CHAPITRE II
La personnalité d'Edgar Poe, telle du moins que Baudelaire l’avait représentée, devait rencontrer bien des résistances en ce milieu de siècle.
Le temps n’était plus où le dévoûment à Part servait d’excuse à toutes les erreurs : « La glorifcation de l'artiste fut pendant un moment le thème à la mode d’une certaine littérature. Non seulement on mettait l’artiste au-dessus des autres hommes, mais on le déclarait Supérieur à tous les devoirs. Pourvu qu’il servît l’art, on ne lui demandait rien, et chez lui, on amnistiait d’avance les sentiments et les actions coupables. Avec beaucoup d’habileté, M. Octave Feuillet a pris dans Dalila le contre-pied de ce paradoxe ou plutôt de cette manie » (1).
Quand Baudelaire s’écrie avec admiration : Edgar Poe est un artiste, Barbey d’Aurevilly lui répond avec colère « Bohème, il l’est. Bohème ! Si vous lisiez mes articles, vous sauriez ce que
(1) Lerminier, Revue Contemporaine, 30 septembre 1854, p. 676.
je mets sous ce mot : l’individualité, l’absence de principes sociaux, etc., etc. ». Les romantiques auraient tort de se froisser de ce mot de Bohème, et Baudelaire en particulier : « Je n’emprunte pas plus ce terme au vocabulaire de Veuillot qu’au vôtre » écrit Barbey à Baudelaire. « Vous vous en nommez vous-mêmes. La Sainte-Bohème, a dit votre ami, M. Théodore de Banville » (1).
Edgar Poe est bohème parce qu’il fut coupable, plus coupable que malheureux. Ne nous parlez pas, à son propos, de destinée vouée au malheur; le fait fût-il exact, il ne prouverait pas le génie de Poe : &« Quand on aura dit d'Edgar Poe : c’est un poëte trop riche de passion et de poésie, un de ces illustres malheureux venu après tant d’autres faire le rude apprentissage du génie chez les âmes inférieures (2), on aura donné la définition d’un Gilbert quelconque, ou du Chatterton inventé par Alfred de Vigny, ou de l’Hégésippe Moreau de la légende, on aura reproduit une thèse un peu vieillie depuis quelque trente ans, mais on n’aura pas plus expliqué l’auteur du Corbeau que l’auteur d’Eurêka, de Bérénice ou du Roi Peste » (3). Ce plaidoyer en
(1) Lettre de Barbey d’Aurevilly à Baudelaire, 14 mai 1856, publiée dans Charles Baudelaire. Pincebourde, p. 101. |
(2) Citation extraite des Notes sur Edgar Poe, Histoires extraordinaires, p. 5.
(3) Revue Moderne, 1° avril 1865, p. 66.
faveur du génie et du malheur, « c’est la vieilie thèse, la thèse individuelle et, il faut bien le dire puisque c’est la même chose, la thèse bohème contre les sociétés » (1).
D'ailleurs, si Edgar Poe fut malheureux, il ne le fut pas plus que les autres rêveurs de son espèce; sa destinée n’est pas unique, et les romantiques eux-mêmes nous ont raconté vingt fois cette histoire : « Ne nous laissez pas à nous, aristocrates du vieux monde, le plaisir de constater sous votre plume une légère inconséquence. Vous accusez la jeune démocratie américaine d’avoir été horriblement marâtre envers Edgar Poe….; mais ces accusations, certaine littérature que vous connaissez bien ne les épargne pas à nos vieilles sociétés européennes; elle n’a pas besoin de traverser les. mers pour trouver en permanence des Chatterton et des Hégésippe Moreau, et naguère encore, elle s’attendrissait à bon droit sur le sort de ce doux et charmant Gérard ». Il y a, dans cette lutte de la société et des rêveurs, des torts réciproques. « Ne serait-ce pas, là-bas comme ici, l’éternelle lutte. Péternel antagonisme du positif et de la chimère, et si je vous accorde que le positif est quelquefois bien dur, le bon sens bien rigide, que les sociétés.
