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VIEILLE FEMME

LA TOILETTE

par son inclination personnelle, son tempérament, ses préférences parmi les maîtres, son goût pour le dessin et le fusain, réalise sur le grain du papier tant de prodiges, trouve ces magnifiques oppositions de noir et de blanc qui suffisent à faire de ce sujet presque anecdotique une œuvre importante et mémorable. Les balles de cotons sont un thème merveilleux pour des variations en blanc; le noir des étoffes s’oppose harmonieusement et fortement; et le décor joue lui-même en nuances autour de ces teintes décisives.

Ce voyage est, tout à la fois, dans la vie artistique de M. Degas, un épisode et une date. Au retour, sans pose aucune, sans user de cet avantage, il se remet à l’étude. Parmi ses camarades d’âge, il rejoint sa place. Les discussions juvéniles vont leur cours. Fougueusement, il reprend sa tâche. Il dessine plus encore qu’il ne peint. Il dessine, en disciple épris de tous les grands maîtres, amoureux d’une ligne ou d’un modelé; personne n’est plus classique que lui, mais classique avec intelligence et indépendance. Avec Gustave Moreau, il raisonne des modèles éternels de beauté. Il les analyse, avant de tenter des synthèses personnelles et modernes. Pour lui, — comme pour les Parnassiens d’ailleurs, ses contemporains, artistes moins puissants mais aussi probes — l’œuvre d’art est celle que l’on accomplit religieusement, sans passion, sans laisser paraître au moins la plus légère émotion. Un dessin contient en lui toute sa vitalité, suggère toutes les pensées, toutes les sensations possibles et n’a pas à faire appel à de faciles émotivités.

Cependant, M. Degas n’eut pas été le beau tempérament d’artiste que nous admirons si, à cette époque de sa vie, il n’eût espéré la gloire et le triomphe de son esthétique. En compagnie des jeunes qui, comme lui, étaient dédaignés des jurys lorsqu’ils présentaient leurs premières œuvres, il forma un groupe de mécontents, non pas encore de maîtres mécontents et dédaigneux à leur tour, mais d’élèves obstinés dans leurs conceptions nouvelles.

C’est ainsi qu’un certain nombre de jeunes gens- il y avait parmi eux Manet, Renoir, Claude Monet, Lhermitte, Desboutin, Fantin, Guillaume Régamey, Legros, Cazin- se réunissaient vers 1865 au Café Guerbois,

sur l’avenue de Clichy, à peu près tous les soirs de la semaine pour dis* cuter d’esthétique. Zola venait assez irrégulièrement, mêlant aux théories picturales ses conceptions naturalistes. Pissarro, Astruc, Whistler, Stevens participaient souvent aux discussions.

Cette école des Batignolles-c’était le nom que les gens des Beaux- Arts donnaient volontiers, très dédaigneusement, à ces nouveaux venusbrûlait néanmoins de se manifester devant le public. On tenta d’exposer au Salon et à l’Exposition de 1867. Manet était déjà un maître, aux yeux de ses camarades. Lorsque, refusé, il réunit, dès 1867, ses œuvres à l’Avenue de l’Alma, dans une exposition particulière, parmi les cinquante numéros qu’il rassemblait, il y avait des chefs-d’œuvre. D’un autre côté, Degas, qui par son tempérament heurtait moins brutalement le goût des professeurs, avait déjà donné ses copies d’après les grands classiques, des études solides et originales, son Magasin de cotons à la Nouvelle-Orléans, sa Vieille mendiante — toutes œuvres un peu austères, affirmant une personnalité, traitées avec la rigueur et la vigueur consciencieuse d’un classique. Participant des conceptions de ses camarades, de Manet et des plus jeunes, il voulut partager leur ostracisme. Indifférent au sort que l’on aurait pu faire, tôt ou tard, à son classicisme, il prit fait et cause pour eux, se fit révolutionnaire par amour des tentatives et des rénovations, aussi bien fin que esprit d’opposition, par horreur de l’incompréhension bourgeoise. Il abandonna une carrière facile pour courir le grand hasard de se présenter au verdict du public. En compagnie des impressionnistes, il exposa alors un certain nombre de ses œuvres, rue Lepelletier. La raillerie ou l’indifférence montrèrent à ces chercheurs quelle vanité et quelle illusion avaient présidé à leur tentative.

C’est ici que finit la vie publique de M. Edgar Degas. A partir de ce moment, il a compris l’inutilité de parails efforts. Désormais, insoucieux des diplômes, des médailles et du public, il regagne „la tour d’ivoire“ et ne songe qu’à son labeur, méprisant à l’égard des jugements que peuvent porter sur lui, aussi bien les mandarins que la foule. Pêlemêle, il dédaigne les peintres en faveur, la critique patentée et le public moutonnier. Confiant en lui-même, il se remet au travail, sûr que son heure viendra,

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