Broadway Journal. 20 décembre dSio
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C OU était donc bien fait du grand rcve de toute sa vie, tant poursuivi, tant caressé, si chèrement exploité à l'avance : il le touchait, il le réalisait déjà que le voilà évanoui, ne lui laissant qu'irritation, humiliation et désespoir plus grands. On peut se représenter le navrant état d'àme du poète atterré.
Un fâcheux événement, qui avait précédé ce désastre, en augmenta l'amerlume. Fier de ses premiers succès de conférencier, Poe en rêvait de nouveaux. Son malencontreux accès de dipsomanie venait justement de lempêcher, au dire de Briggs S (le paraître en mai, devant les sociétés de l'Université de New- York. Dunn English dit à ce sujet que « Poe, se trouvant alors incapable d'écrire aucun poème, fit ce qu'il faisait totijoun^ quand il avait des ennuis : il but jusqu'à l'ivresse et resta dans cet état toute la semaine^ ». Le malheureux Poe n'en comptait pas moins paraître avec avantage devant le public de Boston, selon les anciens projets dont il s'était entretenu avec Lovvell. Un arrangement fut même conclu par lequel il devait, le 16 octobre, déclamer devant le Boston Lyceum un poème inédit. Or Poe, qui allait bientôt dire : « La poésie n'a jamais été pour moi un but, mais une passion..., une passion qui ne doit ni ne peut être excitée par la perspective de mesquines compensations ou d'acclamations plus mesquines encore de la part du genre humain 3, » Poe ne put, en dépit de tous ses efforts, se contraindre à faire un poème pour cette banale occasion. Épuisé, surmené, harcelé de tracas, au plus fort de sa lutte en faveur du Broadway et de ses amours avec Mrs Osgood, il se trouvait irrémédiablement réduit à une impuissance absolue. A bout de ressources, huit jours avant le terme fatal, il s'adresse en sa détresse à sa bien-aimée poétesse : ci Vous composez, lui dit-il, avec une si étonnante facilité que vous pourriez aisément me fournir, bien assez tôt, un poème qui serait à la hauteur de ma réputation. Pour l'amour