‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 140 sur 429 · Ibid., 15 novembre · texte numérisé non relu

Ibid., 15 novembre

3. higram, 256. Poe recevait, paraît-il. 8 cents par exemplaire. Ce fut cette tniition qui attira l'attention de Forgues dans la Revue des Deux Mondes de 1846.

autres poèmes, il contient le texte à peu près délinitif de tout ce que Poe avait jusqu'alors écrit de plus durable. La courte préface contient ces mots empreints d'une tristesse sincère : « Des événements qui ne dépendent pas de moi m'ont empêché de faire en aucun temps des efforts sérieux pour ce qui aurait été, en des circonstances plus heureuses, la carrière de mon choix. »

Ainsi se termina cette mémorable année de 1845, la plus agitée de toute l'existence pourtant si agitée de Poe, tant elle est confuse d'événements et d'émotions contradictoires, de succès et de revers également éclatants, de luttes acharnées et d'exaltation amoureuse. Outre l'impérissable Corbeau, elle n'en apporta pas moins au monde des œuvres justement restées célèbres, telles que (et nous ne parlons pas ici des menus articles et revisions parus dans le Broadway Journal et autres périodiques) : Some words with a Mummy, Eulalie, the American Drama S the Case of M. Waldemar donnés en avril, juillet, août et décembre à V American Whig Review; the Power of Wo7'ds, donné en juin à la Démocratie Review, et the System of Dr. Tarr and Prof. Fether et the Imp of the Perverse donnés en juillet et en novembre an Graham's Magazine. Pour une production si variée et si suprême Poe méritait bien à propos de Valdeniar des encouragements comme ceux de Mrs Barrett Browning ^

« Il y a de vous, à propos de mesmcrisme, écrit-elle, un conte qui court les journaux; il nous jette tous dans un « merveilleux étal d'alarme » et nous donne de si affreux doutes que nous nous demandons si vraiment cela se peut, ainsi que se le disent les enfants à propos de leurs histoires de fantômes. Ce qu'il y a de certain en ce conte, c'est la puissance de l'écrivain et son talent pour rendre toutes voisines de nous et familières d'horribles invraisemblances ^. »

Après tant de dépenses intellectuelles et de défaites morales, la

1. Mrs Browning à Poe, avril 1846; Century, octobre 1894; p. 859.

2. C'est dans un article du Broadway sur le môme sujet que Poe disait en juillet : « L'écrivain de cet article est lui-même le fils d'une actrice et s'en esl invariablement vanté. Il n'est pas de comte plus fier de son titre que luimôme d'une môre qui, quoique de bonne naissance, n'hésita point à consacrer au drame sa brève carrière de génie et de beauté. » Le fils d'Elizabetli Arnold se faisait, avons-nous vu, quelques illusions bien naturelles.

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nouvelle année n'allait-elle pas trouver Poe à jamais épuisé et vaincu ? Nullement : il eut bientôt fait de retrouver de nouvelles forces et une nouvelle voie. 11 ne se contente pas d'envoyer dès les premiers mois au Grahams des Marginalia (mars) et sa Philosophy of Composition (avril), il transforme au printemps le doucereux journal de demoiselles, Godeys Lady's Book, en une virulente revue littéraire : de mai à octobre, trente-huit écrivains new-yorkais, les Literati, comme il les appelle, y subissent tour à tour en des articles mi-critiques et mi-portraits l'intrépide analyse de sa logique passionnée. Ce fut là, comme toujours, un de ces sensationnels succès, aussi énormes qu'éphémères, a Le tirage de mai, dit l'éditeur, fut épuisé avant le premier mai et l'on nous a commandé de Boston et de New-York des centaines de numéros que nous n'avons pu fournira » « La verve de ces articles, continue Griswold, leur hardiesse et parfois leur humeur caustique firent qu'on en parlait beaucoup, et il fallut trois éditions pour certains numéros, tant ils étaient demandés parle public^ ». Bien que la part des éloges fut parfois généreuse, l'âpreté satirique était souvent d'une telle violence que l'éditeur dut intervenir. « Nous répliquons, déclare-t-il, à toutes les lettres (anonymes ou autres) que nous n'avons rien à faire, sinon publier les opinions de M. Poe et non les nôtres. Que nous nous accordions avec lui ou non, c'est une autre affaire. Nous ne nous laisserons pas intimider par la peur de perdre des amis, ni détourner de notre but par des paroles mielleuses... M. Poe a été malade, mais nous avons de lui des lettres récentes... qui montrent tout autre chose que de la faiblesse physique et intellectuelle ^. »

On devine l'inévitable résultat : les gros profits passèrent à la revue et l'hostilité des victimes s'acharna sur Poe. L'une de <ies victimes se chargea de la vengeance commune. C'était ce Th. Dunn English dont nous venons d'avoir l'occasion de parler. Poe l'avait par dérision surnommé Th. Donc Brown. Bien qu'il

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