(1) Barbey d’Aurevilly, Litt. étrangère, p. 389.
anciennes ou nouvelles n’ont pas toujours des entrailles bien maternelles pour ces enfants de la fantaisie et du songe, «ne m’accorderez-vous pas qu'ils justifient fréquemment ces rigueurs et que ces orphelins qui se plaignent de leur abandon commencent par s’abandonner eux-mêmes?» Il ne faut pas incriminer la société où ils vécurent « Ni l’Amérique d'Edgar Poe, ni la France de Gérard de Nerval ne sont responsables de ce léger grain de folie qui, mêlé chez quelques-uns à des facultés supérieures, chez un grand nombre à des facultés médiocres, explique le désordre des uns, les prétentions des autres, le malheur de tous » (1). On va même plus loin. Non seulement Poe ne fut pas plus malheureux que les autres rêveurs, mais encore il n’eut que la part d’infortune qui échoit d'ordinaire au commun des hommes : « Ou pourra prouver que la vie de l'homme a été triste et misérable, qu’il a lutté contre la pauvreté sans la vaincre, qu’il a trouvé des sots, des curieux et des exploiteurs sur la route ». Mais ce sont là des « évènements communs, qui se trouvent dans la vie de la plupart des individus, et qui ne sont pas le lot de certaines âmes sacrées, soi-disant vouées à l'autel, condamnées à marcher à la mort et à la
gloire à travers leurs propres ruines » (2).
(1) L’Assemblée Nationale, 12 avril 1856.
(2) Revue Moderne, 1° avril 1865, p. 66. La citation est empruntée à la préface des Histoires extraordinaires, p. 4.
Et si l’on veut à toute force qu’il ait été malheureux, c’est bien sa faute. Il y avait en lui « des instincts, des élans successifs qui devaient faire de sa vie un duel sans trêve contre les nécessités communes » (1). Ecoutez donc le récit de cette vie coupable et répugnante. Edgar Poe était né aux Etats-Unis, « cette auberge des nations, qui sera demain un coupe-gorge et où, bon an mal an, tombent 500.000 drôles plus ou moins bâtards, plus ou moins chassés de leur pays qu’ils menaçaient ou qu’ils ont troublé; Edgar Poe est certainement le plus beau produit littéraire de cette crême de lécume du monde. Et c'était logique et justice que le plus fort de tous les Bohèmes contemporains naquît au sein de la Bohème, du refuge et du sangmêlé de tous les révoltés ».
Edgar Poe est bohème d’abord parce qu’il est « individuel comme un Américain. Moralement, l'Amérique et Edgar Poe se valent; ils n’ont point de reproches à se faire; ils ont tous deux le même mal, monstrueux et mortel dans l’un comme dans l’autre : le mal de l’individualité ». La famille ne put lui donner ce que sa patrie ne possédait pas : < il eût fallu le bénéfice et le soutien d’une éducation morale, et l’on se demande avec pitié ce que fut la sienne, à lui, le fils d’une actrice et de l’aven-
(1) Revue des Deux Mondes, 1* avril 1856.
LE BOHÈME 22f
ture, dans une société qui a trouvé, un beau matin, les Mormons au fond de ses mœurs » (1).
Il eut le bonheur d’être « adopté par un riche marchand, M. John Allan qui fut pour lui le meilleur des pères, et qui ne négligea rien pour son éducation » (2). Il alla à l’Université; quand il la quitta, « quoique son bienfaiteur eût pourvu amplement à ses besoins, il laissait des dettes assez considérables, et sur le refus qui lui fut fait de les payer, il adressa a M. Allan une lettre très inconvenante et quitta la maison » (3). « Quoiqu'il se réconciliât deux ou trois fois avec ce généreux bienfaiteur, ce fut pour l'irriter par de nouvelles extravagances » (4).
