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S 2. - RAGE ET ENCÉPHALITE

Le virus rabique et celui de la maladie de v. Economo offrent plus d'un trait commun. Nous avons vu, en effet, qu'ils sont fil-

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trants, qu'ils se conservent pendant longtemps à Tétat sec et dans la glycérine, qu^ils se détruisent à la même température^ qu'ils sont stérilisés par la bile, etc.... Les lésions sont les mêmes, ou presque; on observe, des deux côtés, les manchons périvasculaires, l'infiltration parenchymateuse de la substance grise et la neuronophagie. Plus encore, Levaditi, Harvier et Nicolau ont décelé, cliez les lapins infectés expérimentalement avec le virus de l'encéphalite, des Neurocorps analogues, sinon identiques, aux corpuscules de Negri. a cela s'ajoute l'affinité spécifique des deux germes pour le système nerveux central, avec, toutefois, cette différence, que le virus rabique se localise de préférence dans la moelle épinière, tandis que celui de la maladie de v. Economo s'attaque de prédilection au cortex cérébral. Enfin, tous deux se propagent dans l'organisme le long des filets nerveux.

Nous avons montré précédemment (Voy. Chapitre XI) que le virus encéphalitique, inoculé par scarification à la cornée du lapin, engendre line kérato-conjonctivite provoquant la mort de l'animal par encéphalite. Comment se comporte le germe rabique, à ce point de vue ? La question est importante, en ce qui concerne les rapprochements que nous établirons plus loin entre les divers virus neurotropes. Levaditi, Harvier et Nicolau en ont entrepris l'étude et sont arrivés aux conclusions suivantes :

i^ Le virus rabique fixe ^ inoculé par scarification à la cornée du lapin, confère la rage (Fer an), sans engendrer de kératite;

ËxPBRiENCB. — Les lapiFis 27-O el 25-0 sont inoculés, à la cornée droite, avec du virus fixe. Ils se paralysent le onzième jour et meurent de rage le douzième, sans avoir présenté de kératite. Le cerveau du lapin 25-0 sert à faire un passage cérébral sur le lapin ^"j-O^ qui meurt de rage le onzième jour. Chez aucun de ces animaux il n'a été constaté de lésions d'encéphalite.

2? Le virus rabique des rues, inoculé par scarification à la cor^^ née du lapin, confère la rage ;

3** // est possible de transmettre la rage en série^ en inoculant à la cornée d'un lapin neuf des produits prélevés sur la cornée d'un autre lapin rabique (infecté lui-même par voie coméenne).

Douze jours après Tinocuiation cornéenne au lapin 33-5, alors que l'animal était atteint de rage, on racle sa cornée droite^ absolument transparente, et on inocule le produit de raclage à la cornée du lapin Zù-E, Après une incubation de douze jours, ce dernier animal montre des signes rabiques. Le lendemain, on constate des stries blanches sur la cornée droite^ un

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œdème de la conjooctive et une sécrétion conjonctivale ; même œdèine à l'œil gaucbe, mais non accompagné de troubles de la cornée. Le lapin est sacrifié le treizième jour. Son cerveau sert à faire un passage cérébral sur le lapin gS-E, qui meurt de rage le neuvième jour. En même temps, on fait un prélèvement cornéen^ que Ton inocule par scarification à la cornée du lapin gj-E. Ce dernier contracte la rage le douzième jour, montre de la conjonctivite les jours suivants et succombe le seizième jour.

Une autre expérience, faiteen inoculant à la cornée du lapinQg-E, le cerveau

rabique du lapin ZQ-E, a fourni un

'•"J^ IX Jour

Pg^^ résultat identique (Tanimal est mort

de rage le douzième jour) (Voy.

schéma 7).

Ces expériences prouvent que le virus rabique {fixe ou des rues)y de provenance cérébrale, inoculé à la cornée du lapiriy confère la rage, sans engendrer de kéralile pendant toute la durée de la période d'incu^ bat ion. Ce virus se greffe sur répilhélium de la cornée, y cultive, et cependant sa présence ne se dévoile par aucune Schéma 7 réaction localc visible. Il y per-

Inoculation du virus rabique h la cornée sistC longtemps, puîsquC la

^^"P*"^* cornée, absolument transpa-

rente, fournit, dès Tapparition des phénomènes rabiques, du virus inoculable à des animaux neufs par la même voie cornéenne.

Conclusion. — La rage peu^ être transmise en série^ chez le lapin, par inoculation de cornée à cornée. Contrairement au virus encéphalitique, le virus de la rage confère la maladie sans provo^ quer de kératite. J^e germe rabique offre une affinité épithéliotrope marquée.

