CHAPITRE III
Cet homme qu’on nous avait présenté comme une victime de la société ne fut donc qu’un révolté qui, s’il fut malheureux, se trouva justement puni. Vulgaire dans sa vie, fut-il vraiment cet esprit aristocratique que l’on a dit, méprisant l'Amérique, le monde moderne, le progrès matériel, et luttant contre eux de toute la force de son génie ? Baudelaire lui-même, malgré l’acharnement qu'il avait mis à combattre en faveur de cette thèse, avait convenu qu’il était « réellement singulier de voir le cerveau de Poe trahir à de certains moments l’américanisme dont il est saturé » (1).
Pour Barbey, notre auteur ne subit que trop l'influence américaine, qui devait « nuire à l’expansion de la pensée. d'Edgar Poe et par instants la matérialiser sous cette vaste main de Midas qui convertit en or tout ce qu’elle touche ». Il n’a pas su se dégager de l’Amérique et « des influences déprimantes qui ont brisé sa vie et qui asservis-
{1) Baudelaire, Histoires extraordinaires, p. 28.
sent sa pensée >. Son œuvre en témoigne nettement : « On y trouve l’action fatale et funeste de la société américaine sur un génie qui devait naître ailleurs pour s’épanouir dans toute sa gloire ».
Il est possible de marquer « jusqu'où va le talent inné d'Edgar Poe, et où il se brise, se fausse et cesse d’être, sous les influences du milieu social le plus positif et le plus raisonnable ». Il y a des moments où «l'Américain étrangle en lui le poète » : ce sont ceux où il fait intervenir la science, où il sacrifie aux « besoins de la réalité, ancrés si profondément dans l’esprit des hommes de sa race ». Alors, sa manie de la vraisemblance et de l’explication scientifique nuit à l’effet fantastique et n’est pas compatible avec lui. Dans le « Scarabée d’Or », le mot de l'énigme, Edgar Poe « essaie, le croira-t-on, de rationnellement nous le donner !.… Le merveilleux expliqué n’est plus du merveilleux »; et à partir de cet instant, « on ne reconnaît plus en lui que le Yankee ». Ailleurs encore, Poe commet la même erreur en introduisant la science : « Dans l’Aéronaute Hollandais (1), très inférieur au Scarabée d’Or, Poe oublie tout à fait son génie fantastique pour le génie propre à sa race : la découverte, (toujours la découverte !) et la science appliquée à l’indus-
(1) The unparalleled adventure of one Hans Pfaall.
trie; et à cause de cela, au point de vue du merveilleux et de la poésie, son voyage dans la lune est bien au-dessous, par exemple, de celui de Cyrano de Bergerac » (1).
Mais au gré de certains lecteurs, il est inexact de dire que l’Amérique a faussé le génie de Poe, car il y a accord entre les deux. « On a dit que ses concitoyens ne le comprenaient pas. Je suis quant à moi persuadé du contraire, dit quelqu'un. La renommée du jeune écrivain démontre qu’il était lu et que son talent était aimé » (2). « Je ne puis m'accorder là-dessus », dit un autre, « avec M. Baudelaire qui voit dans Edgar Poe une victime du génie américain... Il a confondu, ce me semble, la destinée d'Edgar Poe avec son talent » (3).
Ce talent et cette destinée sont en plein accord avec le milieu américain : « Dans Edgar Poe, l'homme et l’écrivain se tiennent par des liens si nombreux et si serrés, le génie de l’un se ressent tellement des faits et gestes de l’autre, la race, le milieu, le moment ont marqué d’une empreinte si forte chaque morceau sorti de sa plume, que c’est folie de le considérer autrement que par
(1) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, pp. 350-, 351, 357-358 et 373.
(2) Revue Française, 1° octobre 1863, p. 151.
