Idlewild, 17 octobre 1859; Ingram, p
ce génie et, par suite, une disposition à excuser des irrégularités plus qu'ordinaires, nous étions préparés par la rumeur publique à trouver en lui une attention capricieuse en son service et à subir, de temps à autre, quelque scène de violence et de discussion. Le temps passa, cependant, et sa ponctualité ne varia pas plus que son zèle. Avec son beau visage pâle et intellectuel qui rappelait tout le génie qu'il y avait en lui, il était évidemment impossible de ne pas toujours le traiter avec une courtoisie déférente, et, quand parfois nous le priions de ne pas trop insister sur certaine critique ou d'effacer un passage trop empreint de ses sombres ressentiments contre la société ou contre l'humanité, il s'empressait d'acquiescer poliment, cédant à notre avis, bien plus volontiers que la plupart des gens, en ces matières où la sensibilité est si excusable... Pendant toute cette période, nous n'avons connu qu'un aspect de cet homme : un être paisible, actif, des plus patients, courtois, imposant le plus profond respect et la plus vive sympathie par les constantes qualités de sa conduite et de son talent*. »
Nous ne saurions rien ajouter à un si bel éloge : il y eut chez Poe, croyons-nous, en ces quelques mois de rectitude obtenus à force d'énergie plus de mérite quen des vies entières de morale facile. Quand vint au bout de six mois l'heure de la séparation, elle s'accomplit à lamiable. Poe ne se plaignit que de la fâcheuse nécessité de venir chaque jour à la ville, nécessité nuisible, disaitil, à ses habitudes studieuses, et Willis demeura, jusqu'au dernier jour de Poe, l'un de ses plus fidèles amis et, après sa mort, Tun de ses plus fervents défenseurs.
Il est des êtres dont la destinée, comme le caractère, ne semblent admettre que les brusques contrastes. Ce fut, comme aux jours de Baltimore et aux jours du GrahanïSy du fond de cette misère apparemment déses])érée, que sortit soudain le plus éclatant succès. Le 29 janvier '184o paraissait dans VEoening Mirrur sous le nom d'Edgar Poe, et quelques jours après dans V American Whig Revieio de février, sous le pseudonyme de Quarles, l'immortel poème du Coi'beaic. « Ce chef-d'œuvre de poésie fugitive, prédit aussitôt Willis, s'attachera à la mémoire de quiconque le lira^. »