II. — Le volume de
Soldat et déclassé, Poe n'avait guère eu le temps de se perfectionner en son art nouveau, lorsque deux ans plus tard, en 1829, il publiait à Baltimore une seconde plaquette de vers à peine plus considérable que la première : Al Aaraaf, Tamerlan et autres poèmes^. Remanié jusqu'à en être méconnaissable, Tamerlan y prend à peu près sa forme définitive ; la phrase y est plus claire, le style plus coulant, le rythme moins gauche qu'en 1827, bien que le sujet se trouve, à force de condensation et de coupures, moins compréhensible. Ainsi polie, l'œuvre perd en spontanéité originale, comme en intérêt biographique, ce qu'elle gagne en aisance et en correction ; elle n'est plus guère, en son ton plus déclamatoire que poétique, qu'un pâle et froid pastiche de Byron. L'influence des Ghilde Harolds et des Manfreds est du reste à son déclin. Cinq des poèmes de 1827, les plus byroniens, ont disparu, pour faire place à quatre autres : l'un d'eux. Imitation -, insignifiant en dehors de sa valeur biographique, et deux autres : A la Rivière '^ oX A — — S d'une afféterie presque incompréhensible, semblent mériter l'épithète de Ncal : « exquises absurdités"»; mais le quatrième contient ce mélange si poesque de
1. Al Aavaaf, Tamerlan et autres poèmes, par Edgar A. Poe. Baltimore ; Hatch and Dunning, 1829. In-octavo de 71 pages.