OtAT

% 3. — ENCÉPHALITE ET POLIOMYÉLITE

I/encéphalite léthargique et la poliomyélite, de même que la rage, appartiennent au même groupe de maladies infectieuses à virus filtrant, jouissant d'une affinité élective pour le système

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nerveux. Toutefois, les relations entre les deux premières affections sont plus intimes que pour chacune d'entre elles avec la rage. Elles se transmettent par la même voie du naso-pharynx ; leur propagation est assurée par des formes frustes et des porteurs de germes ; même localisation du microbe dans le système nerveux central ; même viiiilence des mucosités naso-pharyngées. L'analogie entre la maladie de Heine-Medin et celle de v. Economo est si intime, que Tétude expérimentale de cette dernière a été, pour ainsi dire, calquée sur celle de la poliomyélite. Et, cependant, des différences fondamentales entre les deux affections nous autorisent à les considérer comme étant dues à des germes spécifiques. Ces différences sont d'ordre clinique, anatomo-pathologique et expérimental. Les voici :

i^ Au point de wn^ clinique , tous les observateurs sont d'accord pour établir une distinction nette entre leur symptomatologie, leur évolution, leurs séquelles ;

2° Au point de vue anatomo-pathologique : la poliomyélite s'attaque principalement à la moelle épinière, l'encéphalite lèse surtout le mésocéphale et parfois Técorce cérébrale. 11 est vrai que Ton a décrit des formes encéphalitiques de la maladie de Heine-Medin, comme on a observé des lésion!^ médullaires discrètes dans celle de V. EcoNOMO (Harvier et Levaditi), mais cène sont là qu'exceptions; elles n'enlèvent rien à la localisation élective des deux germes. D'ailleurs, les réactions cellulaires du liquide céphalo-rachidien (i) ne sont pas les mêmes dans les deux affections (Voy. pp. 56 et i54.

Même différence au point de vue des lésions histologiques. Dans Va poliomyélite, tant humaine qu'expérimentale, le processus a une allure aiguë et se distingue par des altérations graves et profondes des neurones moteurs et sensitifs de la moelle. Il s'agit de neuronolyse et de neuronophagie, dont voici le mécanisme, tel qu'il a été conçu par l'up de nous, en collaboration avec Landsteiner (2) (Voyez \^ partie. Chapitre VI, page 5i).

« Le fait que les cellules nerveuses offrent des altérations dégénératives, à un moment où les infiltrations périvasculaires sont relativement peu prononcées, montre que le virus (ou les produits toxiques qu'il élabore) agit primitivement sur^ces cellules ; la dégénérescence des neurones n'est pas sous la dépendance des

(i) Voir le travail de Castaigne et Cathala, Journal médical français, 192 1, t. IX, no 3, p. 124 (2) Levaditi et Landsteiner, loc, cil.

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lésions vasculaires. On ne saurait non plus attribuer avec certitude, les altérations des vaisseaux et des méningées à la désintégration primitive des cellules nerveuses, le virus pouvant engendrer luimême ces altérations. Le microbe de la poliomyélite envahit le système nerveux en suivant les espaces lymphatiques qui entourent les vaisseaux sanguins. Arrivé dans la substance grise, le parasite s'attaque aux cellules nerveuses, pénètre dans leur protoplasma et s'y multiplie. La pullulation du virus, et peut-être aussi la sécrétion de quelque toxine, amène, d'une part, la dégénérescence primitive du neurone, d'autre part, une réaction inflammatoire autour de ce neurone, constituée par des polynucléaires et des mononucléaires. Les leucocytes, sous l'action nécrosante du microbe (ou de ses sécrétions), dégénèrent à leur tour, et cette première phase du processus aboutit ainsi à une masse de détritus destinée à être résorbée, fl est possible que les polynucléaires, en se détruisant, mettent en liberté un ferment protéolytique, lequel, agissant sur ces détritus, les dissout en partie. Quoi qu'il en soit, ce sont les éléments mononucléaires, macrophages de Metchnikoff ou polyblasles de Wickman, qui assurent, par voie de phagocytose, la résorption définitive de ce qui avait été la cellule nerveuse. La réaction polynucléaire est une réaction d'infection^ liée à Venoahissement du neurone par le virus ^ tandis que la résorption des produits résultant de la nécrobiose, est l'œuvre des macrophages ». Dans rencéphalite humaine^ ce sont les altérations méningées et vasculaires qui prédominent, au point qu'on peut considérer, comme caractéristiques de la maladie, les manchons périvasculaires à lymphocytes, à gros mononucléaires et à cellules plasmatiques. Non pas que ces manchons soient Tapanage exclusif de l'encéphalite (on les trouve également dans la maladie du sommeil et dans la paralysie générale)^ mais ils sont plus développés dans l'affection de V. EcoNOMO que partout ailleurs. Par contre, les lésions cellulaires proprement dites passent au second plan.Laneuronolyse et la neuronophagie sont discrètes ou absentes dans tout le mésocéphale, sauf en une zone bien déterminée, le locus niger^ comme l'ont démontré, dès levidébut, P. Marie et Trétiakoff (i), et encore pas dans tous les cas. Mais, même à ce niveau, la neuronophagie n'offre pas le même aspect que dans la poliomyélite. L'envahissement de la

(i) P. Marie cl Trétiakoff, Soc, méd. des Hôp.^ séance du 24 "^ai '9^8, p. 475.

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cellule nerveuse par les polynucléaires, si intense dans la poliomyélite, manque presque totalement dans Tencéphalite. Ce sont les mononucléaires qui jouent ici le principal rôle, en tant qu'éléments chargés de nettoyer le terrain et d'assurer la résorption des débris cellulaires, pigment et autres.

