VACCINATION ACTIVE
Nous avons insisté précédemment sur le fait que, contrairement à ce qui a lieu dans la poliomyélite, aucun des animaux ayant contracté Tencéphaiite à la suite d'une inoculation de virus par voie nerveuse, testiculaire ou nasale, ne survit à la maladie. Il est donc impossible de renforcer un état réfractaire acquis, consécutif à la guérison spontanée. Levaditi et Harvier ont dû recourir à la vaccination active des aniinaux, en se servant des divers procédés utilisés dans la rage : injections sous-cutanées de virus ficce^ de virus desséché^ de virus éthéré. Les lapins ainsi traités ont été éprouvés paV inoculation intra-crânienne et intra-oculaire, ou bien, par infection nasale. Les données résumées ci-dessous rendent compte des résultats obtenus :
Expérience. — he lapin yô-^V reçoit, sous la peau, le 17 mars et le 23 mars, ï)cm^ d*émulsion cérébrale virulenle. Il est bien portant jusqu'au 29 mars. A cette date on éprouve sa résistance en lui inoculant, dans le cerveau, o cm* 2 virus fixe; deux autres lapins servent de témoin. Ces derniers succombent d'encéphalite le troisième Jour; le lapin préparé meurt avec des lésions typiques, {^quatrième Jour.
U injection de virus vivant sous la peau, ne rend pas le lapin réfractaire à l'égard d'une inoculation d'épreuve faite dans le cerveau.
Dans les expériences qui suivent, Levaditi et Harvier ont éprouvé la résistance des animaux vaccinés, en pratiquant l'injection
IMMUNITE, VACCINATION, SGHO^DIAGNOSTIC 2fO
d'épreuve, non pas dans la substance cérébrale, mais dans la chambre antérieure de l'œil.
ExPVRiENCR. — Le lapin gy-L reçoit, sous la peau, le 17 et le 24 mars, 2 cm' émulsion de cerveau desséché (4 jours) ; le 3o mars, 2 cm' virus desséché pendant onze jours, puis, le 9 avril. 2 cm' virus vivant.
vl^ Le lapin Ô8-C reçoit sous la peau, du !•'' au 10 avril, 3-3 et 5 cm* vaccin éthéré.
Le 28 avrilf on éprouve la résistance des deux animaux, en leur inoculant o cm' I virus fixe dans la chambre antérieure de l'œil : un autre lapin, inoculé de la même manière, sert de témoin. Ce dernier meurt d'encéphalite le neuvième Jour. Le lapin ç^j-L meurt le oinr/t'cinçuiême Jour sbus Union d'encéphalite; le lapin 68-C survit.
Cette expérience montre que le paccin uioant et aussi le vaccin à léther^ confèrent un état réfractaire manifeste à F égard de Pino" culation intha-oculairr de virus fixe.
Les animaux ayant résisté à l'introduction du germe dans la chambre antérieure de Tœil, sont-ils également réfractaires à Tinoculation du virus dans le cerveau ?
Expérience. — Le lapin 8-Z,, continue à être chargé de virus vivant, après l'essai intra-oculaire. Il reçoit^ du 12 mal au 2 juin, trois injections' souscutanées de 5 cm* virus fixe. Il est éprouvé, par voie cérébrale (o cm' 2). le 9 juin, en m^me temps qu'un animal témoin. Ce dernier succombe le cinquième Jour. Le lapin vacciné meurt d'encéphalite (lésions intenses et passage positif) le onzième Jour.
L'ensemble de ces recherches prouve qvUil est possible de conférer r immunité au lapin^ vis^à vis de F inoculation du germe dans la chambre ANTÉRIEURE dc FœH^ en se servant^ comme vaccin^ de virus desséché^ de virus vivant et de virus traité par l^éther. Cette immunité nest cependant pas absolue, puisque les animaux qui ont résisté à une telle inoculation d'épreuve^ se montrent sensibles à Vinfection intra-cérébrale.
Si Ton tient compte de ces résultats, que nous considérons d'ailleurs comme perfectibles, une différence nette apparaît 'entre l'encéphalite et la poliomyélite, au point de vue de la vaccination active. En effet, dans la poliomyélite, en nous servant soit de singes guéris sJ)ontanément et dont nous avons renforcé la résistance ultérieurement, soitdc simiens neufs, il nous a été possible, à Taide de moelles desséchées ou de virus vivant, de leur conférer un état réfractaire absolu, se traduisant par une insensibilité complète vis-à-vis de
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Tinoculdtion intra-cérébrale. Par contre, les lapiriH, traités de la même manière avec le virus de Fencéphalite, n'ont résisté qu'à Tinfeclion dans la chambre antérieure de l'œil ; l'inoculation intra-crânienne les a tués presque aussi vite que s'ils n'étaient pas vaccinés- La raison est que l'infection par la voie oculaire est moins brutale que celle déterminée par la voie cérébrale, comme l'indique la durée de la période d'incubation, sensiblement plus longue dans le premier cas. Il se passe, très probablement, au niveau de Tœil, un processus de défense naturelle, que l'état réfractaire acquis accentue, et qui détermine, chez les aniipaux vaccinés, une destruction totale du germe, avant que celui-ci, réussisse à toucher le cerveau. Ce processus est totalement impuissant à annihiler l'activité pathogène du microbe, lorsque ce microbe est déposé directement dans le névraxe. Si, dans la poliomyélite, l'état réfractaire absolu est possible, c'est qu'ici nous avons affaire à une espèce animale plus résistante que le lapin.
