‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 125 sur 429 · Works, VIII · texte numérisé non relu

Works, VIII

Parmi ces féministes américaines de la première heure il en es^ une vers laquelle Poe semble avoir été assez vite attiré bien moins par des affinités intellectuelles que par une secrète sympathie plus intime encore. Mrs Os^^ood était peut-être, en effet, de toutes ces femmes savantes, celle qui était restée le plus femme. Fille d'un riche marchand de New-York, Frances Sargent Locke était encore une toute jeune fille, éprise d'art et de poésie, lorsqu'elle inspira soudain une vive passion à un artiste de quelque renom, M. Osgood, qui l'épousa. Durant un long séjour de six années en Angleterre, alors que son mari peignait force portraits, et non des moindres, entre autres ceux du poète Rogers et Mrs Norton, la jeune américaine n'attirait pas moins l'attention du public lettré et mondain de Londres par un volume de poésies dont la fraîcheur méritait le titre : « A loreath of wild floivers froni New-England. » Rappelée en Amérique par la mort de son père, elle avait vite pris sa place au premier rang de la société new-yorkaise, et Poe n'avait pas manqué de décrire, dès décembre 1845, en des termes caractéristiques, le charme discret de cette jeune poétesse égarée dans le monde prétentieux des bas-bleus. Il sut saisir, sous l'exubérance de la mièvrerie inévital)le, en même temps qu'un vif sentiment des proportions, la grâce légère dune inspiration faite de fantaisie délicate et spontanée.

« Parler de ses vers, dit-il, c'est ne cesser de répéter ce mot indéfini : (jrâce, el tous ses dérivés, c'est vouloir décrire ce charme magique d'autant plus puissant qu'il est plus insaisissable, c'est vouloir s'emparer de ce feu follet dont la suprême expansion enveloppe tout ce qu'il y a de précieux dans la poésie. Comment donc ne serait-elle pas née poète cette exquise créature dont la grâce n'a point de rivale en son pays?... Ne pas écrire de poésie, ne pas être en action, en paroles, en rêves toute poésie, est entièrement hors de son pouvoir. La prose ne saurait convenir à une âme si éthérée ; veut-elle s'y contraindre ? Elle commence par un effort résolu pour être rassise, c'est-à-dire suffisamment prosaïque et positive, à propos d'une légende ou d'un essai ; mais au bout de quelques phrases,

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