l\\\\^. Home Journal, 13 octobre
« C'était, dit-il, plutôt une chute pour Poe qui avait été le rédacteur en chef de plusieurs revues mensuelles que de venir dans les bureaux d'un journal quotidien comme banal rédacteur d'entrefilets. Son service consistait à rester assis à une table dans un coin de la salle de rédaction prêt à répondre à tout appel pour les multiples besognes de la journée' ; et pourtant vous vous rappelez avec quelle bonne humeur il ne cessait d'acquiescer à toute suggestion, comme on pouvait compter sur sa ponctualité et sur son zèle à satisfaire un désir dès qu'il était exprimé, quel entrain et quelle attention il apportait cà son travail alors que la distraction aurait été si excusable. Nous aimions cet homme pour la loyauté absolue avec laquelle il nous servait. Quand il nous quitta, ce fut bien à regret que nous nous séparâmes de lui ■^. »
Qui ne sent tout ce qu'il y a de douloureux en ces lignes ? Qui n'aperçoit, dans Ihumiliation même de ces éloges, les pénibles efforts d'un homme supérieur qui, avec la meilleure grâce du monde, sacharne à trouver en une tâche rebutante son unique gagne-pain? Pour coûter davantage à son orgueil, cette bonne volonté de Poe n'en est évidemment que plus méritoire; elle excuse bien des faiblesses; elle n'appelle pas seulement l'indulgence, elle a droit à tout notre respect et, en présence du rare talent de Poe, à notre admiration môme. C'était, du reste, l'opinion de Willis :
« Poe nous étant venu d'une manière tout à fait accidentelle, dit-il, puisqu'aucun de nous ne l'avait personnellement connu avant cette époque, ses relations avec nous... représentaient assez bien l'impression moyenne qu'il devait produire. Comme c'était un homme qui ne souriait jamais, qui n'avait jamais un mot qui put inspirer la bonne humeur ou la sympathie, nous n'étions guère porté à nous livrer à lui avec une partialité subite ou capricieuse... » et cependant, (( nous éprouvions pour cet homme presque un sentiment de révérence » attribuable, dit Willis, à l'influence « magnétique de sa personne et de son génie ^. » « Ayant la plus haute admiration pour
1. Il devait être à ce poste de neuf heures du matin jusqu'au moment de rimpression du journal. Il n'y a guère, en effet, dans les insignifiantes colonnes de VEveni7ig Mirror d'autres traces de cette obscure et fastidieuse collaboration que quelques paragraphes de critique littéraire tels qu'un hyperbolique éloge de Miss Barrett et, dans les derniers temps, quelques pompeux entrefilets de réclame à propos des nouveaux projets de revue.
2. Willis à son associé Morris, Idlewild, 17 octobre 1859; Ingram, p. 210.