Lettre de ^rrs Whitman. mars 1860; Woodbern
Sb» WIUTMAN ' 267
supplications de sa mère et de ses amis, à devenir la femme du poète désespéré, mais sous la condition expresse qu'il ne toucherait désormais aucun stimulant; et Poe jurait une fois de plus de ne jamais céder à la maudite tentation. La joie dans le cœur, il part le lendemain, 14 novembre, et, le soir même, écrit à sa fiancée :
« iMa très chère Hélène, si bonne, si loyale, si généreuse, si inaccessible à tout ce qui aurait ému tout autre être qu'un ange, bienaimée de mon cœur, de mon imagination, de mon intelligence; vie de ma vie, âme de mon âme, chère Hélène, comment vous remercierai-je jamais comme je le devrais?
« Je suis calme et tranquille, et, n'était-ce une ombre étrange de malheur imminent qui me hante, je serais heureux. Que je ne sois pas suprêmement heureux, alors même que je sens votre cher amour en mon cœur me terrifie. Qu'est-ce que cela signifie?
« Peut-être n'est-ce que l'inévitable réaction après tant de terribles surexcitations.
« Il est cinq heures et (à bord du bateau) je vous écris ces lignes pour vous montrer que je n'ai pas osé rompre ma promesse. Et maintenant, chère, bien chère Hélène, soyez-moi fidèle'. »
A son arrivée à Fordham, Mrs Clemm qui l'attendait avec inquiétude le trouva, par suite de ses crises récentes « si changé qu'elle le reconnut à peine ^ )).
Alors se suivirent, longues, fréquentes, presque quotidiennes, les lettres de Poe à Mrs Whitman, toujours en ce même style d'exaltation extrême.
« Elles expliquent, dit celle-ci, mieux que tout autre chose, les singuliers éléments de sa complexe nature : l'intense superstition, la terreur obsédante du mal, le tendre amour plein de remords, l'imagination prophétique, tantôt fiere et triomphante, tantôt mélancolique et alarmée, l'extrême sensibilité au blâme, la protestation indignée et douloureuse contre les reproches injustes ^^ »
Elles expliquent, hélas ! bien plus encore : elles sont autant de témoignages de démjnce, dune démence faite d'exaltation