Id., septembre 1849; Century , octobre 1894, p
Quoi que l'on puisse penser de cet extraordinaire aveu, le mariage fut en principe, sinon formellement, décidé^; la date en aurait même été fixée au 11 octobre, et Poe, qui désirait hâter cet événement, s'apprêta à partir pour New- York, afin de ramener ÎNIrs Glemm que retenaient sans doute des embarras pécuniaires-. La gracieuse Miss Talley reprend ici son poétique récit :
« La veille do son départ, Poe vint passer la soirée chez ma mère. Il refusa d'entrer dans les salons où était réuni un certain nombre de visiteurs, préférant, disait-il, le calme d une autre pièce; et c'est là que j'eus avec lui une longue conversation presque ininterrompue. 11 parla de son avenir, comme s'il l'anticipait avec une joie très vive, toute juvénile. Il déclara que ces dernières semaines qu'il avait passées dans la compagnie de ses anciens et de ses nouveaux amis étaient les plus heureuses qu'il eût connues depuis bien des années, et qu'en quittant New-York il laisserait derrière lui tous les ennuis et toutes les irritations de sa vie passée. En aucune circonstance, J€ ne l'ai vu animé d'autant d'allégresse et de confiance que ce soirlà... Poe exprima beaucoup de regret de quitter Richmond, même pour une si courte absence. Il serait, disait-il, sûrement de retour dans deux semaines... Il fut le dernier ce soir-là à prendre congé. Nous étions debout sous le porche; et, après quelques pas, il s'arrêta pour se retourner et souleva son chapeau en dernier signe d'adieu. Au même moment, une brillante étoile filante parut dans le ciel juste au-dessus de sa tête et s'évanouit à l'ouest. Nous commentâmes en riant cet incident; mais je le rappelai tristement plus tard^. »
1 . « Il n'y eut pas d'engagement, dit Mrs Shelton, mais une entente partielle. » {Applelon's Journal, XIX, [). 421 .) A toutes les calomnies qui furent répandues à propos d'une scandaleuse rupture entre Poe et Mrs Shelton, on doil répondre qu'il y eut si peu de rupture que Mrs Shelton prit le deuil après la mort de son fiancé et écrivit à Mrs Clemm, dès le 11 octobre, une lettre de condoléances dont celle-ci disait à Annie... : « Pauvre Elmire î comme vous la plaindrez quand vous lirez sa lettre! » (Ingram). Cette lettre vient d'être publiée par M. Woodberry dans la Century de février 1903 ; elle parle de « notre cher Edgar » comme dé « l'être qui lui soit le plus cher au monde ».
2. « Il dit en partant, ajoute Mrs Shelton, qu'il se rendait à New- York pour régler quelques affaires d'intérêt et qu'il reviendrait à Richmond aussitôt que ce serait fait, bien qu'il avouât, en même temps, avoir un pressentiment ([u'il ne me reverrait jamais plus » [Applelon's Journal, XIX. p. i21). « Il vint chez moi dans la soirée du 26 septembre })our me dire adieu, écrivait Mrs Shelton à Mrs Clemm le 11 octobre 1849 [Century, février 1903). 11 était fort triste et se plaignit d'être très souffrant. Je lui tàtai le pouls et lui trouvai beaucoup de fièvre, et je ne crus pas probable qu'il pût partir le lendemain matin (jeudi) comme il l'espérait. »