‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 158 sur 429 · Home Journal, 30 Jarnier · texte numérisé non relu

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M- SIIEW ET EUREKA 251

Arrive le 3 février, jour de tempête : les éléments, que Poe avait si bien matés en son système, prirent haineusement leur revanche contre leur législateur : ils eurent la cruauté de glacer l'ardeur prévue des trois ou quatre cents auditeurs; il n'en vint qu'une soixantaine. Il est vrai que cette heureuse élite, comme l'appela certain journal, fut amplement récompensée de son courage : pendant deux heures et demie, luttant contre les efforts redoublés de la rafale hostile, l'éloquence de Poe parcourut infatigablement les espaces induis. Fidèles jusqu'au bout, ses admirateurs passionnés ne trouvaient pas encore le lendemain assez de mots pour louer l'analyse pénétrante, la vigueur métaphysique, la puissance synthétique de la plus laborieuse des conférences qu'ils eussent jamais entendues. D'autres mirent, il est vrai, une sourdine à leur enthousiasme. « Le défaut de la conférence fut sa longueur, dit l'un d'eux. Deux heures, c'est une bien longue séance! Que M. Poe ait pu encore plus longtemps fixer sur un pareil sujet l'attention de son auditoire, en dit beaucoup sur la nature de son discours ^ » Peut-être la principale attraction fut-elle, à vrai dire, la personne même du conférencier.

a 11 paraissait inspiré, dit un autre témoin, et son inspiration était ressentie par lamaigre assemblée presque douloureusement. Ses yeux semblaient luire comme ceux de son propre corbeau ^ ». a Résolu, dit encore un autre, à soumettre au public une œuvre qu'il avait l'orgueilleuse conviction de croire digne de son auditoire... il procédait intrépidement, d'une solennelle allure uniforme, ne se souciant pas plus de plaire que de déplaire à ses auditeurs; parfois même inconscient peut-être de leur présence, tandis qu'il tournait son œil froid, au regard absorbé, apparemment éteint en dépit de l'ardeur de son inspiration non pas vers ces hommes ou ces femmes qui l'écoutaient, mais vers ces sublimes sphères célestes dont il exposait en un langage si élevé l'origine et les destinées ^. »

hudUe, croyons-nous, d'insister sur la nature éminemment morbide de cette exaltation; elle est criante en chacune de ces traits inconscients : Poe était en pleine phase maniaque.

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