Evening Mirror, 23 juin 18i
3. The Raven and olher Poems, by Edgar Poe ; New- York : Putnam et Wiley, 1845. Préface, p. 1,
de Dieu, je vous silpplie de m'aider en cette extrémité ^ » Vainement l'amie dévouée essaya de se plier à l'inspiration de Poe; malade elle-même, elle éclioua, et le fameux auteur du Corbeau^ honteux de son impuissance, dut, la tète vide de tout souffle, poétique, paraître devant un public impatient d'admirer une nouvelle merveille. Poe parut donc et, faute de mieux, s'en tira, en lisant le plus sérieusement du monde son vieux poème juvénile. Al Aaraaf, qui est, nous le savons, dune obscurité proverbiale. L'accueil fut des plus froids : inquiet et vexé, Poe veut regagner son public ; il va déclamer le Corbeau ; mais il est trop tard : la salle est à moitié vide ^. C'est alors que notre poète, trop fier pour accepter bravement une humiliation en partie méritée, s'avisa de se tirer d'affaire en disant que son insuccès était bel et bien voulu : il avait, assura-t-il, prémédité de mystifier les Bostoniens et il se vantait d'y avoir parfaitement réussi. « Ce soir-là même, dit-il, en buvant du Champagne, nous avouâmes à MM. Whipple... et quelques autres le crime pardonnable d'une mystification ^. » ^lais la grave cité puritaine, dont Poe avait tant de fois attaqué les littérateurs, n'entendit point pareille plaisanterie : la presse locale, qui comptait quelques-uns de ses plus fielleux ennemis, fut dure pour le mauvais plaisant ; on insinua que ce farceur avait encore dû se trouver ivre et, courroucé, Poe se vengea de l'insinuation, en attaquant cette sotte ville où il rougissait désormais d'être né.
« On peut à peine supposer, dit-il, que nous nous soyons donné la