‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 127 sur 429 · Stoddard, /ni/e/?en(/e?i/, 1«' février · texte numérisé non relu

Stoddard, /ni/e/?en(/e?i/, 1«' février

Les sentiments de Mrs Osgood à légard de Poe ne furent point, dès l'origine, sembie-t-il, bien différents.

« Ma première rencontre avec le poète, dit-elle, eut lieu à Astor llouse. Quelques jours auparavant, M. Willis m'avait remis, à la table d'hôte, ce poème étrange et émouvant du Corbeau, en me disant que l'auteur désirait connaître mon opinion. L'effet de ce poème sur moi fut si singulier, si semblable à celui d' « une étrange musique qui n'a rien de terrestre », que ce fut presque avec un sentiment de terreur que j'appris que l'auteur désirait m'être présenté. Je ne pouvais cependant refuser sans paraître ingrate, parcequeje venais d'entendre parler de l'éloge enthousiaste et partial qu'il avait fait de mes écrits dans une conférence sur la littérature américaine. Je n'oublierai jamais le matin où je fus appelée au salon par M. Willis pour le recevoir. Avec sa belle tète fière rejetée en arrière, ses yeux sombres tout étincelants des lueurs magnétiques de la pensée et du senti" ment, un singulier et inimitable mélange de douceur et de hauteur dans son expression et dans ses manières, il m'accueillit avec calme, gravement, presque froidement ; et cependant avec un intérêt si marqué que je ne pouvais manquer d'en être profondément impressionnée. De ce moment jusqu'à sa mort, nous fûmes amis ^ »

Une telle amitié ne pouvait évidemment, en des âmes aussi vibrantes, manquer de s'exprimer spontanément en vers. « Bienaimée ! » dit Poe,

Bien-aimée ! parmi les âpres douleurs

Qui se pressent sur mon sentier ici-bas,

(Morne sentier hélas ! où ne croît

Pas même une rose solitaire)

Mon âme trouve du moins une consolation

En des rêves de toi et y découvre

Un Eden de repos serein.

C'est ainsi que ton souvenir est pour moi

Gomme quelque lointaine île enchantée

En quelque mer tumultueuse.

En quelque océan que soulèvent au loin

Les tempêtes, mais où cependant

Les cieux les plus sereins ne cessent,

Au-dessus de cette seule île brillante, de sourire ^.

A ces ardents transports, la bien-aimée s'empressa de répondre::

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