(3) L'Assemblée Nationale, 12 avril 1856.
rapport à eux ». Ainsi, dans le « Corbeau », « le cerveau américain se dénonce surabondamment par cette rectitude dans le détail, cette réalité exacte dans le fantastique qui sont un des caractères principaux du poème » où, comme Edgar ‘Poe a soin de le noter, « rien ne s’est montré qui ait franchi les limites de la réalité »; et l’on est étonné de voir que « cette préoccupation de la réalité exacte, de la possibilité matérielle des faits >» poursuit partout Edgar Poe, même « dans un sujet poétique où l'imagination, la fantaisie, le sentiment devraient, ce semble, ‘tenir la première place » (1).
Bien des critiques en effet retrouvent dans Edgar Poe certains traits américains. Quel que fût son génie propre, « Poe tenait par les ancêtres, Téducation, les habitudes, toute cette seconde nature, à une société qui a le rayon visuel presque rectangulaire et qui ne l’applique qu'aux choses pratiques, géométriques et tangibles ». Rien de plus américain, dit un adversaire de la démocratie, que ces contes « où l'induction algébrique prenait la place de tous les sentiments humains. C'était bien là, sous une forme saisissante, cette implacable dureté démocratique et américaine ne <omptant plus les hommes que comme des chif-
(1) Revue Moderne, 1° avril et 1* juin 1865.
fres » (1). « Edgar Poe est le produit naturel, spontané d’une démocratie pressée, qui n’a pas le loisir de s’arrêter aux théories du sentiment, aux lenteurs de la passion, aux bavardages de l’amour ei qui raisonne jusqu’à ses impressions ».
Mais cette méthode américaine et scientifique présente un grand danger. Tout à l’heure, on nous a démontré qu’elle nuit à l’effet merveilleux de certains récits; on s'aperçoit maintenant qu’elle détruit l’émotion : Edgar Poe « ne s’adressera jamais au cœur des femmes, il ne fera vibrer aucune émotion » (2). On condamne Poe parce que jamais il « n’est le poète d’un sentiment quelconque », à cause du « peu de place que tiennent le cœur humain et ses sentiments dans les œuvres de ce singulier poète et de ce singulier conteur » (3). Il a « une sécheresse et une aridité implacable... Le fait est tout chez Poe : ses contes sont de fortes parties d’échecs, des mécaniques, des rouages puissants et sinistres qui vous saisissent, vous entraînent, vous broient et vous triturent; ils sont en acier ou en fer. Cherchez donc au milieu de ces engrenages la place du cœur ou des entrailles » (4).
(1) Le Spectateur, 19 septembre 1856.
(2) Le Figaro, 27 mars 1856.
{3) Barbey d’Aurevilly, pp. 348, 371 et 381.
{4) Revue Française, mai 1855, pp. 451 et 453.
C’est précisément cette sécheresse et cette dureté américaines qui, selon ce groupe de lecteurs, distingue si nettement Edgar Poe de son rival allemand. Edgar Poe est « un Hoffmann mutilé dans le vif de sa pensée par les habitudes américaines »; il « peut être appelé l’'Hoffmann de l'Amérique, mais c’est un Hoffmann modifié par tout ce qui modifie invinciblement les esprits les plus subtilement personnels — je veux dire la race dont on sort et la société dont on fait partic > (1). On établit des parallèles de ce genre : « Les rêves d’Hoffmann reflétaient, en l’exagérant, l'Allemagne poétique et musicale. Edgar Poe reflète, par le côté excessif et halluciné, l’Amérique et son génie calculateur. Hoffmann, c’est la rêverie allemande, Edgar Poe, c’est l’arithmétique américaine » (2). « En un mot, il y a entre eux la différence du génie de deux races, l’une plus préoccupée de problèmes psychiques, scientifiques et industriels, l’autre de questions morales; l’une plus chercheuse, plus active, plus fiévreuse et plus impitoyable, l’autre plus rêveuse et plus douce ».
