‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 189 sur 429 · Ingram · texte numérisé non relu

Ingram

4. Mrs Clemm, qui ignorait que Griswold venait, le 9 octobre, de vililier la mémoire de i*oe dans un article de la New York Tribune, vantait à « Annie >> kl noblesse si généreuse de ce môme Griswold le 17, jour où celui-ci exigeait d'elle tous les papiers de son cher fils, et elle ajoutait avec une naïveté qui fait peine : « 11 y a tant de sympathie et de bienveillance à son égard (de Poe), à part Tenvie de quelques vils esprits î » (Ingram, 331). Or, le 17 décembre, Griswold disait à Mrs Whitman au sujet de la pauvre femme trop confiante : « JeiUî [)uis m'empêcherde vous prier d'être bien circonspecte en ce que vous dites ou écrivez à Mrs Clemm. qui n'est ni votre amie, ni l'amie de personne, et qui n'a pas en sa nature le moindre élément de bonté ni de bienveillance, mais dont le cœur et l'intelligence sont pleins de malice et de méchanceté. Ce n'est (jue pour vous rendre service que je vous confie ces paroles, car Mrs Clenun me montre une amitié très chaleureuse. Je vous en prie, faites dis[)araUre cette lettre, et agissez du moins avec prudence jusqu'à ce que je y)uisse justifier mes paroles de vive voix auprès de vous » (Gill, 2^8). Ce fut à propos de la l)onne foi de Griswold au contraire que se manifesta la

bien que sa déclaration en lètc des oeuvres de Poe porte que celte publication est faite pour son profit, elle n'en écrivait pas moins en 1837 à son parent Washington Poe qu'elle ne recevait d'autre bénéfice que celui de la vente des exemplaires qu'elle pouvait elle-même placera Elle eut une autre déception non moins cruelle : au lieu d'être la tâche d'amour rêvée, l'édition contenait en son troisième volume ce cruel « memoir )) de Griswold qui présentait son Eddy chéri, celui qu'elle déclarait être « plus que son fils )), sous les traits d'un odieux scélérat de génie ^

Heureusement que, parmi les amis de Poe, il y en eut d'assez généreux pour défendre sa mémoire comme pour protéger les vieux jours de sa mère. Après avoir passé quelques années chez « Annie » qui l'y invita dès le 10 octobre, elle alla jusqu'en 1858 se réfugier chez « Stella », Mrs Lewis. C'est là que Charles Dickens la vit et la supplia d'accepter 150 dollars. Enfin, admise au Churcli Home and Infirmary de Baltimore, elle y expira le 16 février 1871 et fut ensevelie dans la tombe des Poes. Par une délicate attention bien méritée, ses restes accompagnèrent en 1875 ceux de son cher Eddy sous le monument commémoratif de Eayette Street.

méfiance de Mrs Whitman. (Cf. son livre, Edgar Poe and his Crilics, et Gill, p. 2-5, -228.)

1. Mrs Glemmà Washington Poe, 17 février 1851 ; Gill, 246. « L'éditeur des œuvres de mon pauvre Eddie, dit-elle, ne peut maintenant m'accorder qu'autant d'exemplaires que j'en puis placer auprès de mes amis ; mais un mauvais état de santé continu et une certaine délicatesse de sentiments m'empêchent de tirer parti de ce privilège, sans le secours bienveillant de quelques amis qui en disposent pour moi. » La vente des œuvres de Poe, bonne dès le début, n'en avait pas moins rapidement atteint une moyenne annuelle de 1.500 exemplaires : ce fut la meilleure alVaire de l'éditeur Redfield {Century, août 1894, |). 572;. « J'ai bu, disait Mrs Glemm en cette môme lettre à Washington Poe, j'ai tant bu en cette coupe de la douleur î J'ai perdu tous ceux qui m'étaient chers. Je les ai vus languir et mourir sans pouvoir les sauver. Et j'ai survécu il tout cela, et consens à vivre et à souffrir toutes les afflictions que Dieu voudra bien m'envoyer. »

2. « Quand parut cette odieuse et mensongère biographie, écrivit-elle le 8 décembre \Sbt au D"- Ghiversqui venait d'entreprendre une biographie bienveillante de Poe. je me sentis presque écrasée, et je dus longlemps garder le lit en proie à une fièvre nerveuse. Mais Dieu a épargné ma vie pour d'autres épreuves. » [Century, février 1903.)

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