‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 152 sur 429 · Poe à Mrs Locke. 10 mars 1847 ; Griswold, XXV · texte numérisé non relu

Poe à Mrs Locke. 10 mars 1847 ; Griswold, XXV

Si la misère l'ut grande, elle fut, du moins, aussi délicatement et intelligemment soulagée qu'on peut le souhaiter. La bienfaisante personne dont il a été parlé, Mrs Marie-Louise Sliew, fdle unique dun médecin qui avait éclairé son zèle charitable de certaines connaissances médicales, sut apporter aux malades de Fordham quelque chose de plus précieux encore que des secours matériels et de bonnes paroles impuissantes : elle y joignit un dévouement sans bornes, qui arracha à la plume illettrée de Mrs Clemm ces simples, mais fortes paroles : « Elle fut si bonne pour Virginie : elle la soigna jusqu'au dernier jour, comme si elle eut été sa sœur^ » C'est, en effet, à cette providentielle bienfaitrice que la pauvre poitrinaire dut de trouver, avant d'expirer, ses dernières heures de soulagement et de confort. Aussi, le 29 janvier, Poe écrivait-il à Mrs Shew en des termes qui montrent assez, en môme temps que lexaltation de son désespoir, l'ardeur de sa reconnaissance :

« Très bonne et très chère amie, ma pauvre Virginie vit encore, ({uoiqu'elle l)aisse rapidement et souffre maintenant beaucoup. Puisse Dieu lui accorder de vivre jusqu'à ce qu'elle vous revoie et vous remercie encore! Son cœur déborde pour vous, comme le mien, d'une gratitude infinie, inexprimable. Craignant de ne jamais vous revoir, elle me prie de vous envoyer son plus tendre baiser affectueux et de vous dire quelle meurt en vous bénissant. Mais venez, oh ! venez demain ! Oui, je serai calme, tout ce que vous désirez si noblement me voir. Ma mère vous envoie aussi ses plus ardents sentiments d'affection et de reconnaissance. Elle me prie de vous demander s'il est possible de faire en sorte que vous puissiez passer la nuit prochaine avec nous... Le Ciel vous bénisse, et adieu-. »

^L•s Shew vint, en effet, et la pauvre mourante, en lui disant adieu, tira de dessous son oreiller, pour les lui donner, un portrait de son mari et un écrin qui avait appartenu à la mère (Ui poète. N'y avait-il pas en cette offranck^ quelque chose de symboliquement touchant? N'était-ce pas en quelque sorte léguer à l'amie dévouée le pauvre être impuissant qui allait maintenant se trouver f)kis seul et plus exposé que jamais?

i. Ingram, 320.

'J. Ingram, 325.

Le lendemain Virginie Poe n'était plus. Enveloppé en un beau linceul blanc S le frôle corps d'un être, dont la vie n'avait été que charme et douceur, fut le surlendemain déposé dans la tombe ancestrale des Valentincs -, à l'église réformée de Fordham . a Les cieux étaient de cendre et désolés », en cette triste matinée de janvier, et la brise si âpre que le poète dut s'envelopper en son vieux manteau militaire qui, dernière épave de naufrages anciens, allait, après avoir réchauffé un corps désormais glacé, en protéger encore pendant deux hivers un autre menacé du même destin. Parmi les rares amis de cette dernière heure, il y eut, avec Mrs Shew, le fidèle Willis.

(( Aucun homme, a dit Poe, ne peut se vanter d'avoir le droit de se plaindre du Destin quand il garde jusqu'en son adversité l'immuable amour d'une femme \ » Maintenant qu'il n'avait plus cet amour, qu'allait devenir le malheureux poète ?

1. En sa touchante naïveté superstitieuse, Mrs Glemm ne cessa de répéter : « Quand elle fut morte, Mrs Shew l'enveloppa pour la tombe en de belle toile. Sans elle, ma Virginie chérie aurait été mise au tombeau dans un linceul de coton. Je ne puis dire combien je suis reconnaissante que ma chérie soit ensevelie en de si belle toile. » (Ingram, ';i2Q.)

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