‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 128 sur 429 · Griswold, XXXVIL ±. Works, X · texte numérisé non relu

Griswold, XXXVIL ±. Works, X

« Je ne puis dire au monde combien vibre mon cœur, à tous k s accents qui s'envolent de ta lyre ; comme la Nature spontanée et l'Art merveilleux s'unissent et font naître la Beauté en tes chants passionnés ; mais je sais qu'en ton sommeil enchanté, le poète des cieux, Israfel, brûlant du feu sacré, t'enseigna la musique des rythmes harmonieux et accorda aux accents de la sienne ta glorieuse lyre ^. »

Et le berger de répondre chastement à la bergère :

« Tu veux être aimée? Alors ne laisse point ton cœur s'écarter de son sentier présent; étant tout ce que tu es maintenant, ne sois rien que tu ne sois pas ; ainsi, en ce monde, tes douces manières, ta grâce, ta beauté qui est plus que de la beauté demeureront un inépuisable sujet de louanges, et l'amour, un simple devoir^. »

On voit tout ce quil y avait d'éthéré en ces vers; c'était bien le mystique amour, s'il en fut jamais, amour de poète platonique, tel que ne le comprennent point les natures ordinaires, tel que condamnent si durement les psychologues terre à terre. « Foe, dit dédaigneusement un biographe contemporain de ces événements, s'éprit d'elle, ou du moins s'imagina s'en être épris, ce qui était pour lui la même chose "^ ». Et les physiologistes d'ajouter brutalement :

« L'amour platonique est une absurdité, une duperie de soi, une fausse intrerprétation d'un sentiment imparfait... L'amour total seul est vrai et sain ; n'aimer que le corps, n'aimer que l'âme, c'est également du fétichisme '^.. L'amour normal apparait comme une symphonie qui se compose de toutes sortes de notes. 11 en résulte les excitations les plus diverses. 11 est, pour ainsi dii-e, polythéiste". »

Voilà de rudes paroles assurément dont la triste vérité ne se trouvera il est vrai, que trop cruellement vérifiée par la suite.

Les deux pauvres âmes pétrarquisantcs ne se doutaient guère en leurs innocentes rencontres des dangers de leur extrême

\. Broadway Journal.

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