‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 200 sur 429 · I. — Le volume de · texte numérisé non relu

I. — Le volume de

De toutes les parties de l'œuvre de Poe, la poésie est la plus inégale. Alors que Poe conteur débute et conclut par des chefsd'œuvre et que Poe critique ne sort guère de la médiocrité, Poe poète ne cesse d'évoluer. Ses premières poésies sont le plus souvent informes, parfois étrangement caratéristiques, rarement d'une parfaite beauté ; survient une longue période d'impuissance pendant laquelle s'organisent en un prétentieux système de subtiles conceptions poétiques; alors paraît en un volume qu'immortalisent des œuvres d'une exquiseperfection et dune éclatante originalité ; puis la voix défaille aussitôt en vagues mélopées dont l'incoliérence garde pourtant jusqu'à la lin un indéniable charme mélodique. Autant la rigueur d'une analyse logique convient à la masse homogène des contes et des critiques qu'elle peut utilement disséquer, autant elle convient peu à la mobile complexité des poésies dont l'insaisissable magie lui échapperait. Si Ion veut pénétrer le mystère si souvent déclaré impénétrable de cette création bizarrement géniale, Tordre chronologique s'impose : il faut patiemment surprendre dès les bégaiements rythmiques de l'enfant les tendances spontanées de sa nature anormale , en suivre la progressive manifestation dans les poésies juvéniles,

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en comprendre la parfaite réalisation dans les œuvres de la maturité, scn expliquer le précoce épuisement dans les poèmes du déclin. Ce n'est que par la lente, minutieuse, successive étude de ces diverses productions méthodiquement groupées dans leur rang d'apparition, que l'on peut, sans rien sacrilier de l'intérêt esthétique, pleinement apprécier tout l'intérêt supérieur de cette exceptionnelle évolution psychologique.

A l'en croire, Poe était né poète ^ (c La « romance », disait-il, a été pour moi un perroquet bariolé, un oiseau des plus familiers : elle ma appris mon alphabet-. » Dès l'enfance, il étonne ses parents adoptifs et leurs amis par la virtuosité apparemment héréditaire avec laquelle il déclame les plus véhémentes tirades de Byron et de Shakespeare ; et, dès l'école, il se fait, auprès de ses camarades et jusque dans leurs familles, par la spontanéité de ses vers satiriques et amoureux, une réputation de poète prédestiné. Si ces premiers vers ne furent pas dès lors publiés, ce ne fut point la faute du présomptueux collégien de Richmond -^ : car il n'eut pas plus tôt échappé à la tutelle des Allans qu'étudiant de Gharlottesville ou plutôt barde errant de Baltimore, il s'empressa de donner au monde Tamerlan et autres poèmes'.

Cette misérable plaquette de quarante pages, qui, pour être devenue de nos jours une des plus coûteuses raretés de librairie n'en acheva pas moins alors la ruine de son imprimeur novice*',

1. « Edgar A. Poe ; write il raUier Edgar, A Poet, and then it is right to a l ». répèle-t-il complaisamment après à son adversaire « Outis ». (Works, VI, 144.)

2. Introduction, 1829; Works, X. p. 231. Toutes nos références de ceUe deuxième partie comme celles de la pi'eniière {La Vie) se rapportent, à l'excellente édition de MM. E. Stedman et G. Woodberry, la plus complète et la plus critique qui ait paru avant lachèvement du notre travail : The Works of Edgar Allan Poe, newly coUec^ed and edited with a Memoir, crilical Introduction and Notes, by Edman Clarence Stedman and George Edward Woodberry. Chicago : Stone and Kimball. MDCCGXGIV-V, 10 vol. Portraits. Facsimilé, in-S", Le dernier volume, contenant toutes les poésies de Poe avec leurs nombreux remaniements et leurs multiples variantes, est le seul ouvrage qui pût nous permettre de faire ce travail.

3. Voir à ce sujet les conseils de M. Glarke à M. Allan, dans la Vie (p. 30).

4. Tamerlan et autres poèmes, par un Bostonien. Boston, Calvin F. S. Thomas, imj)rimeur, 1827. Brochure de 40 pages dont il ne reste que trois exemplaires. Une reproduction fac-similé a été donnée à Londres par R. -H. Shei)ard en 1884. (Cf. Vie, 48. note.)

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