aspect normal .
Cette expérience prouve que le virus de Fencéphalite épidémique traverse le filtre placentaire, pour se localiser ^ chez le fœtus ^ dans le système nerveux central. Il a été impossible de déceler sa présence dans le foie du fœtus, alors qu'il existait dans le placenta et aussi dans la glande mammaire. Cette dernière constatation laisse entrevoir la possibilité de l'élimination du germe par le lait, et rend probable la contamination des rejetons par ingestion de lait provenant de mères infectées. Cette hypothèse est d'autant plus plausible que nous avons démontré ailleurs (Voy. Chapitre X) la conservation prolongée du virus encéphalitique dans le lait stérilisé (pendant près de 100 jours).
Le virus peut être présent dans le cerveau du fœtus, sans y engendrer de lésions caractéristiques d'encéphalite. On peut supposer que cette absence de réactions inflammatoires et dégénératives est due, soit au développement incomplet du tissu cérébral, chez le fœtus, soit à la pénétration tardive du germe dans le cerveau du rejeton, très peu de temps avant la mort de la mère, soit
à ces deux facteurs réunis.