Southern Lilerary Messenfier, avril
POK POÈTE : TiïÉORTES POETIQUES 355
si nous écartons comme faible, comme indigne de la haute spiritualité du sujet (qui a ses origines en un sens de la Divinité), si nous en écartons jusqu'à la quasi-divine émotion de l'amour humain, avec combien plus de raison n'écarterons-nous pas tout le reste ^? j)
Bref, l'admiration du Beau, l'amour du Beau, l'aspiration à entrer en communion avec l'auteur du Beau, qui sont les trois degrés successifs de l'extase mystique menant à la félicité suprême, voilà, à l'exclusion des passions, la seule digne inspiration poétique. La première définition avait exclu de la poésie, avec la vérité morale ou scientifique, la raison ; celle-ci exclut la passion. 11 ne reste donc plus logiquement que l'imagination ; et c'est bien à cette inévitable conclusion qu'aboutit fatalement Poe.
Dès lors, plus de poésie utilitaire, plus de poème didactique, plus de vers moralisants-, plus de savantes dissertations, ni d'habiles descriptions qui aient moins de rime que de raison. Non ; plus même de poème dramatique : car un poème dramatique : c'est une contradiction dans les termes, le drame étant de la passion. A plus forte raison, plus de long poème, plus de poésie de longue haleine : car l'inspiration poétique est trop intense pour être jamais de grande durée ; et a un long poème n'est, lui aussi, qu'une contradiction en propres termes » car : a un poème ne mérite son nom que s'il excite l'âme en l'élevant; et toute excitation est, de par sa nature psychique, passagère et ne saurait être maintenue en aucune œuvre de grande longueur. Au bout d'une demi-heure au plus, elle faiblit, cesse ; une réaction survient, et dès lors le poème n'en est en réalité plus un^... Ainsi le Paradis perdu n'est-il, si l'on y regarde de près, qu'une série de petits poèmes, une succession d'excitations poétiques inévitablement entrecoupées de dépressions correspondantes '' », dont l'ensemble