‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 225 sur 429 · Works. X · texte numérisé non relu

Works. X

Vague et chantante, voilà donc les deux qualités essentielles de la poésie. Rien de plus logique aux yeux de Poe. Le but de la vie étant le bonheur, la poésie doit, dit-il ailleurs, elle aussi, concourir à ce bonheur dont le plaisir n'est qu'une forme ^ ; et ce plaisir poétique doit être indéfini, puisque les états d'âme qui en sont la source, l'extase et la mélancolie, sont deux modes de la personnalité qui, pour être contraires, n'en aboutissent pas moins à des sensations également insaisissables en leur intensité éphémère comme en leur affaiblissement obscur. Or le rôle de la musique n'est-il pas justement d'exprimer tout ce qu'il y a de vague, de fuyant, d'incommunicable dans l'âme humaine ^ ? Voilà pourquoi la musique doit être selon Poe l'inséparable alliée de la poésie. Avant de s'affirmer aussi catégoriquement, cette tendance spontanée de Poe vers la musique s'était graduellement et peutêtre inconsciemment manifestée dans la pratique : toute son œuvre jusqu'à ce jour avait été, nous l'avons vu, un lent, mais constant acheminement vers ce but plus ou moins caché. Depuis les maladresses prosodiques de 1828, Poe n'a, en effet, cessé d'attacher à l'élément musical du vers une attention croissante.

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