Il s’engagea, « déserta » (5), puis entra à l'Ecole Militaire de West-Point; là comme sans doute à l'Université « il fut encore renvoyé. Il revint à Richmond dans la maison de M. Allan qui, malgré cette seconde expulsion, l’accueillit avec bonté. Peu auparavant M. Allan s’était remarié avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Il eut bientôt contre Poe un nouveau sujet de mécontente-
(1) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, p. 377. 378, 380 et 389.
(2) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, préface, p. II.
(3) Nouvelle Biographie, Didot frères, 1862, article Poe.
(4) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. II.
(5) Revue Contemporaine, 15 juillet 1857, p. 505.
pp. LA RÉACTION DU BON SENS
ment et cette fois, il le bannit pour toujours de sa maison. Poe a prétendu que son seul tort avait été de tourner en ridicule le mariage de son bienfaiteur et d’avoir eu une querelle avec sa femme, ce qui serait déjà assez coupable de sa part; mais d’autres témoignages établissent des torts d’une nature beaucoup plus grave » (1).
Poe montra la même ingratitude envers tous ceux qui l’approchèrent et lui rendirent service : « Ses débuts dans la presse lui valurent des sympathies très prononcées, et successivement divers protecteurs. Il les paya tous d’ingratitude, comme M. Allan, et lassa les plus bienveillants » (2). Il fut aussi ingrat envers celles qui l’aimèrent jusqu’au dévoûment le plus compldt; il se maria, « son biographe ne nous dit pas à quel autel ». Son bonheur était grand : « Dieu, après le génie, lui avait donné des affections domestiques. Il épousa une femme qui lui apporta en dot, une mère. Eh bien ! cette dernière affection d’une mère qui ne lui manqua jamais et qui lui survécut, ne l’arrêta pas dans ce long suicide par l’alcool qu’it accomplit sur sa personne » (3).
Il ne montra pas plus de reconnaissance et
(1) Nouvelle Biographie Générale Didot.
(2) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. IV.
(3) Barbey d’Aurevilly, Litt. étrangère, p. 379 et 390.
d'amour envers son épouse : « il fut ingrat pour la femme qui avait espéré le tirer de la mauvaise société, comme il avait été ingrat pour son père adoptif, ingrat pour ses protecteurs » (1). En lui donnant une femme qu’il eût pu aimer, « la destinée lui avait offert un moyen... d’être aussi noble par le caractère que grand par le génie. Il n’avait pas voulu l’accepter et il y a certaines erreurs qui sont à jamais funestes et dont on porte la peine jusqu’à son dernier jour » (2). Ainsi « l’amour, pas plus que l'amitié ne put arracher longtemps Edgar Poe à son avilissement » (3).
Et séparé de ses protecteurs par son ingrati- ‘ tude, n’ayant pas su être digne des affections domestiques, Edgar Poe vécut seul, en marge de la société. On lui reproche ses <« honteux désordres » : « Il y a tout d’abord dans cette vie d’un poète mort d'ivresse à 38 ans quelque chose qui répugne profondément. Les jours sont évanouis parmi nous où l’école débraillée cherchait à galvaniser les esprits par une mauvaise reproduction des débauches byroniennes; le moment est passé des ivrognes à talons rouges et des poètes
(3) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. IV.
(4) Revue Française, 1* octobre 1863, p. 158. {5) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. IV.
satanistes; il a fallu épargner désormais au public la confidence de ce cynisme à froid qui faisait baïiller au lieu de faire frémir » (1). Les lecteurs bourgeois s’indignent plutôt qu'ils ne baillent
« Edgar Poe s’associa de bonne heure » dit quelqu’un « à des compagnons dangereux » (2).
Son visage, sur la beauté duquel on s’est tant étendu, indiquait bien cette tendance à la débauche et au vice : « Le front est démesuré, fantastique, maladif comme celui d’Hoffmann, le bas de la figure mou et indécis. Byron a dit quelque part de Sheridan : il avait le front d’un dieu-et la bouche d’un satyre. Poe a le front d’un dieu et la bouche d’un Silène. On voit, à la configuration des lèvres, qu’il était né pour boire » (3).