Epreuve nasale. — Le lapin 63-i9-63-0 reçoit, du 2 juin au 19 juillet, en quatre injections sous-cutanées, 20 cm* virus vivant. Le 24 juillet, on badigeonne la narine gauche avec une trace d*huile de croton, puis on introduit dans la mêipe narine, un tampon chargé d'une émulsion épaisse de virus fixe. Le lapin neuf 60-J/est soumis au même traitement.
Le lapin vacciné 63-i9-63-0 meurt d'encéphalite le seizième jour (lésions typiques). Le lapin témoin ^o-M succombe le quatrième jour , avec des altérations caractéristiques.
Cette expérience montre que la vaccination sous-cutanée avec du virus vivant^ réalise un état réfractaire réel^ quoique partiely à regard de l'introduction du germe par voie nasale.
Propriétés du sérum des animaux réfractaires
Les recherches de Landsteiner et Levaditi [loc. cit.) ont montré que le sérum des singes qui guérissent de poliomyélite, ou qui ont été vaccinés, est capable de détruire, in vitro, le germe de cette maladie. D'après Netter et Levaditi (i), cette propriété neutralisante se retrouve également chez les convalescents de la maladie de Heine-Mëdin. Levaditi et Harvier ont entrepris des expériences analogues avec le virus de l'encéphalite. Les voici :
(i) Netter et Levaditi, C, /?. de la Soc. de BioL, 1910, gavril et2i mai.
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Expérience. — Le ù mai, od se sert du sérum du lapin S4, saigné le 5 mai. Od mélange, à volumes égaux. le sérum et le virus fixe, et on maintient le tout, pendant 2 heures A 87^ et pendant la nuit à la glacière. Le mélange est inoculé, par voie intra-oculaire, au lapin^ 93-^4 et, par voie intra-cërébrale, au lapin 89-^. Un mélange (émoin, fait avec du sérum de lapin normal, est injecté de la même manière à deux lapins 95-^4 (œil) et 90 A (cerveau).
Les deux lapins témoins meurent d'encéphalite, le premier le dixiè/nejoar, le second le sixième Jour. Quant aux animaux ayant reçu le mélangede virus et de sérum de vacciné, le premier (œil) succombe le onzième Jour, le second (cerveau) meurt le sixième Jour Donc, aucune différence d'avec les témoins.
Une seconde expérience, analogue à la précédente, dans laquelle nous nous sommes servi du sérum du même lapin 84. saigné plus tard (le 10 juin), et d'un autre animal vacciné avec du virus vivant (l\Z'C), a fourni un résultat identique.
Nous conclurons de ces recherches que, contrairement à ce qui a lieu dans la poliomyélite y le sérum des lapins rendus artificiellement réfractaires à F égard de F inoculation intra-oculaire de virus encéphalitique^ ne possède pas de propriétés neutralisantes à Fégard de ce virus, Agit-il préventivement ?
ExpéniENCE — a) Injection simultanée de virus et de sérum dans le cerveau. Le lapin 83-i4 reçoit, dans l'hémisphère droit, o cm' i virus fixe, et dans rhémispbère gauche, o cm^ 2 de sérum du lapin vacciné 84. Il meurt d'encéphalite It septième Jour.
h) Injection de sérum dans les veines. Le lapin Si-A reçoit o cm* 2 virus dans la chambre antérieure de l'œily et 2 cm' du même sérum dans les veines. Il meurt d'encéphalite le neuvième Jour. Le lapin S5-A est infecté par voie oculaire le 5 mai et reçoit 5 cm* du même sérum, cinq Jours après r infection. Il succombe d'encéphalite le neuvième Jour. Deux témoins, qui n'ont pas été traités, meurent également le neuvième Jour.
L'ensemble de ces recherches permet de conclure :
I** que le sérum des lapins vaccinés, qui résistent à F infection intra-oculaire y est dépourvu de propriétés neutralisantes in vitro;
2^ Que le sérum des mêmes lapins ne possède pas de qualités préventives (injection simultanée de virus et de sérum, ou inoculation de sérum pendant la période d'incubation).
Tout se passe comme si, dans Fencéphalite, soit par suite de la sensibilité accusée de Fespèce animale sur laquelle on expérimente, soit à cause des propriétés spéciales du virus, la vaccination active et passive n'était réalisable que difficilement.
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