‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 111 sur 429 · Woodbeiry · texte numérisé non relu

Woodbeiry

lisons-nous S est parfois prescrit comme remède de transition à des malades désireux de rompre avec de tenaces habitudes alcooliques : au moment de la tentation, ils en usent légèrement. Il est donc possible que Poe, refusant le vin pour prendre l'opium, n'ait parfois cherché qu'à combattre un poison par l'autre. Mais le malheureux ne réussit guère : l'exaltante ivresse du pavot convenait trop bien à son tempérament de névrosé, et particulièrement à son double besoin de réaction contre la dépression et de stimulant pour l'activité, pour qu'il ne s'y abandonnât pas immodérément. En passant des vulgaires orgies de l'alcool aux soidisant aristocratiques extases de l'opium, le pauvre impulsif, qui croyait se libérer, ne faisait, au contraire que changer de servitude, quittant un maître plus brutal pour en prendre un autre plus perfide-. Ou plutôt, il faisait pis encore : désormais soumis à deux jougs à la fois, il devint l'esclave affolé de deux tyrannies alternantes qui n'admirent plus d'affranchissements Aussi verrons-nous maintenant, sous la double influence toxique de ces deux passions, les habituelles crises d'exaltation et de marasme, constamment croître en fréquence et en gravité et, en dépit de quelques belles phases de gloire éphémère ou de joie mélancolique, leur impuissante victime, hagarde , détraquée , usée avant 1 âge, courir désespérément vers une ruine d'autant plus tragique qu'elle est à la fois plus consciente et plus inévitable.

Avant de reprendre le navrant récit de cette existence irrépara-

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