Si encore, dans ses écarts, il avait fait figure d’aristocrate; mais « en voulant imiter la jeunesse déréglée de Byron, réunir Don Juan et Childe Harold, il oublia qu’il n’était ni grand seigneur ni fils de famille. Il suppléa au capital qu’il n’avait jamais eu par des dettes qu’il ne paya jamais » (4); ce fut un « être déclassé, allant de la misère à la fortune pour retomber
(4) L’Athenæum français, 10 septembre 1858.
(2) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. III.
(3) L’Athenæum français, 10 septembre 1853.
(4) Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. IL.
dans la misère » (1). Et comme ïil m'était ni noble ni riche, la débauche chez « ce Byron Bohème » (2) fut crapuleuse et sans allure : «Il vivait communément dans les bouges, parmi les vagabonds et les ivrognes qu’il prenait pour confidents de ses conceptions. Cette coupable indifférence pour l’honnêteté dans les relations sociales est bien la marque d’un esprit désintéressé de tout but d'influence et d'utilité >» (3); c’est bien la marque du Bohême.
Si encore il n’avait négligé l’honnéteté que dans les relations sociales; mais l’orgueil l’engageait chaque jour plus avant dans la mauvaise voie, il était « au-dessous de ses devoirs quotidiens, se sachant coupable et ne voulant pas se croire diminué » (4). Ne vous laissez pas prendre à ses accès de remords; « par intervalles, il semblait rougir de lui-même, et il se repentait; mais ce repentir durait si peu qu’il ressemblait à une spéculation; car à peine lui avait-il procuré quelques subsides qu’il retournait à ses déréglements » (5). Il était foncièrement malhonnête, et < mena une vie d’aventurier » (6). « On lui a
(1) Revue Moderne, 1” juiliet 1865, p. 83, note 1.
(2) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, p. 379.
(3) Journal d'Alençon, 9 janvier 1853.
‘(4) Revue Moderne, 1°* juillet 1865, p. 83, note 1.
{5} Nouvelles choisies d'Edgar Poe, p. IV.
(6) Grégoire, Dictionnaire Encyclopédique, 1874, article Poe.
reproché des traits d’indélicatesse, et il parait que sa vie présente en effet des épisodes qui ne sont nullement à son honneur » (1). Et confondant sans doute Virginie avec la dévouée Mrs Clemm, on accuse Poe d’avoir poussé l’égoïme et l’indifférence morale jusqu’à l’avilissement : « Il souffrit littéralement dans sa misère », dit quelqu'un « qu’une femme mendiât pour lui. Ce fut le dernier degré d’abaissement d’une vie sans dignité et sans moralité ».
Comment dès lors reprocher aux Américains de ne pas lui être venus en aide ? « La porte des maisons honorables fut fermée au poète quand on sût qu’il ne respectait pas lui-même son propre génie. Nous ne pouvons blâmer la société américaine de cette sévérité : les originaux de cette force sont plus intéressants dans les romans que dans le monde » (2). Ce n’est point à cause de son génie, c’est à cause de son égoïsme et de ses vices qu’Edgar Poe « vécut seul toute sa vie et mourut comme il avait vécu : ivre et seul ». Sa mort en effet fut digne de sa vie : « un suicide, la mort bohême. termine la vie d'Edgar Poe » (3).
Cette triste vie eut une fâcheuse répercussion
(4) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, pp. 379% (2) Borghers, Nouvelle choisies, p. II et IV. (3) Biographie Michaud, article Poe.
sur son œuvre : « Edgar Poe était né avec un talent original et une imagination riche... qui, avec d’autres habitudes de vie, auraient pu produire de meilleurs ouvrages. Il n’a guère donné que des morceaux peu étendus » (1), et il est mort « laissant derrière lui les preuves de ce qu’il aurait pu réaliser dans le domaine de la littérature, si l’intempérance et la débauche ne s'étaient pas mises de la partie » (2).
