Ibid
3. « La forme do folio la plus ha])ituolle chez les onfaùts, lisons-nous, est l'exaltation nnaniaque avec exagération du sentiment de la personnalité, parfois compliquée de phénomènes extatiques. On voit le petit malade rester des heures et des jours dans une sorte de contemplation mystique avec fixité du rogard. » « II existe, dit le professeur Pierre Janet, Etat mental des hystériques : sfif/mntes mentaux (Paris, 1892). Une manifestation de l'automatisme int(41ccluel plus importante pratiquement que toutes les autres, c'est la tendance à rêver sans cesse. Les hystériques ne se contentent pas de rêver énormément la nuit : ils rêvent toute la journée... Ils ont toujours en tête une histoire interminable qui se déroule en spectacles visuels ou qui se raconte par la parole intérieure... Ces rêveries ont souvent une certaine unité fort vague. C'est toujours la môme histoire monotone que le malade reprend au même point où elle a été interrompue ou qu'il recommence sans cesse. Que cette idée soif
POE poK/rr: : poésies juvéniles 32a
La rêverie de Poe n'est, du reste, pas seulement excessive; elle est spéciale; elle aboutit à un phénomène anormal qui étonne Poe lui-môme et sur lequel il revient sans cesse, tour à tour émerveillé et alarmé, toujours intrigué.
« Qu'aurais-je pu voir de plus? dit-il de ses rêves. Ce fut une fois, une seule fois (et cette heure d'égarement ne quittera pas ma mémoire) : quelque pouvoir, quelque charme s'empara de moi; c'était le vent glacé qui passait sur moi dans la nuit et laissait son image en mon âme, ou la lune qui rayonnait, en son assoupissement, de sa course élevée trop froidement, ou les étoiles... Qu'importe? ce rêve fut comme ce vent de la nuit... Qu'il passe ! ^ »
Voilà qui est encore bien vague assurément : que penser, en effet, de cette brusque et intense sensation d'égarement qui traverse, comme un frisson de vent glacé, tout l'être magiquement soumis ? Mais le phénomène revient, et la description se fait plus précise.
« Au printemps de la vie, n avez-vous jamais fixé sur quelque objet fascinant un regard immuable jusqu'à ce que vous ayez senti la terre chanceler... et la vision disparaître? J'ai ainsi présenté aux yeux de ma mémoire un objet, un seul, jusqu'à ce que la forme même m'échappât, mais non sans laisser en moi son influence 2. »
Rare à l'origine, l'étrange manifestation devient de plus en plus fréquente, quoique toujours précieuse : car elle prend un sens mystérieux.
« 11 n'a pas besoin, cet objet, dit-il, de se cacher à nous dans la vie ; même commun, même présent à chaque heure devant nous, il peut, mais alors seulement, recevoir la mission de nous éveiller par un son étrange, semblable à celui d'une corde de harpe brisée'^. »
Quel est donc ce troublant phénomène, qui, à la fois lumineux et mélodieux, fait ainsi passer l'âme tendue de la fixe contemplation d'un unique objet à la soudaine disparition de toute conscience, ne laissant dans la mémoire qu'une inoubliable influence? Quel
heureuse ou pénible, peu importe : elle devient agréable à ces esprits fatigués, parce que c'est une rêverie facile. »
1. Works, X, 12.-). Ailleurs encore (p. 127) Poe parle du « vent mystique » qui passe dans la nuit lui « murmurant une mélodie ».