En somme, lésions à caractères nettement infectieux dans la paralysie infantile, altérations à allure plus chronique dans l'encéphalite. Celles-ci ne revêtent un aspect manifestement ai ffUy que chez les animaux d'expérience, lapins, cobaye ou singe; c'est sur ce terrain que les deux affections se rapprochent le plus (encéphalite parenchymatcuse à polynucléaires ; myélite aiguë, avec neuronophagie à leucocytes neutrophiles, dans la maladie de Heine-Medin).

Au point de vue expérimental, nous avons insisté sur les dissemblances entre les deux affections. Elles consistent surtout dans la réceptivité inégale des diverses espèces animales >â Végard des virus, et aussi dans les particularités de C immunité et les propriétés du sérum. Nous avons vu, en effet, que le germe de la poliomyélite est pathogène pour le singe et peu ou pas actif pour le lapin et le cobaye. Le virus de l'encéphalite, au contraire, n'est presque pas virulent pour les simiens inférieurs, cependant qu'il s'adapte au lapin, au point qu'il est capable de se transformer en un véritable virus fixe. L'expérience nous enseigne, d'autre part, que l'immunité active, facile à réaliser avec le germe de la maladie de Heine-Medin, est non seulement lente à apparaître et jamais absolue, dans l'encéphalite, mais encore ne s'accômpagne-t-elle pas de qualités inicrobicide's du sérum, comme dans la paralysie infantile humaine ou expérimentale.

Ces données suffiraient pour établir une séparation nette entre les deux processus. Levaditi et HARviERont cru, néanmoins, utile d'entreprendre quelques essais d immunité croisée, pour marquer mieux encore leur différenciation.

a) Le virus de r encéphalite vaccine-t^il contre celui de la poliomyélite ?

Expérience. — Le Macacus cynomolgus t\\ reçoit, sous la peau, le 17, le 23 et le 29 mars, 4*6 et 6 cm} virus encéphalitique frais. Le lo avril, il est icoculc dans le cerveau avec du virus poliomyélitique, conservé dans la glycérine. Le cinquième jour, tremblements généralisés et paralysie faciale. Mort de poliomyélite typique le 19 avril.

Le virus de Cencéphalite ne vaccine pas le singe contre le germe de la poliomyélite.

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b) Le virus de la paralysie infantile vaccine-t^il le lapin contre celui de V encéphalite ?

Deux lapins 36->l eiZj-A reçoivent, sous la peau, le 20 et le 26 avril, 5 cm* d'émulsioD virulente de moelle de singe poliomyélitique. Lie 5 mars, ces animaux sont éprouvés, par voie cérébrale, avec une émulsion de virus d'encéphalite. Ils succombent tous deux le g et le 10 mai (le qacUrième et le cinquième Jour), en présentant des lésions très intenses^

Ces expériences, démontrant Cabsence de toute immunité croisée entre le virus de t encéphalite léthargique et celui de la poliomyé^ lite, mettent en lumière la nature différente de ces deux virus,

Harold Amoss (i) a confirmé ces données. L'auleur a montré que le sérum des convalescents de poliomyélite (homme et singe) neutralise le virus de la maladie de Heine-Medin (Levadh*!, Landstei- NEi\ etNETTER), tandîs que le sérum des convalescents d'encéphalite est dépourvu de propriétés neutralisantes à Tégard du même virus.

Levaditi, Harvier et Nicolau ont recherché si le virus poliomyélitique, inoculé à la cornée du singe, confère la maladie et provoque une kérato-conjonctivite analogue à celle que Ton observe avec le germe de Tencéphalite. Voici le résultat de leurs recherches :

// est impossible de conférer la poliomyélite au singe et au lapin y en inoculant le virus poliomyélitique de passage, a la cornée. Cette inoculation n'est suivie, d'ailleurs, d'aucune réaction locale.

Expérience. — lo Virus poliomyélitique conservé dans la glycérine. Inoculation intra-cérébrale au Maccynomolgus no i3. L'animal se paralyse le septième jour et succombe de poliomyélite le huitième jour. Son cerveau sert à préparer une émulsion épaisse, que Ton inocule à la cornée du Mac, cynomolgus n^ 10. L'animal ne montre aucune réaction locale, et survit. Et cependant, il est sensible au virus poliomyélitique, puisque, injecté par voie cérébrale avec ce virus, le cinquième jour, il se paralyse et succombe le sixième jour;

2^ Le cerveau de ce singe sert à inoculer, par la même voie cornéenne, le Mac, cynomolgus n^ 12. L'animal survit sans avoir montré de réaction locale;

3^ On inocule avec le même cerveau, la cornée droite des lapins 83-0 et88-0. Légères stries visibles le lendemain, mais aucune kératite les jours suivants. Les animaux survivent.

Conclusion. — Ces expériences montrent que le virus de la poliomyélite, contrairement aux virus rabique et encéphalitique, n'offre aucune affinité pour Fépithélium cornéen.

(i) Amoss, Journ, 0/ Exp. Médecine, 1921, t. XXXIII, n® 2, p. 187.

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