Voir la Vie, p. ."JG
2. On peut se faire une idée de la différence qui sépare le rêve contemplatif de Byron de l'extase symbolique de Poe, en voyant l'interprétation que ce dernier donne dans ses Stances (Works, X, p. d22) de quatre vers de Vile.
brumes, des apparences contre la réalité, apportent à l'œil en délire plus de beautés du Paradis et de lAmour, beautés qui sont bien à nous, que la jeune Espérance n'en a connues en ses heures les plus ensoleillées*. »
« Oh ! que ma jeune vie n'est-elle un rêve durable !... Oui ! dût ce long rêve être d'une douleur sans espoir, il vaudrait mieux que la terne réalité... ; car je me suis complu, alors que le soleil brillait au ciel d'été, en des rêves de vivante lumière et de beauté; j'ai laissé mon cœur errer en des pays de mon invention, loin de ma demeure, avec des êtres nés de ma propre pensée-. )^
Ainsi amplifiée dès le premier âge, la tendance à rêver est déjà un symptôme caractéristique. Elle révèle une dangereuse prédominance de l'imagination sur les autres facultés humaines; c'est l'association des idées s'accomplissant spontanément aux dépens de la volonté, de la raison et même parfois de la perception; c'est le triomphe des fantaisies et des bizarreries de la vie intérieure sur les exigences et sur les lois du monde extérieur; c'est une irrépressible extériorisation plus ou moins fantasque du moi. Aussi voyons-nous le jeune Poe peupler dès lors son monde imaginaire de chijnériques créatures : amantes séraphiques ou bienveillantes âmes de morts, qui ne sont autre chose que les morbides produits de ses plus intimes besoins sentimentaux. Or cette excessive disposition à la rêverie n'est pas seulement, au dire de certains spécialistes, le signe inquiétant d'une nature mal pondérée, elle est, ajoutent-ils, l'un des caractères distinctifs de la folie infantile comme de l'hystérie \