‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 216 sur 429 · ïhh'oduclioïi ; Works, X · texte numérisé non relu

ïhh'oduclioïi ; Works, X

des milliers de pins luisants envoient, tout vacillants, leurs mélopées au chêne solitaire qui, chancelant de joie, fait signe au bord du sombre abîme *. »

C'est ainsi qu'aux vagues sensations de douleur raffinée qui somnolent dans les plus intimes profondeurs des âmes endolories semblent correspondre au dehors, dans le monde extérieur, les flottants décors des paysages de pénombre. Aux âmes dolentes sied la mélancolie des lueurs crépusculaires. Éprise de douleur et de clair de lune, la Muse malade de Poe se complaît en toutes les grises symphonies de la nature et du cœur ^ .

La nature même ne lui suffit plus. Toujours à l'étroit en notre petit monde terrestre, trop borné pour la profondeur de ses dépressions comme pour l'exaltation de ses essors, l'àme morbide a besoin de tout un monde excentrique conforme à ses exorbitantes exagérations. Et ce monde surnaturel, elle se le crée de ses propres suggestions. Voilà pourquoi, de même qu'aux extases de Poe s'ouvrent spontanément les radieuses régions éthérées d'Al Aaraaf, de même à ses accès mélancoliques s'offrent fatalement les obscures régions déprimantes de la Vallée Nis et de la Cité condamnée; toutes également fantastiques, toutes également inhabitables pour une àme saine, tant l'atmosphère s'y trouve irrespirable à force d'être ou raréfiée ou condensée, tant la vie s'}^ fait ou torpide ou fiévreuse :

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