Ces sortes de comparaisons tournent toujours au détriment de Poe. On constate qu’ « il ne faut
() Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, p. 347. (2) L'Assemblée Nationale, 12 avril 1856.
pas lui demander cette bonhomie » (1) qui caractérise l’auteur allemand. On regrette Hoffmann : < Au risque de rappeler pour la centième fois le laudator temporis acti, permettez-moi de noter la différence des inspirations et des temps. Le fond des récits d’Hoffmann, c’est l’art, l'amour, la symphonie, le merveilleux, l’étonnement, l’effroi entrevus à travers une sorte d’ivresse et d’extase…. Le fond des histoires d'Edgar Poe, c’est le calcul » (2).. On ne cache pas davantage de quel côté vont les préférences et quelle en est la raison : « C’est le manque d’entrailles qui nous frappe dans les nouvelles que nous avons sous les yeux... Hoffmann n’a pas, lui, cette effroyable sécheresse : son surnaturel aboutit aux fibres les plus sensibles de l’être humain » (3).
Si l’art scientifique de Poe détruit et l’effet fantastique et l’intérêt humain, l’unique mérite de notre auteur est l’adresse avec laquelle il a appliqué les procédés de la science à la littérature. Mais cette adresse même ne rencontre pas l’approbation générale. Il se trouve un lecteur pour dire des « Histoires Extraordinaires », et non sans quelque dédain : « Je ne suis pas assez habile
(1) Revue Française, mai 1856, p. 452 et 453.
(2) L'Assemblée Nationale, 12 avril 1856.
(3) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, pp. 359-
mathématicien pour les bien goûter » (1). Il en est un autre qui avoue, avec plus d'inquiétude que de modestie : « On perd l’haleine à le suivre dans ses inductions audacieuses » (2). Un autre encore s’ennuie à cette lecture; il estime que Poe possède une <« imagination froide comme ces chiffres mêmes qui jouent un si grand rôle dans les conceptions de l’auteur, et récréative comme l’algèbre, qui semble y remplacer l'amour » (3). Une jeune lectrice n’entend rien aux complications d'Edgar Poe et interroge son père au sujet du « Scarabée d'Or » : « Pourquoi la découverte du trésor est-elle réalisée avant l’explication du parchemin mystérieux qui en indique la place ? Il était plus naturel de suivre William Legrand dans les émotions du déchiffrement, les recherches à travers l’île, et enfin les péripéties de la découverte... Edgar Poe prend le sujet à rebours, et c’est seulement après le dénouement qu’il explique ‘comment il a pu l’amener » (4). Cette jeune personne évidemment eût préféré les « émotions >» d’un récit à la rigueur d’une démonstration.
Les lecteurs qui rendent hommage à l’habileté
(1) Le Moniteur Universel, 12 août 1856.
(2) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, p. 358.
(3) Journal des Débats, 12 novembre 1856.
(4) Judith Gautier, Le premier rang du collier, La scène se passe en 1856.
de Poe n’en sont pas moins défiants, à cause de cette habileté. « Avec Edgar Poe, on se sent comme au début d’un vertige. L’éblouissement qu’il vous cause, qui est très réel, vous met en défiance. L'auteur n’est pas si bien caché derrière son rideau que vous n’entrevoyiez son coup d’œil moqueur, que vous n’entendiez son rire narquois » (1). Ces contes où il a avant tout visé à la vraisemblance prennent, aux yeux de certains, une fâcheuse allure de farce. « Je ne parle point », dit un critique avec dédain, « du Canard au Ballon, facétie qui n’a pas grande portée ». Un autre estime que « l’Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall >» serait un conte intéressant si Poe «ne détruisait malencontreusement l'illusion à la fin par une explication ironique ». On reproche à Poe, au sujet du même conte, d’user « de la supercherie scientifique et de lastronomie mise à la portée des farceurs ». On juge avec plus de sévérité encore, et pour les mêmes raisons, « les Aventures d'Arthur Gordon Pym » : « Les Américains ont une certaine littérature que nous concevons à peine, celle des faux voyages. Leur mérite consiste simplement à bien mentir. Il y faut deux conditions : la grosseur
(1) Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1846.
du mensonge et sa vraisemblance » (1). On voit dans ces sortes de récits une marque du génie américain. Ce sont là, dit-on, « de véritables canards, destinés à tromper la crédulité des badauds, sortes de plaisanteries bien américaines, puisque tout leur sel consiste à présenter un fait absolument impossible comme étant réellement arrivé » (2). On reconnaît bien là « l’Américair qui trouve une joie maligne dans l’habileté avec laquelle il a singé la vérité » (3).
