Ibid., VIII
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nous voyons se lever le voile de la Muse, puis vient une sonnerie de fanfares, suivie de vaines tentatives pour se contraindre ; alors la tirade de vers s'envoie ; puis un petit poème, puis un autre, puis un autre encore, entrecoupés d'importuns lambeaux de prose, jusqu'à ce que le masque soit enfin arraché et jeté bien loin et que l'article se mette tout entier à chanter ^ »
Est-il au monde un autre magicien que l'amour pour convertir ainsi l'impuissance en triomphe, la critique désarmée en louanges ravies ?
« Pour le caractère, ajoute Poe, elle est ardente, sensible, impulsive, l'âme même de la loyauté et de l'honneur, une admiratrice du beau dont le cœur est si radicalement dépourvu d'artifice qu'on croirait que l'artifice abonde ; universellement admirée, respectée et aimée. De sa personne elle est à peu près de taille moyenne, élancée jusqu'à sembler frêle, gracieuse dans le repos comme dans le mouvement; le teint, d'ordinaire pâle; la chevelure, noire et luisante; les yeux, d'un gris clair et lumineux, grands, avec une singulière faculté d'expression -. »
Telle était la charmante femme dont un contemporain moins sensible nous décrit lui aussi, quoique d'une main plus froide, l'heureuse supériorité.
« Mrs Osgood n'avait pas d'égale, dit M. Stoddard : car, aimée de tous les hommes qui la connaissaient, elle n'était détestée par aucune des femmes qui sentaient le charme de sa présence... et personne ne discuta la justesse du verdict de Poe à son égard ^. »
Ajoutons enfin à toutes ces séductions un autre attrait dont Poe subissait peut-être inconsciemment l'influence morbide : une prédisposition à la phtisie qui devait l'emporter quelques années plus tard. Il fallait donc que, jusqu'en cette charmante femme, Poe aimât encore un être oîj la Beauté, selon sa propre expression, mêlait son souffle à celui de la Mort.
.1. Works, VIII, 95.