Citation du Corbeau
M-'^ SHEW ET ECREKA 2Ô7
de mon âme perdue et obscurcie? J'ai relu votre lettre mainte et mainte fois, et ne puis, avec aucune certitude, croire possible que vous l'ayez écrite en votre état d'esprit normal. [Je sais que vous ne l'avez pas fait sans des larmes (F angoisse et de regrets.) Est-il possible que votre influence soit perdue pour moi? De si tendres et de si loyales natures sont toujours fidèles jusqu'à la mort; mais vous n'êtes pas morte, vous êtes pleine de vie et de beauté!
« Louise, vous êtes entrée... en votre blanche robe flottante : « Bonjour, Edgar! » Il y avait en votre précipitation, un air de froideur banale; et votre attitude quand vous avez ouvert la porte de la cuisine pour y trouver Muddie reste le dernier souvenir que j'aie de vous. Il y avait de l'affection, de l'espoir et du chagrin en votre sourire, et non de l'affection, de l'espoir et du courage comme naguère. Oh! Louise, que de douleurs il y a devant vous! Votre naïve et sympathique nature sera constamment blessée en ses contacts avec le monde vide et sans cœur; et moi, hélas! si quelque pur amour de femme loyale ettendrene me sauve, à peine resterai-je une année de plus vivant! Quelques mois rapides diront jusqu'où mes forces (physiques et morales) me porteront vivant ici-bas. Gomment puis-je croire à la Providence quand vous avez vous-même pour moi des regards froids? N'est-ce pas vous qui avez renouvelé mes espérances et ma foi en Dieu?., et en l'humanité?
« Louise, j'ai entendu votre voix quand, me quittant, vous avez disparu à ma vue... et je l'écoute encore, votre voix. Je vous entendis dire avec un sanglot: « Chère Muddie! » Je vous entendis càlineima Catarina^; mais ce n'étaitque comme un souvenir... rien n'échappa à mon oreille, et j'étais convaincu que ce n'était pas votre générosité naturelle... qui répétait des mots si étrangers à votre nature, à votre tendre cœur! Je vous entendis exprimer à ma mère avec des sanglots votre sentiment du devoir, et j'entendis sa réponse : « Oui, Loui...oui... » Pourquoi donc détourner votre âme de son vi-ai devoir à l'égard des affligés pour la donner au monde ingrat et avare?.. Je sentis mon cœur s'arrêter, et je crus certain que j'allais alors mourir sous vos yeux. Louise, c'est bien, c'est heureux que, soulevant la fenêtre, vous ayez levé vos chers yeux où brillait une larme.. Vos instincts valent mieux pour moi que la raison d'un homme fort; j'espère qu'ils vaudront a.utîint pour vous-même. Louise, je sens que je ne l'emporterai pas; une ombre est déjà tombée sur mon âme, et s'est reflétée en vos yeux. Il est trop tard; la cruelle marée vous emporte flottante... Ce n'est pas là une épreuve commune; elle est terrible
1. Ce chat ou plutôt cette chatte, qui inspira peut-être à Poe l'idée du Chat-Noir, effrayait Mrs Stiew. « Elle avait l'air possédée, dit-elle en son Journal..., elle no voulait jamais manger en l'absence de son maître ... qui se levait la nuit pour la faire entrer ou sortir. Elle mourut dans un déménagement de Mrs Clcmm ». (Appletoîi's Journal, XIX, i-21.)
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pour moi. Des âmes dune rareté aussi précieuse que la vôtre embellissent la terre, y atténuent si bien tout ce qu'il y a de repoussant et de sordide, en illuminent si bien les labeurs et les soucis qu'il est pénible de perdre ces âmes de vue, même pour un court instant... -Alais il faut que vous sachiez, ([ue vous iioyez assurée de mes regrets et de mon chagrin, si j'ai jamais écrit quelque chose qui put vous blesser. Mon cœur ne vous a jamais fait de tort. Je vous mets en mon estime, bien solennellement, auprès de l'amie de mon enfance, de la mère de mon camarade dont je vous ai parlé, et ainsi que je lai répété dans le poème, comme la plus loyale et la plus tendre des âmes les plus vraiment féminines de ce monde, comme un ange pour une nature abandonnée et obscure. Je ne veux plus dire « mon âme perdue » à cause de vous. Je vais essayer de surmonter ma douleur à cause de vos généreux égards pour moi dans la vie, et je resterai à jamais dans la vie ou dans la mort votre reconnaissant et dévoué,
Edgar A. Poe.
La triste éloquence décousue de cette lettre, si poignante et si navrante qu'elle soit, se passe de commentaires. Mrs Shew la jugea sans pitié : elle ne répondit pas. Jamais plus la charitable bienfaitrice et son trop reconnaissant malade ne se rencontrèrent ; et la « pauvre âme perdue » de l^oe se mit en ([uète d'autres sauveurs.