Quant aux contes où Poe a fait usage de son aptitude pour les sciences mathématiques, Baudelaire lui-même, en 1856, les tenait en piètre estime et écrivait : « J’ai des raisons de croire que ce n’est pas à cet ordre de compositions qu’il attachait le plus d'importance, et que. il n’était pas loin de les considérer comme de faciles jongleries ». Baudelaire revenait d’ailleurs une seconde fois à la charge, et presque dans les mêmes termes, dans cette même préface des « Histoires Extraordinaires >» : <« Je pourrais », disait-il, « m’étendre longuement sur cette portion de génie américain qui le fait se réjouir d’une difficulté vaincue, d’une énigme expliquée, d’un tour de force réussi, qui le pousse à se jouer avec une volupté enfan-
(1) Revue Française, mai 1856, p. 451.
(2) Revue Contemporaine, 15 juillet 1857, p. 506 et 509. (3) Revue Moderne, 1* juillet 1865.
tine et presque perverse dans le monde des probabilités et des conjectures, et à créer des canards auxquels son art subtil a donné une vie vraisemblable. Personne ne niera que Poe ne soit un jongleur merveilleux, mais je sais qu’il donnait surtout son estime à une autre partie de ses œuvres ».
Le mot de jongleur ne fut point perdu. Barbey d’Aurevilly le répéta : « Baudelaire a lui-même écrit, en parlant de ces compositions logogriphiques et stupéfiantes, le mot de jonglerie, et nous tenons le mot pour exact »; dans les Histoires Extraordinaires, « sans Ligeia et Morella…, ïl n’y aurait pas un seul des Contes publiés là qui pût être considéré autrement que comme des tours de force d’un jongleur ». Baudelaire releva le gant et s’expliqua : « Récemment un critique imprudent se servait, pour dénigrer Edgar Poe ct pour infirmer la sincérité de mon admiration, du mot jongleur que j'avais moi-même appliqué au noble poète presque comme un éloge ». Mais Barbey d’Aurevilly persista dans son opinion, et répéta, dans l’article suivant, que, chez Edgar Poe, il y a un « machiavélique côté de son génie qui touche ici à la rouerie profonde du jongleur et où le poète, le poète, ce Spontané divin, expire dans les exhibitions affreuses du charlatan et du travailleur améridain » (1).
(1) Baudelaire, Histoires extraordinaires, pp. 10 et 28; Nouvelles Histoires extraordinaires, p. 4. Barbey d’Aure-
Barbey d’Aurevilly n’était point le seul de sou avis. Cuvillier-Fleury voyait dans l’œuvre de Poe « le tour de force d’un prodigieux jongleur (le mot est, je crois, de M. Baudelaire) mais tour de force sans grâce, subtilité sans finesse, excentricité sans verve, invention sans poësie » (2). Un autre critique, presque avec les mêmes mots que Baudelaire, répétait au sujet d'Edgar Poe; « Dans quelques-uns de ses contes, on ne découvre guère que l'Américain aimant à se jouer des difficultés » (3). Et quelqu'un se posait la même question que Barbey d’Aurevilly : « L’ingéniosité, poussée à cet excès, est-ce de la littérature ? Si nous n’étions pas en Amérique, nous serions tentés de répondre : non ! »
Et sans reprendre le mot de jongleur, ce critique le commente heureusement en disant de Poe « Quant aux subtilités laborieuses ‘de ses constructions, nous laisserons l’Amérique en faire ses délices. Cette espèce de travail littéraire ressemble à ces boîtes d’un nombre indéfini qui entrent les unes dans les autres, contre toutes les lois de la mécanique, ou à ces anneaux enfilés dans de
villy, Littérature étrangère, pp. 366, 371-372 et 386. (2) Cuvillier-Fleury, Journal des Débats, 12 novembre
(3) Revue Moderne, 1° juilllet 1865, p. 71.
