A Pœan ; Works, X, 1G
3oô KDGAR A. POE
elle ne rarmche ici-bas aux profanations fies vils démons, que pour la mieux consacrer à jamais aux plus pures félicites de là-haut. — Le poème d' [rêne est encore plus explicite. « En un minuit du doux mois de juin » où de languissantes vapeurs inondent un fantastique paysage de nuit, par une fenêtre béante, apparaît, sous la clarté de la lune, Irène. Etranges sont ses paupières, étranges ses vêtements, étranges ses tresses d'une longueur merveilleuse, étranges et effrayantes en cette salle les ombres nuancées de la lune. (( La dame dort : tous les morts dorment, aussi longtemps, du moins, que pleure l'amour... La dame dort : oh! puisse son sommeil être aussi prolongé que profond. Que les vers glacés ne se glissent pas auprès d'elle. Je prie Dieu qu'elle puisse reposer à jamais, l'œil aussi calme, que cette chambre soit changée en une autre plus sainte, et cette couche en une autre plus mélancolique ^ )) Voilà, avec leur bizarre cortège d'images et de souhaits, les folles idées qu'inspire à ce morbide amant la mort d'une bien-aimée. N'y a-t-il pas là de quoi surprendre ?
De l'imperfection de la forme on aurait tort de conclure à l'insignifiance de ces poèmes dans l'œuvre de Poe. Loin de les sacrifier en juvéniles élucubrations, il ne cesse, au contraire, d*y revenir pour les retoucher et les perfectionner sans iin, pour en aggraver inlassablement le charme macabre. Il nest peut-être pas de toutes ses œuvres poétiques une seule qui ait subi plus de transformations que cette dernière, Irène; et, jusqu'à son dernier jour/même après le Corbeau, la première, sous le titre de la Donneuse, lui paraîtra encore le meilleur de ses poèmes. Si insensé que cela puisse paraître, cette morbide inspiration n'est donc, chez notre poète, ni accidentelle ni superficielle, mais essentielle et durable; elle est la monotone matière de ses meilleurs contes commode ses poésies préférées, elle domine toute son œuvre, elle hante toute sa vie. Et il n'y a pas lieu de sen étonner outre mesure : c'est la fatale synthèse de ses deux préoccupations dominantes : la Beauté qui entretient son extase, la Mort qui nourrit sa mélancolie.