Ce n’est point seulement parce qu’elle est inachevée, mais encore à cause de son caractère propre que cette œuvre est celle d’un bohème; « en plein cœur de son propre talent, pour le diminuer et le piquer de sa tache, voilà que nous rencontrons le Bohème, c’est-à-dire l’homme qui vit intellectuellement au hasard de sa pensée, de sa sensation et de son rêve, comme il a vécu sociulement dans cette cohue d'individus solidaires qu’est la société américaine ».
Il est remarquable en effet à cause de son « mutisme moral », de son unique et absorbante préoccupation de l’art : « Dans le pays de la plus cynique utilité, il ne vit que la beauté, la beauté pour elle-même, la beauté inféconde, la beauté oisive, l’art pour l’art » (3). C’est pourquoi un
(1) Nouvelle biographie Didot, article Poe.
(2) La Correspondance Littéraire, 10 mai 1860.
(3) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, pp. 366, 377, 384.
autre lecteur préfère à Poe son rival américain : « D’autres écrivains, dans l’Amérique même, représentent, comme le fait l’ingénieux Hawthorne, une excellente tendance morale », tandis qu’au contraire, « c’est surtout en lisant les œuvres de Poe que l’on peut se convaïindre combäen, cette puérile théorie de l’art pour l’art a fait baisser le niveau de l'intelligence humaine » (1).
C’est cette doctrine en effet qui, selon un critique, lui a fait cultiver en lui le mal qui devait tuer son génie. « Ses études profondes sur les maladies de l'esprit ne lui ont pas donné l’envie de chercher le moyen de se guérir, mais le désir effréné de jouir de ses écarts. Imaginerait-on rien de plus coupable ? >» Imaginerait-on rien aussi de plus nuisible à son talent ? « Poe était puissamment organisé, mais il a immolé sur l'autel de l’art les trois quarts de ses facultés. Du Poe primitif, il n’est plus resté qu’un pur artiste de la plus misérable, comme de la plus déplorable espèce ». Son exemple montre clairement « qu’il ne faut pas traiter l’intelligence et la vie en instruments de vanité ou de volupté » (2).
En 1853, Barbey d’Aurevilly ne s’était point fait une opinion; il se demandait : Faut-il classer
(1) Revue Contemporaine, 31 décembre 1856.
(2) Journal d'Alençon, 9 janvier 1853.
Edgar Poe parmi « les Claudiens de nos décadences? Edgar Poe serait-il un Claudien, un énorme Claudien du XIXe siècle, un de ces produits exubérants et corrompus d’une civilisation développée à outrance et qui en est arrivée à chercher la complexité comme la cherche la Barbarie ? ». En 1858, il n’hésita pas : « A coup sûr, jamais les doctrines ou plutôt l’absence de doctrines que nous combattons : l’égoïsme sensuel, orgueilleux et profond, l’immoralité par le fait quand elle n’est pas dans la peinture et dans l’indécence du détail, le mépris réfléchi de tout enseignement, la recherche de l'émotion à outrance et à tout prix, et le pourlèchement presque bestial de la forme seule n’ont eu dans aucun autre homme de notre temps, où que vous le preniez, une expression plus concentrée et plus éclatante à la fois que dans Edgar Poe et dans ses œuvres » (1).
Désormais, on assimile Poe aux bohèmes notoires, on l'appelle « le Lycanthrope de Baltimore » (2) « le Murger des Etats-Unis, le triste héros de Bohème » (3); il fait partie de cette « Bohème sinistre et funèbre dont, par la supério-
(1) Barbey d’Aurevilly, Littérature Etrangère, p. 362 et
(2) Léon Cladel, Bonshommes, p. 300.
(3) Revue Politique et Littéraire, 8 février 1879.
rité de ses facultés et de ses fautes, il est actuellement le Roi »: il est « le Roi des Bohèmes.… il est à nos yeux le Bohème accompli, le Bohème élevé à sa plus haute puissance » (1).
() Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, p. 377 et