petits bâtons d'ivoire et dans des ganses de soie qu'il faut dégager les uns après les autres, ce qui paraît aussi malaisé que de faire passer un chameau par le trou d’une aiguille; enfin à tant d’autres jeux fins qui révoltent la patience et le bon sens, et dont le mérite consiste dans une ingénieuse impossibilité. C’est le casse-tête chinois de la littérature » (1).
Si vous voulez la même idée exprimée sans métaphore, écoutez Emile Deschanel : lintérêt des contes de Poe est grand, certes, mais « cet intérêt est quelquefois produit, en fin de compte, par des moyens qui ne supportent guère l’examen.…. Ordinairement, il y a disproportion entre les moyens employés et les effets produits ». « Les moyens sont énormes, compliqués, impossibles, et les effets souvent médiocres; ou s’ils frappent au premier abord, ils ne durent pas à la réflexion, Au contraire, l’art véritable, quel que soit le genre, consiste à produire, par des moyens simples, des effets puissants » (2). Edgar Poe, dit encore un autre critique <« résout à plaisir les difficultés qu’il crée. C’est un jeu d’esprit. Il est saisissant la première fois, il est fatigant quand ïil se répéte » (3). Et cette idée tombe dans le domaine
(1) Revue Contemporaine, 15 juillet 1857, pp. 510 et 524. ° (2) L'Indépendance Belge, 12 février et 20 août 1857. {3) Le Moniteur Universel, 11 avril 1865.
public et se retrouve dans un dictionnaire biographique qui condamne Poe en quelques mots : « il exagère les moyens de produire l'intérêt » (1).
Barbey avait fait à Poe, au sujet de son habileté. un reproche plus grave encore : «Il n’y a pas» disait-il, « que la volonté seule et l’originalité cherchée qui expliquent ces créations violentes et abstraites. Il y a l’indigence relative des grandes facultés ». La volonté chez Poe ne discipline pas l'inspiration, elle la remplace; ce qu’on sent dans ses contes, « c’est l'effort plus que la force, l’acharnement de la volonté plutôt que le souffle facile de lPinpiration ». Poe manque par conséquent de sincérité; tout est « voulu, arrangé, menti dans ses œuvres. Nous ne sommes pas certes de ceux qui se laissent effrayer par les hardiesses de la bizarrerie, mais la bizarrerie d'Edgar Poe manque justement de cette sincérité qui fait de l’originalité une chose divine ».
Par là encore, il est nettement inférieur à son rival allemand, car il « a moins de sincérité que FHoffmann de l’Allemagne »; « Hoffmann est plus vrai qu'Edgar Poe, le chasseur américain au succès, dont le but caché est de terrasser l’imagination de son temps à l’aide de combinaisons en-
(1) Biographie Michaud, article Poe.
ragées et d’excentricités réfléchies » (1). Les artifices de Poe apparaissent si nettement à un autre critique qu’il lui refuse la puissance créatrice. Edgar Poe a « une imagination triste et bornée, condamnée à revenir sur elle-même. L’imagination est une faculté secondaire chez Edgar Poe, subordonnée, dont l'intervention se réduit à lui fournir juste la quantité d’art et de combinaison nécessaire à la production d’un effet » (2).
Edgar Poe est donc Américain par la manière artificieuse dont il a introduit dans ses contes les procédés de la science. Loin d’être un grand artiste, ce n’est qu’un jongleur qui cherche à masquer, par des tours d’adresse, l’indigence de ses falcultés créatrices.
(1) Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère, pp. 185, 367, 372, 375 et 388.
(2) Revue Moderne, 1° juillet 1865, pp. 82 et 83.