‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 219 sur 429 · Works, p · texte numérisé non relu

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2. Dans un passage plus tard supprimé, de la première édition de Bérénice {Southern Literary Messenger, mars 1835), le héros fait allusion à son « usage immodéré de l'opium », de môme, l'amant de Ligéia; d'autre part, le héros du Conte des Montagnes dénudées reporte ces abus au temps de Charlottesville : faudrait-il attribuer à cette môme cause cet état de perpétuelle distraction qu'avaient remarqué chez Poe ses camarades d'Université et de West- Point? L'heureux rival de Poe au concours poétique du Saturday Visiter n'at-il pas cru le voir une fois sous l'influence des narcotiques? Or, sa cousine Miss Herring assurera bientôt qu'il avait remplacé l'alcool par l'opium. « Il refusait, dit-elle, du vin en ma présence; ses accès d'ivresse étaient dus à l'abus de l'opium. » (Woodberry, 171). Voir également la Vie, 172-177.

la face humaine... C'est alors qu'apparut sur les eaux houleuses de l'Océan la face humaine : la mer semblait pavée de faces innombrables, levées vers les cieux, des faces suppliantes, courroucées, désespérées, qui se soulevaient par milliers, par myriades, par générations, par siècles ; mon agitation était infinie ; mon âme se trouvait ballottée et soulevée avec l'océan ^ » Cette obsession de la face humaine n'apparaît pas encore si effroyable chez Poe, du moins en ses poésies ; il ne vit guère défiler, comme nous le verrons plus tard, que des processions de fantômes -; mais le sentiment d'accablante oppression qui accompagnait la mobile transformation de ses visions apparemment interminables et infinies ^ il l'a aussi fortement éprouvé et exprimé que de Quincey : « Mes rêves étaient accompagnés dune sombre mélancolie et dune anxiété profondément enracinée, qu'il est absolument impossible de rendre par des mots. Il me semblait chaque nuit, non pas métaphoriquement, mais à la lettre, descendre dans des gouffres et des abîmes sans lumière dont la profondeur allait toujours croissant, sans espérance de pouvoir jamais remonter. Et je n'avais pas quand je me réveillais la sensation dêlre remonté. Je n'insiste pas : car il n'y a pas de langage qui puisse rendre l'état de sombre tristesse qui accompagnait ces pompeux spectacles : cela allait jusqu'aux plus noires ténèbres, jusquà la désespérance du suicide'.)) Ici apparaît déjà une autre sensation, commune aux mangeurs d'opium, sensation que plus tard Poe exprimera avec tant d'énergie^ : « Le sentiment de l'espace et, à la fin, celui du temps, se trouvaient jjuissamment modifiés. Les édifices, les paysages et tout le reste prenaient de si vastes proportions que r^'il en souffrait. L'espace s'enfiait et sampliliait jusqu'à un degré d'infini inex])rimable, moins troublant toutefois

1. De Quincey's Confessious of an opium-eater. p. '.•.'>. 04 et !)ô, (Je la « ScoH Library Edition ».

2. « La nuit, dit du reste de Quincey, quand je restais éveillé en mon lit, défilaient de vastes i)rocessions d'une pompe lugubre » (p. 88).

3. De (Juincey insiste (p. 'J:2 et 03) sur la perpétuelle évolution de ses visions, soulignant ce mot de reslless qui rpialifie justement la vallée de Poe.

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