‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 113 sur 429 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Dès le début de l'été 1843, la détresse était telle dans le pauvre gîte de Spring Garden que Poe, surmontant son antipathie, écrivait à Griswold : (( Ne pourriez-vous pas m'envoyer 5 dollars? Je suis malade et Virginie est à la mort. Venez me voir^.. » Ces minimes emprunts ne suffirent bientôt plus : l'hiver approchait.

« Il y avait alors, dit M. Harris, une sorte dassociation de dames destinée à venir discrètement en aide aux personnes besogneuses que ne pouvait atteindre la charité ordinaire. C'est là que Mrs. Glemm s'adressa; mais la petite famille était si sensible et si fière qu'il était presque impossible de lui porter secours, alors même qu'elle souffrait de la privation des choses les plus nécessaires^. »

Voilà où en était tombé le pauvre héritier présomptif des Allans, l'ambitieux poète de Tamerlan, qui, si fier de son génie et si sûr de son étoile, proclamait naguère l'orgueil souverain maître de la volonté. Quelle torturante détresse! Gomment ne pas comprendre dès lors l'acre amertume d'un cœur ulcéré, ses phases de morne désespoir et de fureur maudissante? A qui donc serviraient les drogues qui consolent et font oublier, sinon à ces misérables êtres déchus dont l'impuissance ne fait qu'exaspérer la sensibilité? Que faire, après tant d'échecs et de déboires, sinon fuir, fuir encore, fuir toujours, fuir surtout cette ville odieuse où les plus fermes espérances avaient sombré dans la honte, où le succès n'avait abouti qu'aux revers, fuir en une ville plus grande où se cachait

1. Poe il Griswold, \\ juin 1843 : fJriswold's, Memoir, p. V.

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